Renaissance

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Sur notre arbre muet, plus rien n’est accroché,
Pas une seule patte, aucun fruit, nulle feuille,
Pas un chant, plus un nid, comme un bois de cercueil,
Et sous lui pas d’ami pour gémir ou pleurer !

Quel mois, quel jour, quelle heure, ou quel événement,
Qui donc a lacéré ce tableau, ta peinture,
De ce chêne vivant démembré l’ossature,
Pour que demeure ici pétrifiée sa statue ?

En lui s’entremêlaient le ciel, le sol, le temps,
S’amusant des rayons du soleil qui les offre,
Sa cime côtoyait les grêlons dans leur coffre,
À en émerveiller les cèdres du Liban.

Ou s’en iront demain les forêts qui sauront
Qu’on a surpris errant, dévêtu, immobile,
Sous un ciel hésitant, entre pluie et grésil,
Celui dont l’envergure étonnait les aiglons ?

Tous les arbres rêvaient de ses bras de géant,
De sa stature immense, à la grâce liée...
Vois le vent ratissant ses couleurs oubliées,
Regarde, ouvre les yeux, contemple cet instant !

Que le ciel est sévère, et l’hiver impassible,
Seule une ombre vorace, une étoile agitée,
Vacille dans mon cœur où son âme est plantée...
Tout tombe et meurt, plus rien n’est désormais possible ?

Ensanglantées de blanc, montagnes sans sommets,
Agonisez de froid dedans les nues opaques,
Additionnant chaque heure en vos glaciers qui craquent,
Dévorez sans les voir mes journées écourtées !

Pourtant tout est superbe, il bruine, il brume,
La vie penchée sur vous congèle vos manteaux,
Et la mort est si belle, et ce ciel est si beau,
Tant l’amour mourant monte, et rose le parfume...

Mais les animaux gourds que ce soir rien n’émeut,
Ni la tristesse humide, ou la branche qui claque,
Ni la vie qui s’éteint, ni la lune en sa flaque,
N’ont d’autre empreinte à mettre en la neige et mes vœux.

Chacun dans son terrier, son étable, sa grotte,
Devine au fond de moi les baisers que je gerce,
Et voit tomber des cieux dans mes yeux qui la percent,
La nuit seule essaimant les larmes que j’y frotte !

Tout s’emporte soumis, en silence, au grandiose.
Désemplissant mon cœur, le fuyant pour le beau,
L’étoile du passé remonte à son berceau,
Tant la peine ici-bas noie tout ce qu’elle arrose.

Mais si saisi soudain par la peur tout se tait,
Dans sa robe entrouée, l’arbre est resté joli,
Tout dort, la vie n’est plus, et cependant tout vit,
Car sur notre amour mort, le souvenir renaît !

Cette nuit, notre chêne a un peu du roseau,
Celui que l'on dévêt n'est pas celui qui casse,
Et pour geler deux cœurs, il faut une autre glace,
Que la froideur du temps, ou la froidure des maux.

Oui, des cieux aux lointains, dans mon cœur replongeant,
Revenant et frappant, versant un nouveau sang,
J’entends, je vois, je sens, doucement, violemment,
Dans un rayon de lune, un ange qui descend...

La chaleur vient, s’étend, et c’est dessous deux ailes,
Sous des plumes d’argent, que l’avenir blotti,
Rassérénant des branches et deux âmes meurtries,
Fait le monde nouveau, dans l’ombre, et l’étincelle...
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