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Nous entrons en "ensauvagement".

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Politique

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Le secteur du nettoyage est, sans doute, de tous, le plus exposé à la "sauvagerie libérale". Nous découvrons avec effroi une réalité conçue par tous comme invisible, ce que José Boyé appelait autrefois , les "sous-sols de notre République", pour qualifier les prisons. Le parallélisme n'est aucunement exagéré. Une société , à l'issue de son rachat, voit ses gains soudainement exploser. Les congés n'y sont plus attribués et les horaires n'y sont plus respectés. Tandis que les salaires évitent soigneusement toute dérangeante heure supplémentaire rémunérée. Les projets du dirigeant fraîchement installé se basent sur sa communication Google et de soit disant lucratifs changements d'enseigne. La méthode patronale consiste à soigneusement éviter de se rendre sur le terrain, et , en outre, de régler tout problème soulevé personnellement, de façon à empêcher tout regroupement de ses employés, lesquels ne se connaissent pour la plupart pas, ne se sont jamais vus et peinent à nommer le nom de ce patron de l'ère moderne.
Lequel, tandis que son prédécesseur mettait beaucoup de temps à se verser un salaire, transforme l'ensemble en terrible machine à cash, sans lien aucun avec une activité productive qui, de toute façon, ne l'intéresse en aucune façon. Nous sommes dans le monde Américanisé, où la convention collective a pris le large, dans un sidérant "God save América". Où toute présence syndicale est dissuadée . Où le rapport patron employé n'est plus rapport de forces, mais rapport de maître à esclave. Florence Aubenas en 2011 avait effectué un stage en immersion dans ce secteur si marqué par l'exploitation et la mise à mort du salarié , avec des femmes obligées tôt le matin et tard le soir à une quasi dévotion à leur poste, au prix d'un nombre de kilomètres extrème entre les sites de nettoyage. Elle l'avait relaté en détail à la radio, un soir de Septembre précédant de huit mois la victoire de la gauche. Rien n'a hélas changé depuis près de sept ans . L'ancienne otage était taillée pour défendre la cause. Elle avait "joué" le rôle avec force.
Entendre ce jour de vive voix cette réalité essentiellement urbaine dit bien l'état de nos sociétés . Et reflète les déséquilibres en cours . Le regroupement n'est plus toléré. Les déserts syndicaux sont multiples. La défense des plus fragiles n'est plus assurée.
Le monde du nettoyage est un monde qui représente ce que le théoricien Guy Sorman baptisait en 1986, "la solution libérale", à savoir l'individualisation complète des rapports salariaux et la fragilisation accrue des personnes. Le recrutement y serait de plus en plus difficile et on y éviterait soigneusement les Africaines et les Espagnoles . Plus aptes à se regrouper pour peser sur les décisions et à la conscience de classe bien plus forte. Les mères célibataires sont cibles de choix pour ce libéralisme là. Car n'ayant pas le choix et devant nourrir les enfants à tout prix.
Marx a parfois évoqué le rapport souteneur prostituée au 19 ème siècle. Le monde n'a aucunement changé. Chacun admettra que ce n'est pas loin, quand toute loi devient une quasi vulgarité pour les donneurs d'ordre. La dérive est profonde. L'Occident perd ses repères et laisse s'installer sans réagir "l'ensauvagement".
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