ODE AU CORPS SEXUÉ

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Plaisir, besoin, ivresse, tourment, drogue, obsession, compulsion, consolation et éclats de rire... bref, ECRIRE !!! Ecrire ma vie, vivre mon écriture. Chaque jour et toujours. Pour ma Joie qui  [+]

Ne distingue pas Dieu du bonheur et place tout ton bonheur dans l'instant.
André Gide, Les nourritures terrestres.

ODE AU CORPS SEXUÉ

L’éperon d’or forant l’ennui
Vient de se fondre dans la nuit...
Sa beauté m’a ébloui
Sa vigueur m’a terrassé
Sa tendresse m’a alangui...
Union splendide et harassante !
Je veux chanter la volupté.
De matines jusqu’à complies,
un seul élan de foi
pour sanctifier les Heures :
mon hymne à la ferveur !

Oui, telle est mon oraison
Ma substantielle nourriture
Ma collation spirituelle
à l’heure où l’aurore aux doigts de rose
ou bien la sieste crapuleuse
nous font tous deux triquer.
Car cette oraison charnelle
me ramène à la réalité.
La réalité du corps.
Le corps seul.
Puisque l’âme, n’existe pas !
Quoi qu’on puisse dire ou écrire.
Où palpite ton âme, Nathanaël ?
Dans ton cortex ?
— Ce ne sont qu’ingénieux neurones.
Dans ton cœur ?
— Ce n’est que vaillante pompe.
L’âme est un mythe délicieux.
Évanescente chimère
lestée des verbiages scolastiques
et du babil béat des bigotes blettes.

Or, le corps, lui, ne ment pas.
Le corps n’a pas de théorie.
Le corps s’offre, se prend et se déprend.
Il va tout droit :
Il saigne, gerbe, palpite.
(Et meurt un jour, cendre dispersée.)
Le corps ne philosophe pas,
il ressent.
Il n’aime pas,
il désire.
Et qu’est-ce donc que désirer
sinon désengorger ?
Pour que se maintienne l’équilibre des fluides
et qu’advienne la satiété heureuse.
Laisse donc ton âme au rayon des accessoires !
Abandonne-la au vestiaire des bonnes résolutions.
Elle est dévaluée et hors-circuit.
Jamais tu ne pourras la prendre ni la forcer,
trop molle, trop flaccide, trop irréelle.
Jouir, te faire jouir, nous réjouir.
Par et dans nos corps.
Encore et encore !

Oui, conviens-en une bonne fois pour toutes,
l’âme n’est qu’une mousse pieuse,
une gélatine virtuelle,
quelques légers bouillonnements
faisant ça et là des vagues.
Rien à voir avec la chair,
avec le réel.
Ta peau
Tes muscles
Tes poils
Tes neurones
Tes os
Tes nefs
Ton hypothalamus
Ta lubibérine (si c’est pas mignon !)
Et aussi tes effluves
Ton sang vermeil
Tes larmes douces ou amères
Ta pisse torrentueuse
Tes suffocants étrons
Ton sperme jaillissant
Toutes ces humeurs peccantes et polluantes
(disent les moralistes mal baisés)
Et que nous,
Épicuriens jouisseurs,
Hédonistes raffinés
Invertis libérés
ou baiseurs forcenés
proclamons :
liqueurs enivrantes
rafraîchissantes
revitalisantes !
Car Dieu vit que tout cela était bon.
Machinerie fascinante que le corps,
Sublime eucharistie
qui, ne l’oublions pas,
signifie « Merci » !
Ceci est mon corps.
Ma chair offerte et partagée.
Prenez et mangez,
Prenez et aimez.

Je veux donc chanter ici la volupté,
de matines jusqu’à complies,
un seul élan de foi
pour sanctifier les Heures
et m’enivrer de ferveur.
Hâtons donc nos concélébrations.
Oui, fratelli tutti, rejoignons-nous de toute urgence.
Concélébrons.
Pacsons notre réel.
Épousons nos fantasmes.
Et qu’entre nous le verbe
devienne liant et solvant.
Ou silence extasié.
Absinthe.
Opium.
Otium plus que negocium.
Les Pompéiens avaient tellement raison !
Au carrefour de leurs rues, le sais-tu ?
point de crucifix,
point de tristes calvaires,
mais d’énormes phallus minéraux,
bites herculéennes,
priapes marmoréens.
Partout, de gigantesques porte-bonheur !
Puisque le Sexe est l’âme divinisée,
offrons et célébrons.

Amen, amen, je veux chanter la volupté !
Plus que jamais,
en ces temps amnésiques
où triomphent la honte et le regret,
en ces temps tristement éthiques
et obsessionnellement mémoriels
où au galop rapplique
l’obscurantisme niais,
pieusard et niais,
où s’agitent, s’époumonent et vaticinent
les spiritualités sur le retour
hagardes, blêmes, aigries, échevelées.

Moi, je m’en tiens au seul Évangile païen,
la Bonne Nouvelle de la joie et de l’accomplissement de soi,
— celui de 1895.
Et je redis l’hymne d’André
fervent et libre
et joyeusement incarné :

« Attends tout ce qui vient à toi,
Mais ne désire que ce qui vient à toi.
Ne désire que ce que tu as.
Car qu’est-ce qu’un désir qui n’est pas efficace ?
Ne plus regoûter les eaux du passé,
Ne plus croire au péché,
Viens, Nathanaël,
Que chaque attente en toi ne soit même pas un désir
Mais simplement une disposition à l’accueil.
Viens, toi et moi, nous apprendrons la ferveur ! »

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Écrit à Boulogne, le 25/01/21 après le départ de F***.
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Georges Saquet · il y a
Osons la lecture en pleine lumière pour mieux nous connaître et nous rencontrer ! Mon vote.
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Bellinus Bellin · il y a
"Je suis mon corps." (Sartre). Pas facile de l'admettre avec humilité et humour... et d'incarner cette conviction. Sans aliénation ni obsession. Je ne suis que mon corps. Mais je suis TOUT mon corps. Qu'il jouisse ou qu'il pâtisse ! Quelle autre voie ?... Souhaitons-nous bonne chance et belle endurance. Et l’acmé du plaisir sexuel sera une cerise sur le kouglof, non ?

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