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Pour la saint Valentin !

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Charles Dubruel

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1

L’obsédé textuel (Atticisme*)

Dis-donc
Ma Didon,
T’es belle
Et sensuelle
Mais joues pas les garces.
Le dindon d’ la farce,
Ce s’ ra pas moi.
Si j’ vois, autour d’ toi,
Tourner des jules
Je les enc...
Bon, je me tais.
J’ai horreur de la vulgarité. !

Signé : Priape**


*L’atticisme est un style fin, élégant.
**Priape : dieu grec personnifiant la virilité.

Il n’y a pas de bonheur parfait, comme disait cet homme quand sa belle-mère mourut et qu’on lui présenta la note des Pompes funèbres.
(Jérôme K. Jérôme)



À l’aube de la 3ème République, un traité, signé dans la ville des Rois,
porte l’empreinte de la monarchie.
D’après Alain Decaux « les grandes heures de Versailles »

En 1871, au château de Versailles,
A l’issue de la terrible bataille,
Le Chancelier prussien
Et le ministre Jules Fabre,
Vieux républicain,
Signent l’armistice sur le marbre.
L’histoire suivante est exacte :
Bismarck, au bas de l’acte,
Appose son sceau,
Mais le Ministre de la France
A oublié le sien dans son bureau.
Fâcheuse négligence !

Alors le Prussien lui suggère :
« Utilisez votre chevalière ! »
Et Bismarck
Remarque
Que, dans la cire chaude, se sont inscrit
Trois fleurs de lys emblématiques.
Bien surprenantes armoiries
Pour un ministre de la République !

Le baladin badine
D’après Peire Vidal, troubadour du XIIème siècle.

Il m’est doux de voir à nouveau
Feuilles et fleurs aux rameaux,
D’entendre les oiseaux chanter
Dans les taillis et les futaies.

Le cœur des belles dames j’attendris
Pour elles, j’écris chansons joyeuses
Et mélodies harmonieuses.
Je redeviens la terreur des maris.
Ils me redoutent plus que feu et lance
Surtout quand, avec leurs épouses, je danse.

Une jouvencelle, en particulier,
Convoitée par moult seigneurs
De haute noblesse
Et riches chevaliers,
Me dispense mille délicatesses
Et comble mon cœur
D’un infini bonheur.
Un roi serait fier de l’aimer.
Je ne la quitterai jamais.
Aucune dame
N’a sa pureté d’âme.
Nulle divinité
Ne possède tant de qualités.
Son esprit étincelle.
Sa distinction est naturelle.
De ma vie, je n’ai connu
Tel maintien et si belles tenues.
Se dévêt-elle à mon côté
Qu’apparait beauté
Digne d’un ange.
Sans cesse je chanterai sa louange.
Le blanc immaculé de sa peau,
Le rose de son sein si beau,
Le carmin de ses lèvres ourlées,
Le bleu de son regard adulé.
Tout son corps me complait.
Je ne puis détourner les yeux
De son visage radieux.
Je caresse ses mèches frisées,
Lui prends mille doux baisers,
Et m’abandonne à elle.
Puissent nos étreintes être éternelles !
Je préfère sa tendresse
À grande richesse.
Comme je suis heureux !
Que Dieu
Protège l’amant
Qui possède tel diamant !


Le verbe aimer est un des plus difficiles à conjuguer. Son passé est simple. Son présent n’est qu’un un indicatif. Son futur est toujours conditionnel.
(Jean Cocteau)






Critique d’une journaliste ignare mais chrétienne
Billet d’Angèle Husse paru dans Loire-Matin le 5 décembre 2006 à l’occasion de la sortie en librairie de La création du monde, dernier chef-d’œuvre de l’Académicien Jean d’Ormesson.

Cher Jean d’Ormesson,
Nous vous savons
Grand seigneur
Mais vous prétendre l’auteur
De la création du monde,
Nous parait trop ambitieux.
N’est pas James Bond
Qui veut !

Vous prendre aujourd’hui
Pour Celui
Qui Est, qui Était et qui Vient,
C’est sacrément gonflé.
D’ailleurs, on aurait bien
Vu vos chevilles enfler.

Non, cher maître, le Tout Puissant,
Ne vous pardonnera pas l’audace
D’avoir voulu prendre sa place.
Au mieux, s’il apprécie votre talent,
Il vous préservera de l’Enfer.
Mais vous aurez beau faire,
Vous n’échapperez pas au Purgatoire,
Séjour conditionnel
Pour obtenir Son pardon éternel.




LE CHAT EN SANTIAG
(Vaguement inspiré du « Chat botté » de Charles Perrault)

Une pauvre espagnole, Théodora
Avait recueilli un chat angora
Perdu mais malin.
Il lui réclama tout à trac
Des santiags, une ficelle et un sac :
« Si j’attrape un lapin,
Crois-moi, ta fortune est faite.
Et on fera une grande fête. »

Ayant glissé deux carottes dans le sac,
Il alla le déposer à l’orée du bois.
Soudain une lapine s’y engouffra. Et clac !
Aussitôt ce chat matois,
Ficela le piège, et en vieux briscard,
Courut à l’Alcazar
Remettre au roi
Sa gouteuse proie :
-« Majesté, voici une gibelotte exquise
Que ma maîtresse, la marquise
Théodora de Carabo a le plaisir
De vous offrir. »
-« Vous la remercierez
Et la saluerez
Amicalement pour moi.
Mais, pardonnez-moi,
Je dois maintenant
Rejoindre mon fils
Qui, à l’étang, organise
Une grande fête pour ses vingt ans.»

Le Chat, en vitesse, rentra
Et emmena immédiatement,
La belle Théodora
Se baigner à l’étang.

Dès qu’il vit le roi,
Il hurla : « Ma maîtresse se noie ! »
Aussitôt, le monarque ordonna :
« Mon fils, veuillez plonger
Et sauver des eaux
La marquise de Carabo. »
Dès qu’elle fut allongée
Sur la rive, le prince fut séduit.
Il dansa avec elle toute la nuit .

Un mois plus tard,
Le roi expédiait les faire-part
Et demandait au comte Raminagrobis
D’être leur témoin à l’église.




AL CAPONE

Al Capone était un costaud,
Un peu lourdaud.
Il avait, dit–on, l’esprit vif et fin
Mais clairement, c’était un aigrefin.

En 1930, un ostéo
De Chicago
Assurait que ses instincts criminels
Étaient dus à une cervelle
Mal formée.

Un psy, le docteur Twitchell,
A affirmé
Que ses facultés intellectuelles
Étaient altérées par la syphilis,
Autrement dit, la chaude–pisse.

Psychopathe de type explosif,
Tel est le verdict définitif
Prononcé par les docteurs Curran
Et Guttman.

