Seules tes rides salées

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Dans ton cerveau mité s'amoncellent les blancs,
Pointillés anonymes qui hantent ton regard
D'une absence infinie.
La mémoire en partance, tu vogues, silencieux
Sur les ombres du temps.

Et dans tes yeux de craie emmitouflés d'hier,
Ta conscience chavire,
Lumière noyée de gris au fond d'une rue sombre.
Il n'est plus l'heure de dire, ni même de rêver...
Mais de rendre les larmes
À la vieillesse amère.

Comme après la marée, tes plages abandonnées
Offrent aux rares badauds leurs quelques pacotilles
Oubliées par les flots.

L'aube ingrate est si rance à tes veines flétries.

Parfois, dans un hoquet,
Des lambeaux de ta vie s'animent au hasard
Comme un théâtre fou,
Jouant quelques chicots d'une pièce vieillotte,
Fragile bandoulière de souvenirs hagards,
Mosaïque confuse,
Mille-feuille rouillé,
Moignon gesticulant d'une existence échue.

Alors, de ta voix grêle,
Quelques jacasseries tremblotent
Et terminent, gluantes,
Sur ton menton fané.

– Et même, tu souris –

Mais la frêle indigence reprend en main ta flamme
Et l'étouffe sans bruit ;
Le manège s'éteint.

À nouveau désertés,
Tes jours mornes s'empilent dans le couloir du temps.

Indifférente,
Une horloge gangrène les escarres des heures.

Et passe, passe, passe, passe l'immense joie de te sentir vivant.

Désormais,
Plus personne n'habite au creux de ta pâleur
Et de tes mains de cendres.
Dans le poing de l'oubli,
Seules tes rides salées racontent ton histoire
Et murmurent les rires, les amours et les pleurs.

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