Ngouatche

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Mathématicien de formation, je suis aussi passionné tant bien par l'informatique que par littérature. La poésie, la nouvelle et le roman sont les genres sur lesquels je m'essaie  [+]

Sous les regards moqueurs de mes frères,
Je vis cette bien triste vie depuis des lustres
Une vie sans jours ni nuits, une vie sans repos.
Je suis agriculteur, éleveur, pêcheur.
Voilà mes activités aux côtés de la Métchè.


Que pourrais-je faire d’autre ?
Je bois les couleuvres, mange de la merde.
Mes nuits sont si agitées lorsque surviennent pluies
Je vis dans ces taudis, patauge dans étangs boueux.
Mes entrailles ne connaissent école, hôpital.
Seul refuge, les bras du Christ qui aujourd’hui,
Joyeusement m’a renié.


Vous me regardiez, dégoûtés et apeurés
Aujourd’hui, vous voilà accourant à mon chevet.
Où étiez-vous donc depuis ?
N’attendent que cette sombre heure
Pour me jeter quelques miettes de votre amour.


Je broyais du noir, vous étiez bien éclairé.
Je vivais dans cette précarité, vous dans ce luxe.
Je logeais sous collines, montagnes et forêts,
Vous dans vos palaces, hôtels, et chics quartiers.
Aujourd’hui est arrivé le sombre jour.
Sans lopin de terre,
Je dus m’installer dans cette vallée meurtrière.


Dans inondations continuelles, je criais à l’aide,
Ça vous faisait marrer.
À présent par quarantaine je dénombre mes fils,
Enfuis dans cette terre, le bras criant au secours.
Tous sont ensevelis par cette noirceur
Habituée à goûter à l’amertume de leurs larmes.


Mon beau patrimoine,
Mon bétail, mes cultures, mes carra-bottes,
Cher héritage de ma descendance, la voilà...
Engloutie sous le passage de cette colère divine.
Où iront mes enfants ?


Par milliers, je fouille mes fils,
Et les foule du pied à tous centimètres.
Cœur enflé, je découvre mes entrailles
Dans cet état déplorable.
Des vieux, des jeunes, hommes ou femmes,
Tous y sont passés, sans pitié aucune.
La faucheuse si vitement,
S’est empressée de les emmener.
Mais combien ?


Maintenant vous me versez des gouttelettes d’amour.
Et demain ?
Si tôt, je sortirai de vos têtes,
Et plongerai de nouveau
Dans mon monde souffreteux de solitude.
Et vous continueriez vos vies si remplies et saines,
Dans vos belles villes, sans moi.

Hommage aux victimes de la catastrophe de Ngouatche, quartier enseveli le
29 octobre 2019 au Cameroun sous la colère de dame nature.
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