Bref, il était atteint, notre caïd,
D’une schizophrénie paranoïde.

Dès 1917, le jeune Al fut plongeur,
Puis garçon-boucher et videur.
Un soir, lors d’une dispute
Dans un bar à putes,
Il se prit deux coups
De couteau sur la joue.
D’où son surnom : Scarface.
Il n’a toujours présenté
Sur les photos que le côté
Non balafré de sa face.

Sa voiture blindée a été achetée
Par M. Stuart pour 170 guinées
Lors d’une vente aux enchères.
En 1958, à Manchester.
Cette pièce de musée
Fut un temps exposée.
On a ensuite retrouvé l’auto
À Toronto.


Un rêve

J’étais invité
Au ministère de la Santé.

Avec des convenances raffinées,
Le Ministre m’a décerné
La rosette Sidaction.
Il résuma en deux minutes
L’ensemble de mes actions
Et mon incessante lutte
En faveur de la continence mutuelle.

Suivirent accolades, discours,
Compliments à la pelle,
Champagne et petits fours.

Puis le ministre ayant tourné les talons,
Je suis sorti du salon
Avec mon ami Chouchou
Bras dessus, bras dessous.


Signé : K. Outchou

Lors d'un échange entre les deux rivaux politiques du 18ème siècle, John Montagu, Comte de Sandwich, et le réformiste John Wilkes, Montagu dit à Wilkes : «Monsieur, je ne sais pas si vous mourrez sur l'échafaud ou de la syphilis.»
Wilkes lui répliqua : «Monsieur, cela dépend, si j'embrasse vos principes ou votre maîtresse.»


L’islamisant

C’est bêta,
Mais j’ai peur des attentats.
Alors, depuis six mois
Je vis à Clichy-sous-Bois.
Là, parmi
Ceux qui bénéficient
De la nationale hospitalité,
Je me sens en sécurité
Et deviens un émigré
Français, de bon gré !

Je ne me rase plus.
Ma barbe pousse dru.
Avant de sortir de ma casbah
J’enfile mon sarouel,
Ramené des hauts djebels,
Ou ma confortable djellaba.
Je chausse mes babouches
Me coiffe d’un tarbouche,
De ma chéchia bordeaux
Ou d’un turban à carreaux.

Dans l’escalier,
Je salue mon taulier
De trois salamalecs,
Un peu comme à la Mecque.
Je me suis mis à l’oud et au kanün.
J’en joue comme pas un.

J’apprends midrash et sourates.
Chaque jour, à la mosquée,
Je vais prier Allah.
Ça vous épate ?
Non, ne soyez pas choqué.
J’ai aussi prononcé ma chahada.
Et même hier, pour fayoter,
Mais sans hésiter,
J’ai demandé à l’imam Ali
Comment devenir mufti.
Et puis quand je prendrai ma retraite,
Je ne suis pas inquiet.
Mes amis de Clichy, mazette,
Vont me la payer !

Signé : Yves Onvenir


Hélène Écoton, Présidente de la très puissante U.B.P (L’Union des Bergères des Pyrénées),
a demandé au nouveau Ministre de l’Environnement de participer à leur congrès annuel qui, cette cette année, se tient en l’Hôtel de Ville de Pau.
Il a pour thème : « Les ours ont-ils leur place dans nos montagnes ? »
Comme ce Ministre vient de se casser la jambe, (en fait, il ne connait pas le dossier), il a décliné l’invitation et adressé à madame Hélène Écoton le mot suivant :

Chère madame Écoton,
Je vous remercie de votre invitation
Mais je n’ai pas la possibilité
De venir assister
À vos débats.
Veuillez dire à vos amies
Combien je m’associe
À leur combat
Et, vous prie, selon l’usage,
De leur lire ce message :

« Madame le Présidente,
Mesdames les adhérentes,
Je rappelle tout d’abord
Que la loi interdit le transport
Des ours et des loups
Et donc leur importation
Sur notre territoire national. (*)
Sachez que je lutterai jusqu’au bout
De mes forces et avec détermination
Contre ce trafic illégal,
Source de si terribles ravages
Dans vos alpages.

Ainsi, mon sang n’a fait qu’un tour
Quand, il y a quelques jours,
J’ai entendu à la télévision
Cette courte information :
‘‘Ce matin, un ursidé
A été appréhendé
Dans une supérette
De la banlieue de Toulouse
Alors qu’il faisait des emplettes
Avec son épouse.’’
J’ai aussitôt téléphoné
Au Préfet et lui est ordonné
De ne pas relâcher le prisonnier.
En effet, ces deux intrépides ours
Pourraient, sans débourser un denier,
Venir se servir à la source
Dans vos prés, dans vos bergeries.

Pour conclure mon propos
Par une petite plaisanterie :
Mesdames, demandez à des écolos,
Ces grands manitous
De la protection des ours et des loups,
De vous remplacer à l’estive.
Vous rirez bien de leurs esquives !


(*) Article 411-1 du code de l’environnement :
« Sont interdits le transport et l’achat des espèces animales non domestiques »










Thiers, dit Adolphe 1er
(D’après Alain Decaux « les grandes heures de Versailles »

En 1875, aïe, aïe, aïe !
À l’Opéra de Versailles,
Le député Wallon a présenté
Un amendement qui fut accepté.
Ce texte concernait l’élection
Du Président de la République.

Situation
Comique :
La république prenait son essor
Dans le palais des rois.
Et Thiers s’écria alors :
« Le pays est à moi ! »

Sacré Balthazar !

Le mec de la FNAC
M’a déconseillé le MAC.
Il me propose
Un ouine–dose.
Je le baptise, par hasard,
Balthazar.

Je n’avais pas imaginé
Que, dans un proche avenir,
Il allait devenir,
Un casse-pied né,
Un profiteur,
Le roi des emmerdeurs.
Et, de plus, le lascar
Se révèle flémard !

Il prétend être allergique
À la oui-phi.
Quelle colique !
Si je clique sur un raccourci,
Il se dérobe sans cesse.
Alors, j’attache sa laisse
Au modem
Sagem.
Si je veux Gougueule,
Il fait la gueule
Et se met hors connexion.
Insupportables, ses exactions !
Il me réclame une Orange.
Ça me dérange,
Vu que chez nous, on est NOOS.
Il fait suer le burnous.

Bien que je sois excédé,
Je lui change les idées
En écrivant aussitôt
Quelques mots
Sur micro-soft–ouorde.
Il me les saborde.
Ça le constipe,
Affirme-t-il.
Il m’horripile.
L’esprit d’équipe,
Il s’en fout.
Je le pose alors sur mes genoux
Et lui glisse dans les fesses
Un suppo,
La prise Ethernet.
Il va sur le pot.

