Mottes de ciel

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Vieux psy dans la soixantaine, j'écris depuis toujours dans la marge de mon activité professionnelle. Des textes narratifs surtout, parfois des poèmes  [+]

Image de Automne 2013
Cinquante-deux haïkus dispersés au fil de l'an.

 

D’un coup d’ongle fends
La peau bleue d’une prune : 
Tu verras la lune.

Lève tes yeux las
Vers l’horizon pacifié : 
Le ciel en tournoie.

Vois comment les astres
Filent le parfait amour
En comptant les jours !

Pour qu’une fleur s’ouvre,
Devine combien d’étoiles
Il faudrait semer !

Pour que les cœurs songent,
Devine quel parfum sourd
Des fontaines bleues !

Quand le soleil point,
L’arc tendu de l’horizon
Encercle ton âme.

Quand le soleil choit
Surgit la flèche de glace
Pour te transpercer.

Le vent froid du nord
Vibre entre les tuiles rouges :
Tu rêves d’amour.

Se dissout la lune
Dans les filets de brouillard :
Tu rêves d’espace.

Le tilleul s’élance,
Impassible chevalier
Qui rêve de mort.

Couché par l’orage,
L’orge brûlé de soleil
Germera sur pied.

Une montgolfière
Sans nacelle ni haubans
Traverse le ciel.

Tournent les nuages
D’orage sans éclater
Sur nos têtes folles.

Dans le matin sec,
Les roses rêvent de pluie :
Nous nous rendormons.

Un chevreuil fou saute
Et se fond dans l’orge en feu
Qui frissonne à peine.

D’une lune l’autre,
Le blé mûrit en silence
A l’abri des hommes.

Souffle, brise, vent,
Tempête, orage, ouragan :
La maison tient tête.

L’horizon s’éveille :
Des écharpes de champs jaunes
Cerclent la colline.

L’orage a passé :
Aucune brume au lever
Matinal des hommes.

Sur le mur, la bise
Soulève en vagues bruissantes
Les feuilles de vigne.

Dans le matin frais,
Les hommes heureux frissonnent
Avant la chaleur.

Chaque soir, la lune
Commence ailleurs son voyage
Qui n’en finit pas.
Le chant des nuages
Explose en monstres marins
Que la nuit efface.

Le soleil qui monte
Efface des bois et des champs
Le vert et le jaune.

Dans le jardin clos,
Un tournesol pourpre s’ouvre :
Il va s’envoler.

Si chaud dès l’aurore
Que les papillons moirés
N’ouvrent plus leurs ailes.

Reines de l’été
En essaims tourbillonnants,
Les mouches bourdonnent.

La fraîcheur du soir
Éveille les hannetons,
Fusées invisibles.

Quand le vent s’éteint,
Les nuages gris se taisent
Et le soleil rit.

Quand l’averse cesse,
La terre noire respire :
Elle veut chanter.

Sous le givre blanc,
Si froid que les yeux se ferment,
Il n’y a plus rien.

Au fond de l’hiver,
Ne rien dire de la neige
Pour rester en paix.

Marchons face au vent
Jusqu’au sommet de la côte,
Et qu’il nous emporte !
Quittons la clairière
Pour les ombres du sentier :
Se perdre est si bon.

Clapotis, murmure,
Bruissement, chuchotement :
Jamais le silence.

Face au soleil blanc,
Je marche comme un aveugle
Espérant la nuit.

Direz-vous enfin
Des mots qui sachent voler
Au-delà des murs ?

Savez-vous marcher
Sur le sol gelé qui craque
Sans voir votre mort ?

Et la neige encore,
Que cingle le vent du nord 
Et nous fait aveugles.

Pourtant nous marchons
En titubant dans le noir,
Lèvres et yeux secs.

Il est des nuages
Opaques comme le sol
Figés par le froid.

Sous le gris du ciel,
Une lame bleue s’étire
Au-dessus des prés.

Il faut des lumières
Chaudes et tourbillonnantes
Pour blesser l’hiver.

Le gris s’insinue
Sous la peau déchiquetée
Des hommes qui crient.
Gigue de flocons :
Effacement pour toujours
Des traces de vie.

Et le froid encore
Envahit nos chairs fragiles
D’amers stalactites.

Et soudain s’abattent
Du haut des nuages fous
Des perles de glace.

Tout tremble dans les
Rafales de bise noire :
C’est novembre en mai.

Plus haut qu’un jeune arbre,
Le cou près de se briser,
Un tournesol pleure.

Les grappes bourdonnent,
Vierges folles de la vigne
Celées sous les feuilles.

Fétus d’herbes folles,
Poussière de terre sèche,
Tous les mots s’envolent.

D’un jour mort à l'autre,
Rien ne se s’efface jamais
Dessous nos paupières.

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Brandon Ngniaouo · il y a
Un beau texte savourant à lire. Merci à vous.

Je vous invite à découvrir mon texte en compétition pour le prix des jeunes auteurs, et à me soutenir avec vos voix, si jamais il vous plaît.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-chose-11
J'adorerais également lire vos commentaires avisés qui m'aideront à me parfaire.

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Eloshima · il y a
Perles d'images éphémères qui s'égrainent et s'unissent aux vents de l'oubli pour préserver le pur instant... Un chapelet de haïkus bien écrits.
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Acratopege · il y a
Merci pour le commentaire!
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Jean Nascien · il y a
"Le vent froid du nord
Vibre entre les tuiles rouges :
Tu rêves d’amour."
C'est d'Emma Bovary ça, non?

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Acratopege · il y a
Peut-être bien, je n'y avais pas songé...Merci.
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Arlo G · il y a
Très beau poème tout en profondeur. Vous avez le vote d'Arlo qui vous invite à découvrir son TTC "le petit voyeur explorateur" et son poème "la découverte de l’immensité" dans le cadre de la matinale en cavale. Bonne soirée à vous.
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PrinceRakeem · il y a
Beaucoup d'inspiration et des haïkus très bien écrits! Cela mérite bien un vote! Bravo
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Nadine Gazonneau · il y a
Très beau poème agréable à lire et parfaitement réussi. J'aime. De la part de Tilee auteur du poème "transparence" en lice dans la dernière ligne droite prix été 2016. Je me permets de vous inviter à le lire et à le commenter si vous en avez le temps.
Merci à vous. Tilee

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Lambda · il y a
Je n'avais encore jamais rencontré un psy phantasmant en haïku ! Merci pour cette découverte!
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Geneviève Marceau · il y a
J'aime celui sur l'hiver qu'il ne faut pas mentionner pour garder la paix :)
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Scribo · il y a
Jolis haïkus. Bravo ! ;)
Voici mon oeuvre présentée pour la finale de la matinale des lycéens, si vous voulez passer ;) : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/tournez-a-droite

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Keith Simmonds · il y a
Originaux et bien écrits! Bravo! Heureux de les avoir découverts! Mon vote! Mon poème,UN LINCEUL BLANCHI, est en FINALE pour le Prix Haïkus d’Hiver 2016 et il est le préféré de la plupart de mes lecteurs. Il ne nous reste que quelques heures avant la finale. Alors, je vous invite à venir le soutenir si le cœur vous en dit, merci! http://short-edition.com/oeuvre/poetik/linceul-1

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