Pluie de cendres

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Image de Hiver 2013
J'ouvre les yeux. Un monde en lambeau sous l'épais manteau de désolation.
A mes côtés des gosses jouent dans les vestiges de notre civilisation.
C'est tout ce qu'il reste de la 7ème ou de la 8ème guerre mondiale, je ne sais plus.
Ils ne m'ont pas laissé assez de doigts pour pouvoir compter dessus.
J'avance dans un vaste cendrier, un avenir révolu,
Mes empreintes de pas aussitôt balayées. Un passé qui n'est plus.
Un vent à me glacer les os s'oppose à mon avancée, comme si après être allé trop loin, nous faisions du surplace.
Et plus assez de monde pour pouvoir m'exaspérer en me demandant "merde, mais qui m'a piqué ma place ?"
Ses gosses qui n'ont jamais vu d'arbres ou de libellules, des allumettes.
Et je prends soin, à l'écart dans ma bulle, de garder mon masque à gaz bien sanglé sur ma tête.
Dur de digérer la pilule comme si il s'agissait d'une arrête.
Merde au cancer et aux nodules, je me fumerais bien une petite cigarette.
Je les regarde ces marmots, luttant avec le peu de force qu'ils ont,
Hurlant « à l'assaut » comme si le monde n'était pas à l'abandon.
Ils jouent aux cowboys et aux indiens mais ressemblent à des militaires sous une attaque bactériologique.
Vision contrastée qui me ferait presque du bien, dans ce monde apocalyptique.
J'en oublie le passé. J'en oublie qu'il n'y a pas de futur.
Je les vois juste gravir sans s'en soucier, une montagne d'ordures.
Ils rient dans leur masque, se plaignent de la buée.
J'ai peur que dans leurs frasques, l'un d'eux vienne à chuter.
Mais ils ne s'en font guère, n'ayant pas connu l'avant,
Et je sors de ma poche ceux qui furent autrefois mes repères, aujourd'hui absents.
Une femme. Une fille. Une photo. Une erreur.
Et je maudis ce que l'on appelait avec assurance "l'équilibre de la terreur".
Je cherche encore, à la recherche de mon calepin et de mon crayon,
L’envie de m’asseoir et de griffonner sur un bout de papier ces gamins et ce qu’ils font.
Mais, un enfant glisse. Il tombe sur la tête.
Les autres frémissent. Le temps s'arrête.
Il se relève, le masque à gaz brisé.
Une triste trêve et personne pour l'aider.
Il suffoque, gesticule,
J'imagine les cloques sur son visage avant qu'il ne s'écroule sur ce monticule.
Une bourrasque de vent comme point final,
Et les gamins reprennent leurs frasques, car pour moi, ce qui est triste, pour eux, est normal.
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Démisainsurge · il y a
J'aime... Étonnant !!
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Tom Tixry · il y a
De la grande science-fiction poétique.
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Ricow · il y a
J'avais délaissé le site mais merci :)

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