Quand il revient des toilettes,
J’attends que Monseigneur
Accepte Oveur–
–Blog ou Août–Louque–Express.
Mais l’abruti musarde,
Pantouflarde.
Je caresse
Ce chien. Il se braque
Quel macaque !
Pour calmer ce roquet
Et avoir la paix,
Je lui donne la béquée :
Le code, pour toi
L’adresse I P,
Pour moi.

Pour calmer cet imbécile
Indocile,
Je clique sur Média–Senteur,
‘‘Le meilleur
De la musique’’,
Cette fripouille,
Brouille
La zizique.

« On va scanner,
Lui dis-je, veux–tu ? »
Toujours aussi têtu,
Il se met à ricaner,
Et boude trois plombes.
Je succombe.

Mais vers seize heures,
Je tiens ma revanche :
La cartouche–couleur
De ce ouistiti
Étant bourrée de poudre blanche,
J’ai saisi sa barre d’outils
Et flanqué sur ses onglets
Une mémorable raclée.



Décès de ma grand-mère

Bien née,
Comtesse fortunée,
Veuve, libido
A zéro,
Nadège, ma grand-mère
M’était très chère.
Elle habitait un vieux manoir
Sans baignoire
Ni frigidaire.

Ayant comblé son diocèse
D’importants dons pécuniaires,
L’évêque, honneur suprême,
L’a nommée Chanoinesse
Du saint sépulcre de Jérusalem
Et d’une abbaye voisine,
A mandaté une religieuse,
Un peu bête mais très pieuse,
Pour faire le ménage, la cuisine,
Conduire son cabriolet
Et coréciter le chapelet.

Hélas,
L’épouse de Jésus, lasse
D’avoir toujours tout à faire
-Véritable calvaire-
Ne tint pas le coup
Et se mit à boire
Tous les soirs
Coups sur coups.
Ma grand-mère,
Outrée de ne plus être servie
Comme naguère,
Noya sa bile dans l’eau-de-vie.

Un jour, la nonne, exténuée,
S’est endormie au volant.
L’auto fracassa un cèdre du Liban.
Ses deux occupantes furent tuées.

Au ciel, leur nouvelle résidence,
Dieu profita de leurs compétences :
La chanoinesse
Trôna derrière la caisse
De l’Eden-bar
Où la nonne servait les pochards.



Avec la foi, on ne fait pas grand-chose. Sans la foi, on ne fait rien.
(Gilbert Cesbron)










Méticuleuse observation entomologique

Devant moi, à 15 h.12, ce 28 mai,
Monsieur Mouche
Fait la cour à sa bien-aimée.
Et même, semble–t–il, un peu
De bouche à bouche.
Suit un coït voluptueux.

15 h.16 : je donne un coup de tapette.
Fin de leur tête à tête.
Madame est désagrégée.
Monsieur réussit à se dégager.

Cinq secondes après, il rapplique
L’air tragique.
Fallait voir sa mine !
Il caresse sa copine,
Sans réaction, bien sûr.
Il l’examine sur toutes les coutures,
L’embrasse sur la joue,
Lui dit des mots doux,
Tourne autour,
Lui fait l’amour.
Puis il se frotte les pattes,
Avale une collation et s’hydrate.
Ayant repris du poil de la bête,
De coups d’ailes bien cadencés
Il repart à la conquête
D’une nouvelle fiancée.

Il est 15 h.20
L’étude prend fin

Jean Rostand (1894-1977), spécialiste de la parthénogenèse, se retourne dans sa tombe !

On a remarqué que de tous les animaux, les femmes, les mouches et les chats sont ceux qui passent le plus de temps à leur toilette.
(Charles Nodier)

La potence

Miséricorde !
Une corde !
M’entends-tu ?
Je veux être pendu
Comme un mal famé,
Comme un mal aimé.
Une corde, un cutter
Ou je fais un malheur !

Signé : Simon Destincenmel

Je fus embarqué dans la vie sans avoir été consulté, il faudra que je la quitte sans mon consentement.
(Beaumarchais)









A per pauc de chantar no’m lais
(D’après Peire Vidal, troubadour du XIIème siècle)

Le roi, qui m’avait ouvert sa maison,
N’écoute plus mes chansons.
Il exige que j’arrête
De chanter mes malheurs de poète.
Il me repousse, me chasse,
Me jette au fond d’une crevasse.

Qu’il sache mon sentiment
Sur son récent comportement :
Pour quitter la croisade
Et rentrer en France
Il a osé se dire malade.
Voici la funeste conséquence
De sa lâcheté : Saladin, l’Egyptien,
Interdit à tous les chrétiens
L’accès au Saint-Sépulcre.
De plus, le roi, pauvre compère,
Ne vit que pour l’argent et le lucre.

Quant au Saint-Père,
Il a mis notre sainte Église
En état de crise.
Ce désordre odieux
Doit irriter le Bon Dieu.

Mais, après tout, moi,
Je vis en grande joie.
Depuis trois jours,
Une noble dame de la Cour
Me couvre de baisers
Quand, dans ses bras,
Je vais me reposer
Et cicatriser ma tristesse.
De moi, elle obtiendra
Toujours dévotion et tendresse.


Brocante

En ce dimanche de printemps,
Réveil à six heures.
Beau temps.
Bonne humeur.
Dans le break Peugeot
Nous chargeons bibelots,
Objets oubliés,
Vieux paniers,
Vaisselle dépareillée,
Etc... trouvés dans le grenier
Et on détale.
Place du Marché, on déballe.

Devançant les promeneurs,
Un antiquaire fureteur
Soupèse une ou deux vieilleries
En professionnel aguerri
Et m’achète un miroir de grand-mère
Qu’il revendra beaucoup plus cher.

Pour attirer le chaland
J’attaque de but en blanc
Un refrain de Charles Trenet,
Coiffé d’un vieux canotier.
Puis je fais des moulinets
Avec une branche de noisetier,
Façon Charlot.
Ma femme vend à un jeunot
Un quarante-cinq tours
De rock and roll.
C’est pas le pactole !

Les curieux défilent tour à tour.
Un passant passe
-Combien ces bottes de chasse
Question d’une pimbêche :
-De quelle époque, votre bobèche ?
Un gars, mains dans les poches :
-Combien la toquante ?
-Cinquante
-Hé, tu m’ prends pour une cloche ?
Un bol chinois,
Un casse-noix
Et un lamparo
Partent pour soixante euro.
S’arrête une amie bijoutière :
-Cette cafetière,
Tu en demandes combien ?
-Trente-sept.
-Je te l’achète
-Merci bien.
Un petit moustachu :
-Fais voir
Ta bouilloire.
Un grand barbu :
-Combien le pot à lait ?
Il n’est pas jeune mais il me plait.

