Triptyque de la St Valentin

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Plaisir, besoin, ivresse, tourment, drogue, obsession, compulsion, consolation et éclats de rire... bref, ECRIRE !!! Ecrire ma vie, vivre mon écriture. Chaque jour et toujours. Pour ma Joie qui  [+]

À l’occasion de la St Valentin, voici un TRIPTYQUE inédit : L’amour ABCdaire, Élégie pour un captif, Le sceptre brisé.


 


1 - L'AMOUR ABCDAIRE

A comme Amour
B comme Baisers
C comme...
ASSEZ !
Je ne crois plus aux mots
Je me défie des rimes
Pour dire l’amour neuf
Je congédie les mots
Usés
Dévalués
Flétris comme des mégots.

Il me faudrait des vocables nouveaux
– pureté de cristal et dureté d’acier –
Pour dire ma certitude
Ta grâce
Et notre transparence.

Il me faudrait de toute urgence
Pour chanter ta voix flûtée
Ton rire voltigeur
La courbe de ton manche
Des voyelles légères
Qui dansent
Et se déhanchent !

Il me faudrait des consonnes teutonnes
Pour claironner
Ta roideur incurvée
Par l’assaut du désir.

Il me faudrait des accents aériens
Pour surligner les rides de bonheur
Dans le pli de tes yeux
Ta fossette charmeuse
Et ta toison soyeuse
Et tes mains
Ah ! tes mains...
Presque des doigts de filles
Et plein de O (car tu es bien un mec)
D’énormes O
Pour modeler le galbe de ton cul
Et tes bijoux jumeaux

... et des A pour prolonger ton râle de plaisir
Et l’imposant Y pour adouber Willy
Et des i allègres
Cristallins
Éparpillés
Partout dans notre lit
Pour pépier à l’envi
Merci
Merci
Merci
Merci... petit chéri !





2 - ÉLÉGIE POUR UN CAPTIF

Pour Didier (au centre de détention de Muret)

La plage était déserte et l’éther pommelé.
Mon corps nu et vacant
Ô paresse d’enfant
J’ai épié le soleil sous des verres fumés.

Puis la foule est venue (le ciel s’était ouvert) :
Éphèbes, bambins, deux cygnes, mamies
Curistes travesties en molles otaries...
Je me réconciliais avec tout l’univers !

Soudain

Tu m’as ici manqué.
Ce beau rivage repeuplé

En vain...

Ma chair devint glacée
Et l’orient ombreux
Lueur d’outre-tombe
Mirage embastillé
Deux syllabes susurrées
- ton prénom ! -
Que j’ai cru incarner en déchiffrant la nue
En sculptant à rebours
le tout dernier nuage
Pour modeler
De tendresse éperdue
Ton visage proscrit
En train de s’effacer...
Et ta virilité

Ô
mon joli
mon ange
mon gentil
mon jésus
ma gazelle
innocente
fripouille
enfant joyeux
moussaillon féérique
jeune homme à la perle
frérot aux blondes
et douces couilles
mon Didi !

Cruelle embellie.

J’ai maudit
L’azur
Trop pur.

(Poème écrit sur la rive du lac du Bourget.)





3 - LE SCEPTRE BRISÉ

C’était hier...
Je serrais dans ma main
Cette tige où perlait une larme laiteuse
Fleur de printemps souriante et soyeuse
Qui s’épanouissait entre mes doigts crispés
Et sa lèvre pulpeuse
Souriait aux caresses de tes cheveux moussus
Glissant tout doucement sur ma jeune toison.

C’était hier...
Quand l’aurore pointait son insidieux appel
Je la laissais grandir et bientôt s’inonder
D’une tiède rosée plus douce que le miel.
Ô ivresse de feu
Où ma chair distendue s’enivrait des parfums
De cette rose pourpre !
Si frêle papillon qui prenait son envol
Irisé des couleurs d’une attente fébrile.

C’était hier...
Dans la molle tiédeur
Du matin ou du soir
J’allais souvent cueillir d’autres fleurs aussi belles
Et j’aimais voir pleurer leur tige frémissante
Dans des vases aux corolles dilatées de désir,
Précoce floraison
Où venait s’épancher une chaude liqueur.

C’était hier...
Tu aimais musarder
Sur des terres inconnues,
Nouer des écheveaux de folles mélodies,
Jouer du tambourin, de la flûte ou du luth,
Te laisser taquiner par des archets avides,
Te réfugier parfois aux replis de mes lèvres
Et toujours libérer des élans de tendresse
Quand s’ouvre sous l’étreinte
Le portail de l’Eden.

C’était hier...
Tu savais te cabrer à l’appel du désir
Et camper fièrement ta robuste élégance.
Tu sommeillais parfois, t’avouais fatiguée
Mais c’était ta façon de te jouer de moi !
C’était pour mieux bondir,
Pour palpiter de joie et danser et frémir
Et fuser dans l’extase d’un lactescent geyser !
C’était hier...

Aujourd’hui tu reposes inutile et fanée.
Fripée comme un visage qui n’a que trop vieilli.
Tu es là, sans ressort, sous ma main assoupie
Ne voulant rien savoir des chansons d’autrefois
Pauvre tige affaissée...


Oh, mon désir flétri,
Tu n’es même plus capable
De pleurer !


 


 


TRIPTYQUE DE LA ST VALENTIN


3 poèmes homosensuels
écrits, lus, mis en images et en musique par Bellinus.


Vidéo mise en ligne sur YouTube :


https://youtu.be/BslSmNGtYyo


 

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