On a volé la mer

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Cinq ans pigiste pour un quotidien régional, je pense avoir su écrire dans ma tête bien avant de savoir utiliser une plume (je dis bien une plume !) J'aime les mots tout autant que les fleurs et  [+]

Dans la barge remplie de sable gorgé d’eau
J’agite mes pieds nus comme font les bambins au royaume estival
Et mes voûtes plantaires imprégnées comme des sceaux
Sont déjà effacées par un flux clandestin, et la mer les avale

Et le drap de la mer, gris de vert, se retire
Comme un satin froissé dégluti au lointain
Un ficus délaissé caresse ma cheville et y vient se blottir
Comme un être échoué abandonné des siens

Dans sa toute puissance, son replis dédaigneux,
Elle rappelle aux humains qu’elle est sur son domaine
Annonçant son retour, elle laisse des stigmates sur le sol sablonneux
Des langues d’eau salée, de méandreuses bâches, pataugeoires malsaines

Les battements de mon cœur deviennent à peine audibles
Elle est partie ailleurs, rejoindre sa couronne.
Et quelques voiliers blancs semblent insubmersibles,
Leur capitaine happé par l’amour des gorgones

Saoulée de l’infinie, aveuglée d’horizon,
Je cherche le repère qui met fin à l’angoisse des perdus du désert.
Mes folles enjambées dans le marécageux ont mouillé mon jupon
Et je cours. J’écrase l’écriture des vers arénicoles, et je broie leurs cratères.

Les piquets de bouchots sont déjà loin derrière et j’aperçois enfin la barque qui s’effrite dévorée par le sel
Aux cris d’une mouette, je devine en mirage la façade radieuse du vieux bimbelotier
La digue réapparue, mon cœur bat à tout rompre, il n’y a plus de ciel...
Ma course est ralentie, le sol se fait plus sec, j’abîme mes talons au sable coquillier

Le soleil déclinant a brouillé les vitrines
Mais je m’attarderais à celle que je préfère :
Là où les boules à neige côtoient les hippocampes et les vases de Chine
Au milieu des dauphins, casquettes et marinières...

La poussière des ans pétrifiant les breloques :
Voici mes souvenirs en grise mousseline,
Le vide et l’abandon d’un paysage glauque.
Un cerf-volant fantôme qui stagne tout là-haut est le rêve oublié des saveurs enfantines.

Aujourd’hui, quand le môle et la plage agonisent,
Les marées m’ont volé mes illusions d’hier.
Je veux voir la montagne avant qu’elle ne se brise
Je n’aime plus les dunes, ni même les bruyères

Qu’est devenue la mer ?...
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Flore Anna · il y a
Je découvre...et j'aime beaucoup. Un long poème qui caresse les souvenirs d'enfance. Retrouver le passé est souvent douloureux et difficile...La mer n'est plus ce qu'elle était. Superbe.