Je bazarde un petit chandelier
Et trois livres reliés.
Ma femme se débarrasse
De babioles,
Casse les prix des bricoles.
Le temps passe.
Dix-neuf heures.
À cette heure,
Personne ne viendra plus.
Fourbu, perclus,
Je remballe
Et compte nos euros...
« Ce soir, je régale :
Juste de quoi nous payer un bistro ! »

Le toutou
Facétie dédiée à ma femme

Pas de toutou
Du tout.
Suis trop vieux
Pour jouer à la baballe.
Mordieu,
Pas d’animal
Chez moi !

Si je m’assois,
Il sauterait
Sur mes genoux.
Ça me gênerait !
Si je suis debout,
Il se frotterait
À mon pantalon
Et le salirait.
Crénom, c’est non !

Tu me vois,
Moi,
Le promener, le caresser
Le toiletter, l’épucer ?
Et s’il aboie la nuit
Imagine nos ennuis
Avec les voisins. Non, surtout
Pas de toutou !




Les Rois-mages

Il y a 1800 ans environ,
Et dans trois différentes régions,
Les Rois-mages ont été peints
Coiffés du bonnet phrygien.

Quand, en 612, les Perses ont envahi
La Palestine, ils ont tout détruit
Excepté la basilique
Des Lieux Saints.
Ils n’y commirent aucun larcin.
Pourquoi ? : Les mosaïques
Représentaient les Mages
Vêtus d’habits Persans.

Pourquoi a-t-il fallu attendre 1500 ans
Pour voir
Dans une cathédrale
D’Europe continentale
Un portrait du Roi-Mage
À la peau noire ?




Constance amoureuse ou l’aruspice optimiste

À trente ans,
Trois cent fois l’an
Eros plantait ses flèches.

Sexagénaires,
On avait encore une pêche
Extraordinaire.

À quatre-vingt ans,
Un baiser de temps en temps,
C’était bien plaisant.

Maintenant,
À cent ans,
Nos ballades, main
Dans la main,
C’est épatant !

Signé : L. Aimé TRAU.

Pour bien faire, il faut oublier qu’on est vieux quand on est vieux, et ne pas trop sentir qu’on est jeune quand on est jeune.
(Joseph Joubert, philosophe du XVIIIème siècle)


Les liaisons commencent dans le champagne et finissent dans la camomille.
(Valery Larbaud)




Joli lai
D’après « Car’ amiga, douss’ e franca », chanson du troubadour Peire Vidal (XIIème s.)

Chère amie, douce et franche,

Auprès de vous,
Je ne crains
Ni foudre ni avalanches.
Loin de vous,
Nulle cesse de mon chagrin.

Quand, ma mie,
Vous vous êtes endormie,
Sur votre douce peau,
J’ai greffé mon cœur.
Vous êtes le rameau
Où, aujourd’hui,
Murit le fruit
De mon bonheur.



Il ne faut pas choisir entre les femmes : aucune ne vaut rien.
Plaute




Chanson de polisson
En langage scientifique : une partie–cule élémentaire.
En anglais : a party of legs in the air.

Un bel Apollon
Joue à saute-mouton
Dessus les bombés tétons
De Lison, superbe pépée canon
Toastée aux UV. Souples contorsions,
Palpations, fortes sensations, neutralisation,
Soumission, domination. Fi de l’édredon en coton
Et du polochon, le cochon Cupidon, en champion fripon,
Franchit le Rubicon et à croupetons : jubilation à califourchon,
Passion, possession, pâmoison, abandon, exténuation, relaxation.
Consternation : le céladon pique, sans façon, un roupillon très profond.

Hé bé, il a pas l’air con, le patachon !


Signé : Honoré Safam, poète hindou (1823-2016)


Lors d'un échange entre les deux rivaux politiques du 18ème siècle, John Montagu, Comte de Sandwich, et le réformiste John Wilkes, Montagu dit à Wilkes : «Monsieur, je ne sais pas si vous mourrez sur l'échafaud ou de la syphilis.»
Wilkes lui répliqua :
«Monsieur, cela dépend, si j'embrasse vos principes ou votre maîtresse.»











Urgences !!

Elles sont toujours fatales,
Les débâcles intestinales !

Afin de vous en prémunir,
Un génial pince–sans–rire
Vient de créer MICROPORE,
Un slip bisexuel justaucorps
Tissé en fibres végétales
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Avec MICROPORE, retrouvez le bonheur.
Terminés dorénavant
Le stress dû aux coliqueux déclics,
Les prises de médicaments constipants,
Et les angoisses en chemin.
Oubliée la honte vis à vis des voisins,
Supprimée l’odeur indicatrice,
Plus besoin d’emporter son pécule
Pour ouvrir une sanisette salvatrice.
Dans vos slips, plus de macule :
Dans vos poches, plus question
De stocker par précaution
Quelques feuilles de P.Q.
Et finis les lavages casse-cul
Quand vous rentrez chez vous

Pour trouver MICROPORE,
Rendez-vous
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Ou une pharmacie
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Quatre couleurs au choix :
Blanc, noir, bleu, et vert caca d’oie.


Tendrillon
Vaguement inspiré de Cendrillon, le conte de Perrault

Un veuf avait une fille
Ravissante et gentille.
Son surnom :
Tendrillon.

En l’an 1425, le 8 février,
Cet homme s’est remarié.
Sa nouvelle épouse
Lui donna deux autres filles,
Marie et Odile,
Qui devinrent fort jalouses
De leur sœur aînée
Au fil des années.

Marie, laide, blonde, boulotte
Et Odile, grande, rousse et sotte
Furent invitées un soir par le roi
À un grand bal costumé
Tendrillon, ma foi,
Aurait aussi aimé
Y aller, danser, se distraire.
Mais comment faire ?

Alors sa bonne fée lui prêta
Une robe longue en taffetas,
Une élégante paire
De mules doublées de vair.
Et un diadème de cristal.
En route pour le bal !

Au moment du départ,
La bonne fée fit part
À Tendrillon
D’une stupéfiante vision :
«Pierre, le fils du Roi
Tombera amoureux de toi
Si tu rentres avant minuit.»
De fait, avec le Prince elle dansa
Toute la première partie de la nuit
Et à l’heure dite
Elle le salua et lui, l’embrassa.

En rentrant, elle courut si vite
Qu’elle trébucha et perdit un soulier.
Le prince qui l’avait suivie discrètement
Accourut et rechaussa son petit pied.
Puis il lui offrit un anneau de diamant
Et demanda sa main :
«Si tu veux, marions-nous demain !»


Comment une grande nation devient un état-croupion

Dans le temps,
Les PDG avaient vraiment
Trois objectifs :
Le bien-être de leurs effectifs,
L’excellence de leur gestion
Et des résultats d’exception.
Autrefois, si un patron
N’était pas bon,
Les actionnaires l’évinçaient
Et le remplaçaient.

