Salut ! Moi, c'est Jan. Je suis né dans une ville qui n'existe plus, dans une famille d'un diplomate, ce qui m'a habitué au changement comme une forme plus répandue de permanence et m'a empêché ... [+]

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Est-ce qu'il n'y a dans tout l'univers qu'un seul tilleul, chauffé par son étoile
Sur un terrain vague entre deux voies
Qu'une seule épicerie de nuit brillant furieusement comme un phare
Qu'un seul fleuve charriant les éclats de bois
Est-ce qu'il n'y a pas de guerres, pas de meurtres, pas de tires, pas d'attentats
Pas d'émissions spéciales pour marquer l'anniversaire sombre
Pas de minutes de silence, pas de fermeté des hommes d'État
Même pas d'écho des pas d'un voisin ou de bruit de la poubelle qu'il sort

Aucun mouvement dans la noirceur autour d'innombrables globes
Qui roulent dans leurs ornières tournant dans le silence total
Aucune buée sur la vitrine d'une boutique qui s'accumule à l'aube
Qu'on ne remarque pas à cause du manque du temps
Pas de salaires baisses, pas d'emplois volés par des machines
Pas de rencontres dans les bars, eux aussi, par elles arrangées
Pas de soirées d'hiver, pas de nuits d'été, pas de jupes, pas de jeans
Pas d'espoirs non plus d'un jour tout changer

Est-ce que, dans l'ombre tout à fait hypothétique
Fait entièrement de chiffres, de supputations et de pensées
Là, où fermentent, luisant, fumant, se métamorphosant sans cesse, les formes du possible
Et d'où se tend la main frêle de lumière, née d'une faible étincelle
Est-ce que là-bas il n'y a pas une seule personne
Une âme, un esprit, un cœur affligé
Un seul jeune homme blessé, un seul téléphone qui sonne
Une vieille couple plissant leurs yeux en regardant le soleil se coucher
Les minces fissures de marbre, l'ombre d'un grand vieux chêne
Les fines tranches du ciel qui s'insèrent dans les crevasses des rues comme les étrésillons
Les portes d'entrée avec les noms de résidents qui s'enchaînent
Qui s'enchevêtrent, s'estompent et se remuent quand on regarde ailleurs
Une seule goutte visqueuse du vert, du blanc, du brun, du bleu foncé
Qui semble être perdue, comme une boucle d'oreille en diamants
Qu'on a laissé tomber dans le jardin pendant qu'on arrosait le cerisier
Qu'on ne retrouve jamais parmi les planches et les arbustes luxuriants
Mais qui, on sait, y reste pour toujours à refléter le vaste ciel

Est-ce qu'il n'y a qu'une seule mannequin
Maigriotte et pâle debout derrière la porte-fenêtre
Ébouriffée, toute nue et sans make-up
Qui touche le verre avec ses doigts fragiles et qui n'a pas de force pour remuer ses lèvres
Est-ce qu'il n'y a qu'une seule espèce éphémère
Surgie par chance de l'épaisseur des vagues indifférents
De bulles d'air et de moires de lumière
Sur les écailles dures et sur les feuilles des arbres géants

Est-ce que le crépuscule du soir descend sur les créneaux des tours
D'un vieux château qui se profile sur l'horizon
Avec ses échancrures aiguës et rectilignes creusées dans un paysage obscur
Par ceux qui, sans comprendre pourquoi, chassaient la perfection
Ou bien est-ce qu'il n'y a que de la poussière
En vue des vastes anneaux sur un aride terrain
Que du silence sur les alluvions d'une rivière
Qui roule ses eaux limpides dans l'océan serein

Est-ce qu'il y a une lampe qu'on a oublié d'éteindre
Avant de quitter sa pièce, qui brille en plein midi
Qui se dilue dans la lumière éclatante
D'une jeune étoile qu'on prend pour l'empathie
Est-ce qu'il y a une personne qui la regarde
En promenant ses yeux sur le panorama
Quelqu'un qui pense
Quelqu'un qui songe
Quelqu'un qui se demande
Quelqu'un comme moi, est-ce qu'il y en a vraiment ?
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