Mon herbier de mots (8)

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Science : dépôt comme le guano mais qui demeure totalement imperceptible à certains nez.

Un puits de science
Pour faire pièce à l'obscurantisme actuel, j'ai donné de ma personne.
A l'origine, j'étais plutôt emprunté mais j'ai accompli rapidement mes premières armes. Le blanc-bec à peu près inapte à tout ne demandait qu'à se familiariser avec les grandeurs et les misères de la Science.

Mes lacunes, en somme, me servirent plus que de franches dispositions.
A l'école –puisque c'est là, paraît-il, que l'on reçoit l'Instruction – je ne lisais pas, j'ânonnais et me signalais avec brio comme ignare et cancre dans toutes les disciplines.

Mon adresse à ne rien apprendre atteignait une insigne perfection.

Dans ma catégorie, j'étais un pontife dont l'immense savoir-faire et les prédispositions ne reçurent hélas ! Que la méchante couronne d'un bonnet d'âne avec deux grandes oreilles trémulantes.
Même dans le domaine si rudimentaire de la tricherie, je demeurais un profane et le piètre fraudeur que j'avais tant de peine à incarner, jouait à toutes les séances aux quatre coins, genoux à terre et les mains en croix sur l'occiput.

Mais je m'accoutumai aux incessantes brimades qui accablaient mon talent et devint expert en l'art de bailler aux corneilles dans les postures les plus inusitées et les plus cruelles.

J'ai blanchi sous la férule comme un vieux briscard de l'école buissonnière et de l'analphabétisme.

Puis, je me résignai aux demi-mesures et cela me perdit !
Sans rechercher à savoir plus qu'il n'est raisonnable à un béotien de bonne souche, je me mis à courtiser impudiquement la culture et cette inclination coupable faillit me guérir de mon impéritie naturelle.

Non, rassurez-vous, je ne suis pas un puits de science !
Mais je creuse, je creuse et un trésor m'attend sous la pierre.
Parfois le souffle me manque mais la certitude d'appartenir à la fine fleur des lettrés m'étançonne et me galvanise.

Mon tour de main et mon coup d'oeil ne cessent de s'aiguiser au contact de la dure écorce de l'empirisme.

Je me forme.
Je m'enterre.

Un mètre.
Deux mètres.
Trois mètres –la cote d'alerte est atteinte !

Je sais lire ! Je sais compter !
Du calme !
Ne poussons pas trop loin l'éclectisme.

Arrêtons-là ce vertige !

Artiste : les faux-monnayeurs seront condamnés aux travaux forcés à perpétuité et c'est bien le cas, non ?
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Histoire d'un paon.

Jean de la plume était un paon grand amateur de bel canto.
Hélas ! Sa voix de crécelle lui empoisonnait l'existence.

Il commença par s'exercer tout seul aux trilles, aux roulades, aux mélodieux effets de haute-contre.
Mais son ramage sortait rauque et strident d'un cou fripé par une prétention si contraire à la loi naturelle.

Malheur plus grand encore, n'étant point sourd, ces stridulations aigrelettes lui déchiraient l'âme et lui ternissaient les plumes, qu'il avait belles comme tous les gens de sa race.

Il sollicita donc un rossignol en grande odeur de musicalité – voix cristalline, vocalises aériennes et contre ut flûté – qui fut saisi de panique devant ces piaillements suraigus, ces vociférations éraillées et ces gloussement nasillards.

Sur ces entrefaites, une grenouille à la gorge cuivrée lui proposa ses services mais son coassement de métronome et ses pauses d'outre-tombe lui donnèrent la chair de poule – ce qui pour un paon de bonne souche est toujours un peu mortifiant.

Un corbeau qui voletait par- là, lui dit en outre que cette reinette aurait toujours un R de retard sur lui et que les anges assurément croassent des hymnes plutôt que ces « Quoi ? Quoi ? Quoi ? » monocordes et parfaitement niais.

Cela, en somme, n'avançait guère les affaires du paon qui s'époumonait en vain et trompetait son désespoir à tous les échos.

Alors, le paon mit fin à ses jours de deux coups de fusils et la double dénotation : « Pan ! Pan ! » lui fit grand plaisir car il crut que la foule en cette heure dernière hurlait son nom et qu'enfin son talent était reconnu.
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