Aujourd’hui,
Rare est celui
Qui prend sa société
Pour une communauté
D’hommes et de femmes.
Alors, je réclame
Un changement de mentalité.
Les entreprises
Ne sont pas des marchandises
Qui s’achètent, se vendent,
Se commandent
N’importe comment.
Honte
Aux pontes
Proclamant :
« À quoi bon réagir,
C’est la crise, laissons pourrir.
Pourquoi tenter
Une reconversion,
Ou débuter
Une diversification ?
Le personnel, on s’en balance.
Vive la haute finance ! »

Aujourd’hui, les patrons sont prisés
S’ils savent licencier, délocaliser,
Enrichir leurs actionnaires,
Et devenir milliardaires.
Ils ont placé leur blé en suisse
À Panama ou en Suisse.
Quant au reste, les big chiefs
S’en fichent.
On les honore,
On les décore.
S’ils sautent,
C’est pas leur faute.
C’est la conjoncture
Qu’est en déconfiture.

Qu’importe s’ils sabotent,
Ils gardent la cote.
Et douce sera leur chute :
On les a équipé d’un parachute
Bourré d’or.
Ils rebondiront
Et recommenceront
Sans état d’âme,
Ces infâmes !


Déjà en 1758, François-Joachim de Bernis, Ministre des Affaires étrangères, écrivait au comte de Choiseul : « La plus méprisable des nations est aujourd’hui la nôtre, parce qu’elle n’a nulle espèce d’honneur et qu’elle ne songe qu’à l’argent et au repos. Nous touchons à la dernière période de la décadence. »








Médiocratie

Les présidents et les directeurs
N’aiment pas bien
Les adjoints, les seconds
Qui brillent dans leur secteur,
Qui réussissent trop bien.
Ça leur donne des boutons.
Ils leur font de l’ombre.
Ils les encombrent.
Alors ils cherchent sans arrêt
À les virer.

Les français se sont montrés les plus habiles artisans de ruine qui aient jamais existé au monde.
(Edmund Burke, un visionnaire du 18ème siècle)




Le nouvel homo erectus est arrivé

Un urologue de Charenton relate :
« Pour les opérés de la prostate,
C’est miraculeux !
Je viens de réaliser à la queue leu leu
Six greffes de bandelettes,
Ces membranes indispensables
Pour avoir une zigounette
Dilatable, désirable, inusable.
Dorénavant, les hommes du 3ème âge
Banderont sans dopage.

Mes bandelettes, une fois greffées,
Ont en effet le même effet
Érectile que le viagra.
Pour les conserver, les hostos
Vont se doter de trois congélos.

Dans le premier : les organes extra,
Vendus à prix exorbitants
Car réservés aux moins de 60 ans.
Dans le second, les bandelettes
Parfaitement adaptées aux galipettes
Des hommes de 61-88 ans.
Dans le troisième, seront accrochés
Les greffons destinés aux croulants.
(Résistance limitée et peu fiable
Donc bon marché.)
Il en faut pour toutes les bourses,
Que diable !

De plus, les opérés de la prostate
N’auront pas à faire la course :
Disponibilité immédiate
Et choix illimité.
Un Speedy-Gonzales amoureux,
Sera si heureux,
D’avoir retrouvé sa virilité
Grâce à la fonction de Bip-Bip,
Qu’il s’écrira:
‘‘Hip-hip-hip
Hurrah!”

Un prétentieux exigera
L’organe nec plus ultra
D’Obélix ou de Tarzan.

Un boxeur poids plume
Se prendra la gauche posthume
De Marcel Cerdan.

Imaginant peut-être
Qu’une bandelette d’ecclésiastique
Devait être
Moins usée et donc plus élastique,
Un jockey dévot cessa de piaffer
Dès qu’il se la fit greffer.

La noble pièce d’un duc
Contentera au mieux
Un marquis ambitieux.

Un modeste pompiste
Se battra pour obtenir
La fonction d’un riche émir.

Un cow-boy sudiste
Prendra au lasso le truc
De Lucky-Luck.

Un Don Juan fou de Kâma-Sûtra
Ne voulant plus se montrer ridicule
Revendiquera
Les bandelettes d’Hercule.

Un aviateur achètera
Avec l’option échange standard
Un greffon d’Icare.
Dans tous les cas, le moindre frimeur
Trouvera son bonheur,
Criera victoire. »

Je sors du bloc opératoire
Je me réveille.
Le ciel est bleu-vermeil !

La ribaude niquedouille
(D’après « S’en fos en cort on hom tengues dreitura », chanson de Peire Vidal, troubadour du XIIème siècle)

Si, à la Cour où je chante,
La justice était compétente,
J’irai dès demain porter
Plainte contre ma mie.
Imaginez ma déconvenue :
Elle ne veut plus respecter
Ce qu’elle m’a promis.
Sa voix exquise est devenue
Le fiel d’une vipère venimeuse.
Sa conduite honteuse
Provoque en mes pensées
Une angoisse insensée.
Cette vilaine prend plaisir
À me torturer. Ah ! Que j’envie
Les malades en fin de vie !
J’aimerais mieux souffrir
D’une forte rage de dents
Que supporter mon sort présent.

Hors de l’eau, le poisson,
Ne vit qu’un moment.
Moi, sans le frisson
D’une douce caresse,
Je succombe rapidement.
Aussi, je m’empresse
De sécher mes pleurs
Et conquérir le cœur
D’une autre déesse
Dotée d’un charme si prenant
Que même un prince n’aurait de cesse
D’être admis à la courtiser
Et compter parmi ses amants.
Mais s’il devait advenir
À l’un d’eux de s’en aviser,
Il doit se souvenir
Que, cent fois,
Lors de réguliers tournois,
Je suis sorti vainqueur
Des cyniques imposteurs.



Le tri des ordures ménagères

Un seigneur de la propreté
A inventé
Un juteux turbin :
Brûler les ordures ménagères
Et vendre la vapeur, très cher,
Au chauffage urbain.

Et pour améliorer la rentabilité,
Ce brigand, assoiffé d’avidité,
Impose aux citoyens, aux citoyennes,
De trier leurs propres sales déchets
Avant de lâcher
Dans les rues ses broyeuses bennes,

Sans humour, ce profiteur,
Ce nabab racketeur
Ose partout coller des affiches :
Le tri, c’est facile.
De nous, il se fiche
Pourquoi ne le fait-il
Pas lui-même ? Après tout
Il est payé pour ce boulot
Par une fraction de nos impôts !

Mais ce n’est pas tout.
Il nous ordonne
Et carillonne
Partout, de façon claire :
-Les cartons et papiers
Sont à déverser bien nettoyés
Dans les poubelles jaunes–clair
Mais interdit d’y jeter
Bidons ou bouteilles en plastique,

-Prière de rapporter
Chez Darty, ou aux boutiques
Et marchands spécialisés.
Électro–ménager cassé,
Ampoules et piles usées.

