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Papa

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Jade

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Quand nous étions enfants tu étais avec nous
Mais je ne me souviens pas avoir été sur tes genoux.
Tu partais au travail
Tu rentrais du travail
Tu étais là sans être là.
Tes passions, tes émotions
Tes souffrances
Tes espérances
Je les ai malheureusement découvertes très tard.

L’adolescence
Ma soif d’indépendance
Mon insubordination
Ta détermination
On fait des étincelles
Et suscité des querelles.

Nous avons vécu à côté l’un de l’autre
Sans rien vraiment savoir ni de l’un ni de l’autre.
Moi enfant
Je ne te comprenais pas,
Toi parent
Tu ne m’entendais pas.

Les années sont passées
Tu as vieilli
Et connu la maladie.
Moi j’ai grandi
Je me suis émancipée
Et j’ai beaucoup appris.

J’ai été parent à mon tour
Ton petit fils a vu le jour.
Du passé, les souvenirs sont remontés
Du passé, des perceptions ont été ravivées.
Des énigmes se sont solutionnées
Des questions sans réponse ont été évoquées.

Je n’ai réalisé que trop tard
Que j’aurais pu partager l’immensité de ton savoir,
Ton érudition
Tes connaissances
Ton sens critique
Ton esprit analytique
Tes émotions
Ton expérience.

Dans les dernières années de ta vie
J’ai passé du temps au chevet de ton lit.
Au travers des banalités
Mon cœur s’est décadenassé
Pudiquement
Secrètement
Mais j’ai pu te parler
Te parler à demi-mot, en demi-teinte.

J’aurais voulu
Te serrer dans mes bras
Contre ton cœur
Me blottir
Pouvoir te dire Papa...
Mais je n’ai pas pu
Mais je n’ai pas su
Par pudeur
Par peur...

Jamais je ne t’ai dit je t’aime
Jamais je ne me suis blottie au creux de tes bras.

Aujourd’hui tu n’es plus parmi nous
Aujourd’hui tu me manques beaucoup.
Je hais ces années perdues
Qui ne reviendront plus.
Nous nous sommes côtoyés
Sans vraiment communiquer,
Nous avons quelquefois échangé
Sans jamais entièrement nous dévoiler.

Cependant j’ai ce bonheur au fond de moi
D’avoir pu une fois me sentir proche de toi.
J’ai juste pris ta main
Je me suis sentie bien.
Tu étais fatigué
Alors je t’ai laissé.
Le lendemain tu as disparu
Tu ne reviendras plus.
Seul reste le chagrin
Et le contact de ta main.
Nous n’avons pas eu le temps
De laisser plus avant parler nos sentiments.

Le souvenir de ta main
Me restera jusqu’à la fin.
Rapprochement affectueux,
Echanges de paroles vraies
Propos débarrassés de l’ivraie,
As-tu été heureux ?

Durant toutes ces années
Au lieu de nous ignorer
Au lieu de nous affronter
Nous aurions pu discuter, communiquer.
Mais tu étais dans ton autorité
Avec tes émotions bloquées,
Et moi dans ma timidité
Avec mes sentiments vérouillés.

Besoin de solitude et d’indépendance
Que certains traduisent par égoïsme et indifférence,
Une vie intérieure
Pleine de petits bonheurs.
Nous avions des choses en commun dans notre cœur.

Je ne peux me faire à l’idée
Que nous ne pourrons plus rien partager,
Mes joies et mes peines
Mon amour et ma haine
Je ne pourrai plus te les confier.

Je peux courir à perdre haleine
M’essouffler dans l’action,
Me noyer dans les livres pendant des semaines
M’en remettre à toutes les religions,
Entière sera ma peine
Profond restera l’abandon.

Je t’ai ouvert une partie de mon cœur
Mais beaucoup trop tard.
A présent je cherche dans le ciel
Un signe de ta main ;
Tout au fond de mon cœur
Ton souvenir éclaire mon chemin
Il dissipe le brouillard
Tel un magnifique arc-en-ciel.

Si tu étais encore près de moi
Je te dirais : apprends-moi
Explique-moi !
Fais-moi partager tes connaissances
Donne-moi la maturité de ton expérience,
Rassure-moi quand je suis dans l’errance.
S’il te plaît
Prends ma main dans la tienne...
Je voudrais savoir si tu m’aimes...
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