Rêveries d'un artiste solitaire

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(22 ans) Voyez Alfred de Musset : il y a dans ses poèmes une sensibilité, une verve, un sentiment des choses qui me touchent au plus profond. Aucun accent humain ne m'a jamais parlé si bien que  [+]

De tous les Arts voyons lequel
Peut se prétendre plus réel ?
La peinture est plus naturelle,
La sculpture plus héroïque,
L'architecture plus logique,
Le dessin plus pédagogique,
La musique sentimentale,
Le théâtre le plus moral
Des Arts ( j'entends le tribunal
Le plus fréquent des sociétés ).
Pourtant chaque art, en vérité,
Possède un peu de tout cela.
Le génie sait, sans embarras,
Tout arranger selon sa flamme,
L'impression qu'il veut donner,
Selon sa sensibilité,
Ou selon qu'il est homme ou femme.
On trouve de belles peintures
Très schématiques, des sculptures
Gracieuses, des dessins flous,
Musique vécue peu ou prou,
Architectures étonnantes,
Drame amoral, danse indécente...

La majesté ou l'élégance,
Moralité et impudence,
Extase, élan, confusion
D'amour ou de sanglots, raison
Pédagogie, caprice, éthique,
Vérité ou songe utopique,
Tout se retrouve et se complète,
Tout se répond et se reflète,
Tout s'entend ou se contredit,
Et tout concourt à l'harmonie
Du merveilleux concert des Arts.

Mais plus je promène au hasard
Mes réflexions artistiques
(Sans volonté philosophique !),
Plus je compare et réfléchis,
Plus je songe à la Poésie,
Et plus un sentiment intime
Murmure en moi qu'elle est sublime.
Elle est vraie, j'en suis convaincue,
Cette intuition émue
Qui me parle un sourire, un charme
A peine esquissé, une larme
En sourdine, un trouble imprécis...
Cette étrange sensation
Qui me possède d'un frisson
A la seule évocation
D'un chef d'œuvre ! Il n'est que trop vrai :
L'art vit de cet émoi secret,
Étincelle d'un autre monde,
Ivresse d'âmes vagabondes,
Ce balbutiement d'Infini
Que l'on nomme la Poésie.
Par-dessus tout elle transcende
Quand d'elle tous les arts dépendent,
Quand du théâtre à la musique,
De la douceur au pathétique,
Chacun pour soi la revendique ;
Lorsqu'à son nom toute critique
S'incline en grande révérence
Et dans son horizon immense
Qu'ils n'osent regarder, les cœurs
De l'Art recherchent la Splendeur.
C'est à tomber amoureux d'elle
Que le Génie ouvre ses ailes,
Et pour un seul de ses baisers,
Pour saisir un mot échappé,
Un reflet de ses yeux d'étoile,
De son sourire brouillé d'un voile,
Il sacrifie par passion
Jusqu'au bout l'Inspiration.
La Poésie, qui sait qu'on l'aime,
Et mène et la Sublimité
Les Arts, en est le plus suprême :
Elle est l'âme de la Beauté.

Lors je maintiens que la musique
Émeut surtout, que le pratique
Se trouve dans l'architecture,
Le naturel dans la peinture,
Que la statuaire édifie
Et qu'enseigne la tragédie,
Que le dessin construit enfin
- Chaque genre a sa propre fin -
Mais que pour être d'un génie,
L'art a besoin de Poésie.
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