-Vos déchets alimentaires :
Uniquement les déposer
Dans les bacs verts.

-De spéciaux containers
Sont réservés au verre.
Mais il y a un piège.
Vous devez retirer
Capsules et bouchons de liège
Et les balancer
N’importe où ailleurs,
Mais surtout pas dans ces containers !
De cette manip, serait-il outragé,
L’affairiste, de se charger ?

Veuillez aussi relever
Que votre journée
N’est pas terminée.
Vous n’avez pas fini d’en baver :

-Les opiats anciens
Ou non utilisés :
Les rendre au pharmacien.

-Quant à vos vêtements usés
Veuillez les glisser d’emblée
Dans des coffres installés
Partout dans les rues.
(Tout le monde s’y rue !)

-Sanitaires fêlés,
Meubles désarticulés,
Produits chimiques et peinture,
Vous devez les déposer
Dans une déchèterie légalisée
Pendant ses heures d’ouverture.
-Si vous n’avez pas le temps
Vous pouvez téléphoner
À notre service compétent.
Mais interdit de se bidonner :
Pour satisfaire votre commande,
Le tortionnaire vous demande
De poiroter chez vous une demi–journée,
Délai requis pour organiser la tournée
De son camion de ramassage
Dans votre village !

Cet escroc ose de plus
Écrire sur son prospectus :
Le point vert,
Dessiné sur nos containers,
Signifie que le fabriquant
Participe au financement
Du tri. Jugez de la malice
Destinée à se faire
Un petit bénéfice
Supplémentaire !




Un potache

C’était pendant l’horreur
D’une profonde
Seconde
Une professeur
Hommasse
Traita le dernier de la classe
De chou-fleur.
L’insulte
Signifiait sans doute inculte
Nul ou glandeur.

Offusqué, ce gros bêta
Débita
Mais à voix basse :
« Banane, calebasse,
Navet, melon,
Truffe, chicon,
Vesce, artichaut,
Pomme, poireau,
Noix, pissenlit,
Patate, céleri,
Poire, asperge,
Blette, alberge,
Pastèque, cornichon,
Aubergine, potiron.»

Le chou-fleur, aujourd’hui,
Est le grossium
D’un gros consortium
Basé au Puy.


Il a raté son bac du premier coup.
(Jean-Marie Gourio «Brèves de comptoir. »)

Amoureuses folles

Sacristi !
Sur le présentoir Darty
Deux souris admirent la barre d’état
Particulièrement développée
De leur voisin, un P.C. Toshiba.
Ces deux pépées
L’aguichent, cliquent
Pour voir jusqu’où vont
Ses aptitudes physiques.
Mais, quand il ôte son caleçon,
Les belles se rétractent :
Ce n’est pas un Mac (*)
Mais une tablette,
Mazette !



N.B. Dans le cas présent, le Mac n’est pas un mec mais un type d’ordinateur !


Je vous résume le Freudisme : pourquoi ? Parce queue.
(Louis Pauwels)


Origines (et fin ?) de la mafia

Vers l’an
Mille ou mille cent,
Une armée secrète sicilienne
Aurait résisté
Aux invasions Nord-africaines.

Par contre, il est attesté
Qu’en 1282, les siciliens chassaient
L’occupant français
Aux cris de : Morte alla Francia
Italiana anela !
Ce qui modela
Les initiales M.A.F.I.A.

Au XVIIIème siècle, on sait
Que de nombreuses familles,
Ne supportant plus les français
Et leur tyrannie,
Quittèrent la Sicile
Et migrèrent aux États-Unis.

En 1920, Mussolini essaya
D’anéantir la mafia.

En juin 2014, le Pape excommunia
Tous les membres de la mafia.




L’auteur de Cyrano de Bergerac

Edmond Rostand
Est né au printemps
1868, sous le bon soleil
De Marseille.

Il eut, pour les études,
Une grande aptitude
Sauf en mathématiques.
Après la rhétorique,
Il étudia le droit à Paris,
Conformément à l’avis
De son papa,
Qui le voyait déjà avocat.

Encore étudiant,
Edmond Rostand
A composé
Deux pièces, certes peu maitrisées,
Mais sa vocation était née.

En 1890, il a donné
Les Musardises,
Poésies exquises
Dédiées à sa fiancée.
Poète, elle aussi,
Elle l’a remercié ainsi :
(Je cite de mémoire l’énoncé)
« Aujourd’hui, vois–tu,
Je t’aime plus
Qu’hier, mais moins
Que demain. »
Elle n’imaginait pas
À ce moment–là
Que son futur mari
Aurait une maîtresse
Chérie,
Marie Marquet,
Actrice baraquée
De la Comédie française.

En 1891, Rostand
Connut un fâcheux contretemps :
Le jour où il lisait à son éditeur,
Son manuscrit, Les deux Pierrots,
Décédait Théodore de Banville,
Lui-même auteur
D’un poème titré Pierrot.
L’éditeur trouva incivil
De publier dans l’immédiat,
Les deux Pierrots ou le souper blanc,
La pièce de Rostand
Mais il lui demanda
D’ajouter un deuxième acte.
Malgré son désarroi,
Rostand répliqua avec tact :
–« Je vous en ferai trois ! »
Et tint promesse. Il les appela
Les Romanesques. L’auteur,
Peu après, confiait aux acteurs
Du théâtre de la Renaissance
Princesse lointaine,
Sa réelle première chance.

En 1897, il donnait La Samaritaine
À Sarah Bernhardt,
Alors au sommet de son art.

En 1900, Cyrano de Bergerac,
L’Aiglon et Chanteclerc, tout à trac.
Mais pendant les répétitions
Rostand contracta une infection
Pulmonaire. Il se soigna
À Cambo. La région lui a plu.
Il y fit construire une villa
Entourée d’un jardin à la française.

En 1901, Rostand fut élu
À l’Académie Française.
Mais par dérision,
Il attendit juin 1903
Pour prononcer son discours de réception
Il s’y montra si adroit
Et si spirituel
Qu’il enchanta les Éternels.
Mais, sitôt la cérémonie
Finie,
Il prit le premier train
Destination Cambo-les-Bains.

Durant les neuf ans
Suivants,
Il ne siège que dix fois
À l’Académie.
Et encore, n’était–ce
Que pour donner sa voix
À un candidat–ami,
Par simple politesse


Si je suis élu, je serai immortel, mais si je ne le suis pas, je n’en mourrai pas.
(André Roussin, candidat à l’Académie Française)








La sorcière
Histoire assez éloignée du conte de Perrault ‘‘Les fées’’

Dans les tavernes de Foix,
On racontait autrefois
Qu’une veuve avait deux filles.
Sa chouchoute était Myrtille
Malgré sa fourberie,
Sa paresse et sa coquetterie.
L’autre, Xavière,
Était condamnée au ménage,
À la cuisine, au repassage...

