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Poétesse et photographe, Anna Collado vit et travaille à Marseille et dans sa région. Adepte de l'écriture automatique, des mots qui tuent ou qui perdent, de l'absurde, de la dérive  [+]

Image de Automne 2016
I

Sans demander pardon
J’ai pleuré
Fui
Et tué.
Vers la fin... en dépit de...
À tout bout de champ.
J’ai vénéré
Oublié.
J’ai cherché l’abstinence
Appris l’humilité.
Par promesses
Par extases
À petit feu
Derrière mes barreaux
Sous la lumière des autres
Je suis partie.
Me défendre-se défendre-s’en défendre.
Étrangère à moi-même
Vague ombre sur les murs
J’ai erré.
De souvenirs perdus
En images oubliées...
Pardon. Pardon.
J’ai omis de dire les mailles...


II

L’énorme pression
Cet excédent de vie
Me tenaillait.
Les corps disgracieux
Et la lie humaine
Qui frôle ma vie
Me terrorisaient.
Et mon compagnon qui me fixait d’un œil
Intégriste.
On ne peut pas faire pire.
Ou alors crever ?
Avaler l’ennui ?
Périr seule sans les mains... ?
Je claquais
Je me claquemurais
Je construisais ma mort dans la fumée de cigarettes
Et de délires sournois.
Et les serrures où chantent les clés
Où le monde irréel se nourrit
D’une grossière odeur d’urine
Et où la lumière fuit
Me manquaient.
Dans cet ici
Qui n’était pas à moi
Et dans ce silence du chef
Qui établissait ses droits et me disait :
« Ne fais rien
Ou bats ton front...
Jusqu’à faire saigner les murs.
Ou alors compte les jours
Et rêve puisque tu peux rêver... »,
Je m’oubliais.


III

Ici.
Maintenant.
Les pas des gardes résonnent
En ma prison
Sur ces jours d’abandon.
De lassitude.
D’anxiété.
Je souriais, moqueuse
Provocante
Évoquant sans espoirs
Ma vie transfusée,
Ton silence,
Tes tremblements de terre,
Mes ténèbres grillagées.
Tu es.
Tu étais.
Je t’ai-Tu es.
Je t’ai tué.
Rien ne lavera mon action.
Ni la sentence
Ni le poids des actes
Ni les cris des indicateurs dans le noir
Ni la fureur du désespoir.
Et j’oublierai ce néant vidé
De l’envie d’être en vie
Ensemble.
Ni toi, ni moi
Qui avons joué avec le feu
Sciemment
Ne regarderons en arrière.
Je suis coupable
Condamnée
Parce que la vie d’autres que moi m’a servie à penser mes propres plaies.
Parce qu’un autre cœur a été ravagé.
Parce que j’ai survécu, assassine
À mon audace,
Et que toi tu es mort...


IV

Tu es mort
Par la puissance du mot.
Un mot. Un seul.
Séparer.
Séparer-se séparer.
Origine des puissants.
Séparer.
Séparer-se séparer.
Se séparer du sang
S’extraire à ses semblables
Inexorablement.
Des larmes de joie coulent sur mes joues vagabondes
Sans mauvais dessein
Sans mensonges et sans haine
Par ce filet d’encre jeté à la face du monde
Pour l’exemple.
Et ta cellule
Qui n’est plus la mienne
Multipliera tes années de silence.
Et notre souffrance
Fatiguée d’avoir guetté en vain
Les lettres inconnues d’extrême solitude
Disparaîtra sans douleur sur ta peau dès demain.
Le destin n’était rien :
Entre le léger « moi » et le pesant « nous tous »
Pesant de plusieurs tonnes
Je contemple
Chaque jour
Chaque jour sans frontières
La mort des autres qui fut muette.
Et cet amer repas servi,
Envieux et jaloux,
Te revient enfin
Par des paroles
Amères
Tendres
Ou brutales.

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