Trésors enfouis

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Partant dès le matin vers le fond de la terre
Nous sommes descendus tous quatre dans le noir
Pour longer le chemin menant vers le mystère,
En suivant dans le sol un immense entonnoir.

Le début est aisé dans ce monde insolite
Et nous guidons nos pas grâce au bison fougueux
Qu'un ancêtre grava sur quelque monolithe,
En écorchant le grès d'un lourd ciseau rugueux.

L'accord étrange et doux des orgues gigantesques
Vibre avec harmonie jusque dans ce bas-fond
Dans ses tuyaux lacés de fines arabesques.
Par ces notes rompant le silence profond,
La chapelle en entier dévoile ses reliques,
Éclaboussant nos yeux de splendeurs extatiques.

Fendant de nos rayons
Tâtant de nos piolets l'antre inhospitalier
Nous avançons toujours dans la peur des encombres,
Délaissant par pudeur un immense escalier
Bâti pour des Titans ou pour le Roi des Ombres !
Étonnés nous marchons dans ce gouffre béant
Où nous voyons la mort se mêler au néant.

La chapelle a vécu : voici la cathédrale
A l'image des Dieux qui surgit, sculpturale,
Dévoilant mille feux aux multiples couleurs.
Le kaléidoscope étrange des splendeurs
Qui s'amassent ici depuis des millénaires
Dessine des vitraux coulés en d'autres ères.

Un coude dépassé nous efface les cieux :
Devenant aussitôt têtes cyclopéennes,
Nous projetons sur la paroi marmoréenne
Quatre géants bossus, cassés, disgracieux.
Tels d'horribles pantins sous les voûtes luisantes,
Se désarticulant au rythme de nos pas,
Ils étirent leurs bras dans les lueurs dansantes
Fouillant dans l'infini qu'ils voudraient pour repas.

Nous reposons nos yeux fatigués de merveilles.
Un cri d'horreur, soudain, offense nos oreilles :
Là, sous nos pas surgit, pourri, rongé, blanchi,
Le squelette tordu du jeune irréfléchi
Qui voulut avant nous explorer cette salle :
Il a passé, tout seul, assis sur cette dalle.

Puis quelque trou profond nous force à la prudence.
Ici, quelque éperon pointe, d'un doigt rageur,
Essayant d'arracher un peu de notre ardeur,
En nous figeant au bord du gouffre qui s'avance ;
Un antre fabuleux si large et si profond
Qu'un humain pourrirait avant que d'être au fond.

Et voici le goulet qui fait ployer nos têtes
Autant que le ferait le poids de nos défaites.
Allons ! Encore un pas et nous l'aurons franchi !
Devant nous le décor s'est encor enrichi,
Ajoutant au plaisir de sentir, de toucher.

Épuisés, nous marchons malgré notre fatigue
Vers ce grondement sourd : un torrent et sa digue
Avec ses tourbillons enlaçant un rocher,
Et ses chutes sans fin glissant sur de la mousse,
Entraînent quelquefois un roc d'une secousse.
Nous sentons sur nos chairs le froid de ces remous
Et la lourdeur des tentacules noirs et mous.

Lors, tristement mais pleins d'un réconfort serein
Nous longeons lentement le couloir souterrain
Qui retient en son flanc la palme en filigrane
Sur laquelle, jadis, se prélassait l'iguane.

C'est à nouveau le puits, l'air frais, le bout de ciel
Qui nous guident au seuil du monde artificiel.
Quelque âme du dehors tend la corde qui flotte ;
Le soleil sans douceur nous brûle de ses ors.

Mais, séduits à jamais par cette étrange grotte,
Nos esprits ne pourront oublier ces trésors.
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