Sclérose....

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Bonjour. J'ai 51 ans. Mes textes sont mes petits plaisirs, mais ma principale activité d'auteur est dans l'écriture de pièces de théâtre. Une vingtaine à ce jour que vous pouvez lire sur le  [+]

Elle se lève comme tous les matins. Pourtant aujourd’hui les douleurs sont plus vives, plus aigües. Sortir de son lit est une épreuve. Elle se traine jusqu’à la cuisine, fait couler un café et ouvre la boite à pilules. Il y en a de toutes les couleurs.

Elle se demande un instant si avaler toutes ces saloperies à un sens. Pourquoi continuer alors que chaque jour la maladie progresse dans son corps.

Les médecins ont des formules pour amoindrir la vérité. La progression est stabilisée ! On dirait des hommes politiques qui parlent de la courbe du chômage. Ils vont me prouver par A plus B que je vais crever en bonne santé.

On verra les cachets plus tard. D’abord un café !

Elle voudrait le boire debout, comme ces femmes actives qui le font en consultant leurs mails, en corrigeant les devoirs des enfants et en planifiant leur repas du soir...Pour elle chacune de ces étapes est une montagne qu’il faut escalader...Plus envie de se battre...

« Bonjour maman »

Sa petite tête brune est là auprès d’elle et l’embrasse. Elle a huit ans et elle sait déjà soulager sa maman de bien des tâches. Elle n’attend pas que sa maman bouge pour préparer son petit déjeuner...

« Tu veux une tartine maman ? »

« Merci ma chérie, et passe-moi la boite avec les médicaments ! »

En une phrase sa fille vient de lui donner l’envie de continuer. Elle ne peut pas l’abandonner maintenant. C’est trop tôt.

Avec application elle ingurgite ses cachets...

« Maman je vais prendre ma douche »

« Je me repose un peu sur le canapé. Si tu as besoin de moi, appelle-moi »

Sa fille disparait avec un sourire. Ce sourire lui fait mal. Son enfant a déjà compris que la plupart du temps c’est elle qui a besoin d’elle. Toutes ces journées ou les forces l’abandonnent. Elle a huit ans et c’est souvent elle qui gère l’essentiel !

Affalée sur le canapé elle ferme les yeux quelques instants...

Elle voudrait juste quelques semaines retrouver sa vie d’avant...Se lever d’un coup de son lit, courir sous la douche, faire mille choses à la fois...Se donner sans retenue à cet homme qu’elle aimait...

Il est parti. Par lâcheté ! Pourquoi l’accabler ! Elle ne le supportait plus de toute façon ! Le voir s’activer dans tous les sens avec sa forme insolente...Elle avait fini par faire de lui son souffre-douleur, comme s’il était responsable de son état...

Il n’est jamais très loin. Il s’occupe très souvent de la petite, lui rend mille services sans en avoir l’air...Elle sait qu’il est là avec une tendresse discrète...Mais la nuit, c’est une autre qui se glisse dans ses bras. Une femme entière, en bonne santé...

Elle aussi elle pourrait trouver quelqu’un. La maladie ne lui interdit pas l’amour...

Mais comment se donner avec son corps quand celui-ci vous trahi ? De plus en plus elle s’éloigne de lui. Son esprit vagabonde loin de cette chair, de ces muscles !

Quand elle ferme les yeux, elle devient libertine...Elle se fabrique des histoires folles, des audaces inavouables. Elle est femme fatale qui avance vers un homme, elle affirme ses désirs, joue avec le corps d’un inconnu, crie de plaisir...

Alors qu’elle ferme les yeux pour se plonger dans ses doux fantasmes, une douleur la traverse...Terrible piqûre de rappel. La bête est là qui somnole en elle. Au moment où elle pense qu’elle dort, d’un coup de griffes elle marque sa présence...

Le café lui donne l’illusion de bien-être...Affronter une nouvelle journée...Une nouvelle bataille...

Ne pas laisser cette saloperie gagner sans combattre...

« Maman, c’est l’heure de l’école ! »

« J’arrive ! »
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