Mourir de vieillesse, pourquoi est-ce beau

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Toute ta vie tu as été un pour-le monde, un va-nu-pieds qui glissa sur l'écorce des choses.
Qui visa, se projeta et agit, avec la lente et langoureuse chute qui caractérise le temps et son onde.

Puis, un énième jour de fatigue, tu as cessé de vouloir adhérer au monde ; tu as levé le pied.

Le temps d'une journée, le monde a été pour toi, au lieu que tu sois pour lui ; 960 mois tu as été pour-le-monde, aujourd'hui, le monde-est-pour-toi.

Tu n'es plus l'anonyme parmi 7 milliards ; le soleil se lève pour toi, midi sonne parce que tu as faim,

Le monde est une vieille montre,
Et le mécanisme se brise enfin

Tous tes souvenirs, l'écume et son dos nu,
L'ouvrage d'une vie passée sous le halo de la lampe,
Les matins d'hivers tapissés de boue sèche et leur soleil polaire,
Les nuits de mai et leur pénombre froissée pour un rien.

Ces impressions minuscules et innombrables commandent maintenant le cours des choses ; les détails de ta mémoire sont les détails du monde ; la richesse de ton esprit fait la richesse du monde. Analogie parfaite entre la substance grise et la moelle du monde.

Le soleil s'est levé pour toi, et tu vas te coucher. Seul, au beau milieu de la semaine. Avec, sur tes lèvres, l'humble sourire qui palpite
De celui qui sait,

Qu'un jour, au moins, il n'a pas été dans la quête effrénée du monde.
Mais que le monde a été pour lui.
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