Rituel

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"Bon à rien à part fabriquer de la littérature, ne désirant rien d'autre de toute façon..." Christophe Siébert, Fabrication d'un écrivain  [+]

Sur les bords des grands lacs, des fleuves et des rivières
Aux sommets des montagnes, au profond des forêts
Après la course, la marche, les coups de pédale ou de pagaie
S’arrêter, respirer, se reposer
Dans le silence du vent, de l’herbe, des arbres et des rochers

Puis choisir l’endroit adéquat
Établir le campement, poser le paquetage
Délimiter son espace, son territoire pour la nuit
Et partir chercher le bois

Ramasser les branches au sol
Les ramener au camp, les casser, les mettre en tas
Assembler quelques pierres pour le foyer
Rouler en boule un peu de chaume, d’herbe séchée
Ou quelques pages dispensables du livre qu’on a emmené

Puis poser les brindilles par dessus, en forme de tipi
Et les branches plus grosses autour, tipi plus haut
S’asseoir sur une souche, un tronc couché, ou bien par terre
Et au coucher du soleil, quand la nuit commence à tomber
Démarrer le feu

Toujours cette légère appréhension
Est-ce qu’il va prendre, comment va-t-il prendre, le bois n’est-il pas trop mouillé
Et la flamme timide prend confiance, et s’élève et grandit
Et c’est l’instant de joie
La certitude qu’on va passer une bonne nuit

Et les flammes dansent
Éclairent et réchauffent dans la fraîcheur de la nuit naissante
Il est temps de poser les gros morceaux de bois, ceux qui dureront longtemps
On peut alors sortir les gamelles, chauffer l’eau pour le repas
Et cuisiner sous le ciel immense, rose, orange ou bleu
Et les nuages qui s’étirent

Après le repas s’allonger près du foyer
Les muscles détendus, apaisés
Peut-être lire un peu à la lumière des flammes
Mais mieux encore, se coucher sur le dos, baigné dans la chaleur
Et contempler le ciel, la voie lactée
Et les sommets des montagnes
Qui se dessinent sur les étoiles

Sans amour, sans famille, sans amis
Sans lit, sans matelas, sans murs ni toit
Sans moteurs, sans électricité, sans eau courante
Sans téléphone, sans télé, sans internet
Mais en bonne compagnie de ce simple foyer
Seul confort vraiment nécessaire

Être vertigineusement seul parmi la nuit sauvage
Parmi l’inconnu, les bruits des bêtes, la vie nocturne
Ivre de liberté, de solitude, de silence et d’espace
Et tisonner de temps en temps les bûches qui crépitent

Accomplir ce rituel ancestral
Ces mêmes simples gestes
Jamais changés, depuis des siècles
C’est redevenir, pour un moment
Un homme des premiers temps
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