Petit papa

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Tu es parti si vite
Ce n'est pas de ta faute
Tu as été le premier surpris
Par cette fin prématurée

Homme de coeur
Tu nous as laissé
Par une journée froide et sèche
Le jour où l'amour est à l'honneur
À l'endroit même où tu as vu maman
Pour la toute première fois

Je ne voulais pas y croire
Et encore
Tu es toujours présent dans mes prières

C'est difficile d'imaginer
Ma vie sans toi

Depuis ton départ
Un frisson intérieur
Me rend toute tremblante

Le souvenir des êtres aimés
Ne peut s'éteindre
Car la lueur de leur passé
Nous suit à jamais

On dit que l'ivresse révèle
Ce que la sobriété cache
Mais l'alcool ne veut pas rentrer

Il n'y a rien qui passe plus vite
Que le temps qu'on ne veut pas voir

Je me suis tenue occupée
Pour ne pas trop penser
Les voix, les tons, les choses demandées
Tout d'abord très loin
Vinrent m'enrober

Et me firent jeter corps et âme
Dans le refuge de l'obéissance
Sorte d'eau froide
Où je fis tremper mes sentiments

Ce qui n'empêchait pas les images
De tourbillonner sauvagement
Devant mes yeux embués

Repousser les larmes
Qui menacent de déborder

Quand j'arrive à la maison
Le flot se libére
Même chose la nuit

Cela me choque
Tu ne méritais pas cela
Au contraire, la vie t'aurait été plus douce

Le passé ne reviendra pas
C'est tellement difficile à vivre

J'ai mal au plus profond de moi
Je ne te verrai plus
Je voudrais vivre le moment présent
Ta perte m'attire sans cesse vers le passé
Et je revis

Soupir

Il suffit de quelques secondes
Pour bousculer la vie
Le ciel en est le prix

Comment faire
Pour continuer à vivre
Comme avant

Tu as toujours été là
Mon petit papa
Tu n'es plus

Ne plus te voir
C'est le plus difficile
Ne plus entendre ta voix
Ta bonhomie
Ton rire communicatif
Te voir danser
T'entendre ronfler

Nos soupers père-fille
Ton entêtement
Ton air perplexe
Tes doigts croches
Tes yeux si bleus
Ta moustache fournie
Toutes ces petites choses
Qui étaient toi

Ce n'est pas seulement ta présence
Qui me manque
Mais les rêves dont tu faisais partie
Que j'avais en tête

Les prochains moments de ma vie
Devront se faire sans toi
Je sais que tu continues d'être là
D'ailleurs

J'aurais tellement aimé
Te voir grand-papa gâteau
Jouer à quatre pattes
Avec tes petits-enfants adorés

Des projets
Tu en avais pleins le coeur et la tête
Tu ne pourras les réaliser
Mais par nous tu continueras de vivre

Je voudrais
Que tout le monde sache
Que tu es mon père
J'en suis si fière
Et je veux que de ta fille
Tu le sois aussi

Une odeur
L'atmosphère vibre
Comme un souffle froid et léger
Soupir de ton âme

Tu es là
Je te sens
Qu'il serait doux de dire
Mes maux sont tous guéris

Veille sur nous jour et nuit
Avec la patience de l'ange
Dans l'éternel empire

Tu aimerais le temps des derniers jours
Ce n'est plus tout à fait l'hiver
Ce n'est ni le printemps

Le vent a tourné
Oh ce fut une sensation fuyante
À peine perceptible

Mais ce fut à cet instant précis
Que je compris
Que je finirai par guérir de ma peine

Je n'oublierai jamais

Je sens que je pourrai
Être à nouveau pleinement heureuse
Un jour

Le temps a changé
Il fait beau
Tu ne peux en profiter

Tout le monde me dit
De penser aux bons moments
Mais cela me ramène au fait
Qu'il ne s'en ajoutera plus

Je crains les jours de fête
Ton anniversaire
La fête des Pères
L'anniversaire de maman

Votre anniversaire de mariage
Noël et le jour de l'An
J'en passe
La date de ton départ

Je crains de réveiller
La peine assoupie
J'ai peur des souvenirs heureux
Qui l'accentue

Le soleil est chaud
Il fait doux
La neige pleure
Je fonds

Je m'éloigne des gens heureux
Ceux qui veulent me divertir
J'ai compris ce qu'était un vague à l'âme
Je me sens si triste

J'aurais aimé te garder encore
Juste un peu

Désséchée
Je veux me cacher
Pour souffrir en paix

J'ai des peurs irrationnelles
Je veux être délivrée
De mon angoisse et de ma peine
J'ai peur d'accepter
De les vivre à fond

Je voudrais pouvoir penser aux autres
Mais je suis toujours renvoyée
À ma grande peine

Je veux conserver mon autonomie
Mais en ce moment
Je dois accepter l'aide d'autrui
Me laisser aider

Le temps s'écroule sur mes épaules
Je resterai forte
Je dois rester forte
Cela veut aussi dire d'accepter ses faiblesses

Dans ma tristesse
J'ai besoin des autres
J'ai peur d'être envahie
De pitié et de maladresse

J'ai espoir de guérir
De grandir
Mon deuil me fait frémir

Tu es parti
Je te sens tout près
Sur nous tu veilles
De jour comme dans notre sommeil

Le printemps arrive
Tu n'arriveras plus
Les arbres bourgeonnent
La vie reprend ses droits

Tu m'habiteras
D'une façon mystérieuse
J'ai peur
De te laisser partir

Je vis des irruptions d'émotions
Je dois les vivre à mon rythme
Avec le temps
Elles feront place à la paix

Derrière chaque réaction démesurée
Se morfond toujours un ruisseau agité
Ténébreux de sentiments refoulés

Laisser la rivière des sentiments
Suivre son cours
Elle me portera vers les eaux
De la tranquillité intérieure

Comme toi
J'ai la capacité de m'émerveiller et de contempler
Les beautés du monde et de la nature

Pour rien au monde
Je veux perdre ce don
De toute façon
Il est en moi

Ta vie, des photos en souvenir
Ma vie, une larme et un soupir

Tu dégages une telle joie de vivre
Une gaieté
Cela m'encourage à continuer d'avancer

Je n'arrête pas de me répéter
Que la force d'esprit et la volonté
L'emportent toujours sur le traumatisme

Si on essayait de se faire une joie
Un petit bonheur
Juste un peu

Le jour viendra
Quand, je ne sais pas
Où je me réconcilierai avec la vie
Ma douleur de petite fille s'apaisera

Je me rappellerai en souriant
Ton existence heureuse avec nous

Un jour à la fois...
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