Un dimanche matin, à la rivière,
Cette dernière nageait
Quand une femme âgée,
Une fée en réalité,
S’approcha d’elle :
-« Belle demoiselle,
Comme je sais que tu es mal traitée
Par ta mère, je vais te faire un cadeau
Qui va définitivement te soulager
Des serviles travaux ménagers :
Un lot magique de joyaux
Taillés par les plus grands orfèvres
Jaillira de tes lèvres
Chaque fois que tu parleras.
De plus, je te prédis sans ambages
Que tu feras le plus beau des mariages.»

À peine Xavière était-elle de retour
Que sa mère la rembarra :
-« Tu as encore dû traîner !
Va vite balayer l’arrière-cour
Puis préparer le déjeuner.
Ensuite, tu as les draps à étendre
Et une pile de bois à fendre. »
-« Ce seront mes dernières corvées,
Maman, car voici ce qui m’est arrivé
Tout à l’heure à la rivière.... »

Et pendant le récit de Xavière,
Apparaissaient entre ses dents
Perles, saphirs et brillants.
La mère stupéfiée mais ravie
S’exclama : « À nous la belle vie ! »
Elle appela aussitôt Myrtille :
-« Regarde, ma chère fille,
Ses splendides pierres et diamants
Qui sortent miraculeusement
De la bouche de sœur.
Demain matin, mon cœur,
Tu iras te baigner à la rivière
Et demander à la fée de Xavière
De t’accorder la même faculté.
Alors, ma chérie, nous serons
Riches à millions ! »

Myrtille obéit avec fébrilité.
Alors qu’elle nageait, elle entendit
Une femme crier : -« Sauvez-moi,
Vite...Je me noie ! »
Myrtille lui répondit :
-« Je ne suis pas venue
Sauver la vie d’une inconnue.
Débrouillez-vous, vous en êtes capable !»
-« Tu es si peu serviable,
Méchante fille, que dorénavant,
Chaque fois que tu parleras,
Par centaines, tu vomiras
Crapauds et serpents ! »

Quand, éperdue, Myrtille a raconté
Comment elle avait été envoutée,
Elle crachait mille vipères.
Redoutant les foudres de sa mère,
Xavière s’enfuit séance tenante.

Au cœur d’une forêt environnante,
Elle croisa le fils aîné du roi,
Le bon prince Henri
Elle lui dit : «Très honoré seigneur,
S’il vous plait, indiquez-moi
S’il y a, par ici, une hôtellerie
Car, il y a une grande heure,
J’ai dû quitter le domicile maternel
Pour une grave raison personnelle. »
Tandis qu’elle parlait,
De ses lèvres s’écoulait
Une rivière de diamants et d’or.

-«Où avez-vous, friponne,
Volé cet inestimable trésor ? »
Lui demanda l’héritier du trône
Calmement, Xavière
Répondit : -« Hier,
Quand je me baignais
Dans l’Ariège, une fée m’a saisi par le bras dit
« Tu seras
Si fortunée que tu ne pourras
Plus compter tes richesses.
De plus, tu deviendras princesse
Dès demain. »

Alors le Prince l’aida
À monter dans son carrosse
L’emmena dans son palais et lui demanda
Aussitôt sa main.


Stupéfié, à Xavière.
Elle lui répondit :
Myrtille lui conta son histoire : « Hier,
Je me baignais toute nue
Dans la rivière
Quand une fée m’a vu
Et m’a dit « Tu seras
Si riche que tu ne pourras
Plus compter ta richesse.
De plus, tu deviendras princesse
Dès demain. »

Alors le Prince l’aida
À monter dans son carrosse et lui demanda
Aussitôt sa main.






Novembre 2016 : primaire du parti «Les Républicains»

Ce soir, sur ce ring de Vaugirard,
Gentlemen and ladies,
Vous allez assister à un combat
De poids welters superstars,
En dix reprises
Comptant pour la finale du championnat
De France. La coupe de l’Elysée
Sera remise au vainqueur
Par Frank Finlande. Sont opposés,
À ma droite, Jules Luppé, outsider,
Dit Papy,
Et à ma gauche, Sark Kopy,
Toujours dangereux,
Qui remet son titre en jeu.

Que le meilleur gagne la primaire !
Y’a du K.O. dans l’air !









Discours politiques
de Pierre-Emmanuel Sarkozy



Ma façon de plaisanter est de dire la vérité. C’est la meilleure plaisanterie du monde.
(G.B. Shaw)





Les monarques sont presque toujours sages, vertueux et intègres quand ils prennent le pouvoir. C’est après que ça se gâte.
(Necker)








En période de crise,
Faut arrêter les bêtises.
Vu ma naturelle autorité,
Mes exceptionnelles facilités,
Chers concitoyens,
Je gouvernerai au quotidien
Les doigts dans le nez,
Sur le yacht de Poiloné*
À la Lanterne**, en congé,
À l’étranger,
Partout.
Je ferai tout,
Tout seul.
Ce serait casse-gueule
Si j’avais un cerveau
De veau,
Comme le vôtre.
Mais moi, je suis autre.
Si je veux,
Je peux.
Je féminise,
Je socialise,
Je débauche
À droite, à gauche.
Et je garantis le plein emploi.
Comptez sur moi.


*Alias Bolloré
** À Versailles, la Lanterne est la résidence secondaire du Premier Ministre que M. Sarkozy s’était appropriée en 2007.

AVOCATS : Genre d’hommes que les habitudes de leur esprit, suite nécessaire de leur profession, rendent généralement fort dangereux.
(Talleyrand)








Je déclare :
« En ai marre
Des racontars,
Des bobards
Mochards
Des politicards
Ovipares
De caviar.
Alors si, vous m’élisez,
Si j’obtiens l’Elysée,
Vous pourrez tous les jours
Donner du tambour
Et jouer de la trompette
À tue-tête.
Car je mettrai fin
Aux déficits d’État abyssins,
Aux grèves incessantes,
Aux manifestations violentes,
Au chômage endémique,
À l’émigration si redoutée,
À l’opposition systématique
Du Sénat et des députés.
Moi, je donnerai des dollars
Aux pauvres vieillards,
Un toit, du boulot et des repas
À ceux qui n’en ont pas. »

(Signée du pseudo : Duc Onlajoy)






La politique est l’art de tromper les hommes.
(D’Alembert)



Mes chers français,
Voici notre talon d’Achille
Je viens, sans finasser,
De chiffrer à 50 000
Euro ce que devra
Rembourser l’Etat
Chacun de vos enfants
Et petits-enfants.
Et ce dû
N’est qu’un début.

