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Qualifié

Toute habillée d’or blanc qu’avaient tissé des cieux
Des couturiers géniaux sans nombre et silencieux,
Reverdissant les monts et les arbres imberbes,
La princesse avançait dans des lueurs superbes.

Tout l’appelait à fondre et dans l’herbe échouée,
Son altesse attendait pour partir renflouer
De son eau les ruisseaux, le printemps de son âme,
Et germer aux chemins les fleurs qui le proclament.

À trop la désirer sous sa blanche voilette,
Le ciel bleu descendait pour lui conter fleurette,
Quel chemin prenait-il, quel étrange escalier,
Nul n’entendait jamais son pas ni son soulier.

Quand les odeurs de vie et les anciens parfums,
S’entremêlaient à naître aux sources d’un jardin,
Ils se retrouvaient là, en avril, voire en mai,
Pour contempler à deux leurs desseins animés.

Aucun d’eux ne parlait mais elle avait dit oui,
Et dans chaque aube en brume ils s’aimaient enfouis,
Il avait fait sa cour, elle, donné sa main,
Ôtant sous ses rayons sa toilette en satin.

Rendant chaque rivière, toutes nues plus pures,
Notre ange dévêtu de sa fine guipure,
Écoulait sans gémir ses pleurs vers les torrents,
Qui déversent en plaine un visage au printemps...

Des oiseaux entonnaient soudain d’autres cantiques,
Recouvrant de leur joie les divines suppliques,
Et des millions de fleurs germées du dernier vert,
Dans d’intenses couleurs déracinaient l’hiver.

Sous les baisers du ciel descendu l’honorer,
Sa majesté sans fard, s’évaporant, mourait ;
Déposée sans un bruit, remontant sans un cri,
Expirant goutte à goutte elle rendait l’esprit.

Doucement, sans effort, elle allait peu à peu,
Se mélanger le corps dans un océan bleu,
Et durant quelques mois, façonnant des étoiles,
Prier jusqu’à cette heure où le froid les dévoile.

Plus loin que l’horizon, au-delà des nuées,
Repartant dessiner sa traîne de buée,
N’en voulant à personne, attendant trois saisons,
La reine allait broder sa robe en sa maison...

Puis, volant sans un bruit, de nuit, sans prévenir,
Tel un cambrioleur quand tout est à dormir,
Elle aurait son habit de flocons incrustés,
Sa parure sans prix de lumières teintée...

Quand l’heure sonne enfin, elle peut redescendre,
Aux sommets de la terre atterrir et s’étendre,
Revenue glorieuse et sans même une ride,
Elle ose s’affaler sur les sommets arides.

Comme l’enfant qui fait de cette joie qu’on roule,
Des bonhommes à rire et des milliers de boules,
Dans ce flagrant délire être à nouveau surprise,
Mais de tous ses dégâts voir sa victime éprise.

Que diras-tu, mon cœur, en voyant revenir,
Mêlés à tant d’azur tes heureux souvenirs,
Qu’écrieras-tu, mon âme, en découvrant que l’art
Est tellement plus beau quand il va nulle part...

PRIX

Image de Eté 2016
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Nadine Gazonneau · il y a
Très beau. Toujours excellent + 1 de la part de Tilee.
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Natachou · il y a
très beau mon vote
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De l'Air ! · il y a
Quel hymne ! Dame Nature change de parure pour le plus grand bonheur de ses petites fourmis ! + 1
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Utilisateur désactivé · il y a
Vous parez la Nature de toute la profondeur de vos mots.
Votre poème m'en rappelle un autre dont je vous laisse un extrait

Les bijoux faux

...Souvent, hélas! le cœur où notre cœur s’est réfugié,
Est un jardin merveilleux où s’épanouissent des roses en satin et des camélias de velours,
Où étincellent – pareils à des gouttes de vin et pareils à du sang, – de faux rubis, auprès des turquoises en porcelaine, dont le pâle reflet charme comme un coin du ciel.
Je rêvais que je me promenais en un jardin merveilleux.

Marie Krysinska, Rythmes pittoresques

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Lagantoise · il y a
On pourrait le lire presque les yeux fermés pour s'imprégner de ce petit bijou...Vote+
Poème en lice pour le prix d'automne, si le cœur vous en dit...
''Le silence s'endort sous une nuit d'argent''

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Utilisateur désactivé · il y a
bénissez, bénissez, bénissez !
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Sébastien Broucke · il y a
Bénissez le nom du Seigneur !
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Utilisateur désactivé · il y a
le chant des éléments! cantique biblique de Daniel !
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Miraje · il y a
.... et comme une grande arche poétique entre terre et ciel.
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Mirgar · il y a
Une grande maîtrise et un grand souffle pour nous parler de la merveilleuse beauté de la nature réinventée au fil du temps ...+1Je pense que vous savez la peindre ...en vers
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