1
min

Mon dialogue complice avec Anna de Noailles : Le temps de vivre

18 lectures

4

Mon dialogue complice avec Anna de Noailles Poète : (1876-1933)
Titre : Le temps de vivre
Recueil : Le cœur innombrable (1901).

Anna
Déjà la vie ardente incline vers le soir,
Respire ta jeunesse,
Le temps est court qui va de la vigne au pressoir,
De l'aube au jour qui baisse,
Claire
J’aime voir ce soleil allumant l’horizon
Mon corps dans son or baigne
Mes seize ans révolus sources de pâmoison
Rêve qu’enje lui règne
Anna
Garde ton âme ouverte aux parfums d'alentour,
Aux mouvements de l'onde,
Aime l'effort, l'espoir, l'orgueil, aime l'amour,
C'est la chose profonde ;
Claire
J’ai des élans soudains qui exaltent ma raison
je ris et brusquement je pleure
J’invente un avenir, dans une autre maison
Qui pourtant n’est qu’un leurre
Anna
Combien s'en sont allés de tous les cœurs vivants
Au séjour solitaire
Sans avoir bu le miel ni respiré le vent
Des matins de la terre,
Claire
Je ne pourrais rester un jour à me morfondre
Quand ils sont sans retour
Tous ces mots insensés, qui pourraient me confondre
J’ai trop peur de l’amour
Anna
Combien s'en sont allés qui ce soir sont pareils
Aux racines des ronces,
Et qui n'ont pas goûté la vie où le soleil
Se déploie et s'enfonce.
Claire
Ce sentiment m’étreint, je ne suis que chagrin
suis-je donc insensée
de croiser son regard, et que prendre ma main
est déjà dans sa pensée
Anna
Ils n'ont pas répandu les essences et l'or
Dont leurs mains étaient pleines,
Les voici maintenant dans cette ombre où l'on dort
Sans rêve et sans haleine ;
Claire
Je m’étiole, et languis, je n’ai même plus faim
Mon teint est terne et pâle
Je voudrais m’endormir, disparaître demain
Sous le froid d’une dalle
Anna
— Toi, vis, sois innombrable à force de désirs
De frissons et d'extase,
Penche sur les chemins où l'homme doit servir
Ton âme comme un vase,
Claire
Sais-tu oh mon amie combien cher est ce désir
quand je l’ai croisé Hier
Il me sourit et Quel fut mon plaisir
De le voir bien moins fier
Anna
Mêlé aux jeux des jours, presse contre ton sein
La vie âpre et farouche ;
Que la joie et l'amour chantent comme un essaim
D'abeilles sur ta bouche.
Claire
Anna si tu savais, il m’aime, il me l’a dit
Et ce fut à la fête
Où après un premier baiser il attendit
Que d’aimer je sois prête
Anna
Et puis regarde fuir, sans regret ni tourment
Les rives infidèles,
Ayant donné ton cœur et ton consentement
À la nuit éternelle.
4

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Elena Hristova
Elena Hristova · il y a
vos mots rives infidèles se mêlent si bien à l'infini
·
Image de Marie
Marie · il y a
Magnifique !
·
Image de Duje
Duje · il y a
Superbes répliques. Dommage que l'amour soit aussi difficile et si pathétique. C’est beau en vers lyriques, néanmoins , voire envoutant .
·