Cette France
En déliquescence,
Je me charge de la désendetter.
Pour arrêter
L’hémorragie,
Une seule méthode : j’agis.
Et je ne suis pas
Un type des demi-mesures,
Je vous l’assure.
Si je ne réussis pas,
Je vends l’Elysée
Et vais me poser
À Monte-Carlo.
J’aime bien jouer au casino.

La politique, est-elle autre chose que l’art de mentir ?
(La Bruyère)



Au fond, en France,
Le seul problème de fond,
C’est le manque de fonds.
La faute à pas de chance,
Me direz-vous. Je réponds :
Non !
Si, dans quelques mois,
Vous votez pour moi,
Voici, peu ou prou,
Comment je renfloue
Les finances
De la France :

Comme les chinois nous refilent
Leurs jouets, bols de riz,
Nems au chien, soja et friperies,
Moi, je leur vends nos îles.
Et ne me dites pas : impossible.
Mon idée
Est crédible.
Il y eut des précédents.
On a en effet bradé
Dans le temps
Nouvelle-Orléans, Canada,
Sahara et tout le barda.
On a largué l’Algérie
Et la Nouvelle Calédonie.
Puis, pourquoi le taire,
Mon projet présente
Un avantage supplémentaire,
Une aubaine excellente :
Si je remplace, au final,
Tous les travailleurs iliens
Par notre main-d’œuvre hexagonale,
Mes chers concitoyens,
Le chômage tombera à zéro.
Et vous pourrez, à l’apéro,
Me féliciter et dire : « A pus
D’ chomdu ! »

Un homme qui a vécu dans l’intrigue un certain temps ne peut plus s’en passer : toute autre vie pour lui est languissante.
(La Bruyère)



-« Au fond, en France,
Le seul problème de fond,
C’est le manque de fonds. »
-« La faute à pas de chance »,
Me direz-vous. Je réponds :
-« Non !
Si, dans quelques mois,
Vous votez pour moi,
Je renfloue les finances
De la France.

Les chinois nous refilent
Bien leurs jouets, bols de riz
Nems au chien, soja et friperies.
Alors, moi, je leur vends nos îles.
Et ne me dites pas impossible.
Mon idée
Est crédible.
Il y eut des précédents.
On a bradé
Dans le temps,
La Nouvelle-Orléans, le Canada,
Le Sahara et tout le barda.
On a largué l’Algérie
Et la Nouvelle Calédonie.
Puis, pourquoi le taire,
Mon projet présente
Un avantage supplémentaire,
Une aubaine excellente :
Si je remplace, au final,
Tous les travailleurs iliens
Par la main-d’œuvre hexagonale,
Mes chers concitoyens,
Le chômage tombera à zéro.
Vous pourrez, à l’apéro,
Me féliciter et dire : « A pus
D’ chomdu ! »


Je vends les apparts de fonction
Des dirigeants de la République.
(Au passage, j’encaisse une commission
De 20%. Ça me fera davantage de fric !)
Je me débarrasse des musées nationaux,
Régionaux, départementaux, cantonaux,
Des châteaux du patrimoine
Et de tous les bâtiments idoines.
Je cède au Vatican
Les sites des pratiquants
Cathédrales, monastères
Chapelles, lieux de prières.
Je mets en vente synagogues,
Temples, mosquées et gogues
Publiques
Aseptiques.

On ne ment jamais autant qu’avant les élections, pendant la guerre, et après la chasse.
(Clémenceau)






6/10
Deuxième suite du « grand discours »

Notre conjoncture
N’ira pas dans le mur
Si je privatise d’un clic,
Toutes les sociétés étatiques,
Régies, Poste, Ratp, Sncf...
Que du bénef !
Les Cours des Comptes,
Je les supprime. Il y a, je pense,
Au Ministère des Finances,
Suffisamment de pontes
Capables de faire la compta.
Je congédie les Conseillers d’Etat.
Le Garde des Sceaux,
Je crois, connait son boulot.

7/10
Troisième suite du « grand discours »

Mes amis,
Voici une autre décision
Bonne pour l’économie
De la France :
La suppression
Des Inspecteurs des Finances.
Ces grands commis
N’ont jamais mentionné
Que la crise venait.
Se sont-ils endormis ?
Ont-ils pris vacances
Sur vacances ?
Depuis combien d’étés
N’ont–ils rien inspecté ?
Depuis combien d’hivers
Sont-ils restés au chaud
En chaussons de vair,
Se disant : « Peu me chaut. » ?

8/10
Quatrième suite du « grand discours »

Je divise par quatre, d’emblée,
Le Sénat et l’Assemblée.
Pourquoi engraisser
De si gros cheptels
Dès lors que Bruxelles
Se charge de trousser
75% de nos lois ?
Ça m’horripile.
Croyez-moi,
Nos législateurs sont devenus
Aux 3/4 inutiles.

De plus, ma décision susnommée
Semble adaptée et bienvenue
Puisqu’un échelon
Vient d’être supprimé
Entre régions et cantons.





La Chambre des Députés donne tellement à rire et à s’indigner, offre tant de raisons de la blâmer, de la blaguer, de la bafouer, ses maladresses sont tellement visibles, ses emballements tellement grotesques que le métier de député devient une profession comique qui inspirera bientôt un doux mépris aux petits enfants eux-mêmes.
(Maupassant)













9/10
Cinquième suite du « grand discours »

Pour équilibrer la balance
Commerciale de la France,
Il faut importer presto
Des usines plutôt
Que des produits.
C’est primordial !
Voilà pourquoi, dès aujourd’hui,
Je supplie à genoux
Les firmes internationales
De s’installer chez nous.
Je leur offre en contrepartie
De vastes terrains gratis,
Une fiscalité zéro,
Et des charges sociales à un euro.


-« Il faut refaire la France. », disait un orateur
-« Comme si elle n’était pas toujours refaite, la pauvre !», intervint le journaliste Aurélien Scholl (1833-1902)


10/10
Sixième suite et fin du « grand discours »
(Divers autres moyens pouvant participer à la réduction de la dette publique)


Sans ambages
Faut davantage,
Plus énergiquement,
Plus rapidement
Récupérer les capitaux
Planqué dans les paradis fiscaux.

Faut plus
Non plus
Remplacer les vieux fonctionnaires
Qui partent respirer le grand air.

Faut plus verser d’honoraires
Aux hauts fonctionnaires
Mis en congé de la République,
Qu’ils soient honoraires, émérites
Ou en disponibilité.

Quand j’étais président
J’ai vendu sans incident
Et comme qui rigole,
Plein de lingots d’or en vacances
Dans les sous-sols
De la Banque de France.
Sans finasser,
Pourquoi ne pas recommencer ?









Cher ami, voici mon dernier livre.
Alfred Capus de lui répondre : Le dernier ?...Parfait !

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