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J’ai cheminé partout, marché sur tous les toits,
Couru libre et vivant, inventé chaque loi ;
Sur d’étranges à-pics, des laves enneigées,
Mon regard a gravi des sommets inviolés !

J’ai sur le monde entier transpiré des couleurs,
Sué le bleu au ciel, l’orange aux étés chauds,
Inventé la musique, espéré ton bonheur,
Et mes billes lancé sur d’immenses cerceaux !

Aux murs de l’infini j’ai posé des fenêtres,
Puis taillé des rideaux dans des tissus d’étoiles ;
Ordonnant un soleil pour courir t’apparaître,
J’ai regardé le temps qui passait sur ma toile !

Mais l’incommensurable était un peu trop haut,
Alors, la rosée vint sur les myosotis,
Le parfum sur la menthe et la fleur aux coteaux,
Pour nos méditations et tes oaristys !

J’ai fait germer de l’herbe où dormir ou t’étendre,
Soupiré dans ton âme, et donné pour l’enfant,
À l’automne le roux, le vert aux printemps tendres,
Et sur les froids hivers les champs de coton blanc !

J’ai mis la violette à côté de la mauve,
Le jaune à tes citrons, le noir à tes olives,
Le mirage au désert et pour que je te sauve,
Des cascades d’amour en des torrents d’eaux vives !

J’ai jailli des jardins que le rose a fleuri,
Taillé la pierre et l’eau, et les vagues embruns,
Semé le beige en grains, mêlé le clair au gris,
Chanté sur les oiseaux, souri sur les matins !

Mais tu n’as pas longtemps eu l’envie d’applaudir,
Et contraints de se craindre, on ne s’est plus compris ;
J’ai regretté souvent de t’avoir fait venir,
Quand sourd, méchant, aveugle, au loin tu m’as banni !

Pourtant, tu manques fort, Homme, à ton créateur,
Sa vie sans mouvement, géniale et sans raison,
Toute immense et divine erre dans la douleur,
Et va, sans passion, le non-sens des saisons !
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