Mon cheval galopait

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Mon cheval galopait sur un sentier obscur
Je sentais dans le dos les douleurs de mon âge,
J'étais proche du but, à quelques encablures,
J'éperonnais ses flancs, les branches mon visage.
Longeant la ligne de crête des monts de la Chartreuse,
Où tant de souvenirs se mêlent avec l'Isère,
La montagne souveraine, le rivière coléreuse
Les brochets en été,le chevreuil en hiver.
A la cîme des arbres clignotaient les étoiles,
La lueur de la lune m'éclairait le chemin
Je voyais devant moi ce que la nuit dévoile
Une nuit douce et belle comme celles de Juin.

De lourds nuages noirs assombrirent le ciel
Faisant planer sur nous une chape funeste,
S'ensuivit une ondée, un orage véniel
Qui recouvrit la plaine sous la voute céleste.
J'étais bien protégé dans mon ciré étanche
Mon cheval, éreinté, finirait la distance,
Son poitrail se lava de son écume blanche
Car la pluie maintenant, tombait en abondance.

Se mêla, inquiétant, le fracas du tonnerre,
Les éclairs m'inspiraient d'étranges apparitions
Qui donnaient au relief une curieuse atmosphère
Et dans mon esprit d'épouvantables visions.
Ma course folle longea une forêt effrayante
Aux squelettes lugubres, maléfiques et crochus.
Poussant des cris d'orfraie, des Gorgones géantes
Portaient autour du cou une corde à pendu.
Je voyais près de moi sur un noir destrier
Un spectre articulé dont le rire glacial
Sortait droit des abîmes: une Harpie crucifiée
Me regarda passer sous le flot diluvial.
Un rapace nocturne, un hibou, un busard,
Vint heurter ma monture à hauteur des oeillères,
Qui fit un bel écart, et ultime cauchemar,
Se dressa devant nous un énorme mur de pierres.

Mon coursier s'aligna pour sauter cet obstacle,
Des étincelles fusaient au-dessous de ses fers,
Je restai sur ma selle, prophétique miracle,
Et d'un saut magistral s'élança dans les airs.
L'élan me libéra de mes pensées morbides
Tout mon être sortit de cette turpitude
Je serrai sa crinière ayant perdu les brides
Et me laissai aller à mon incertitude.

Nous ne formions qu'un seul , nous plannions dans l'éther
Le choc frontal fut bref mais la douleur intense
Une dernière vision des portes de l'Enfer.
Ensuite un gouffre noir, le monde du silence.

Je m'accroche à une minuscule lumière
Je ne sais où je vais, je ne sais qui je suis
J'aperçois des étoiles, une mer hauturière
Démontée, une digue et au centre un pertuis.
La tempète brise les haubans, déchire la misaine
Le navire tangue, roule, monte, descend,
Suis-je un fier cavalier ? Un marin capitaine?
Dois-je me servir des rênes ou d'un nœud cabestan?
Sur la ligne d'horizon flotte, immense, ma demeure,
Une gueule de chien au corps de poisson, aboie,
Une sirène fluorescente nage en apesenteur,
Je me tiens au bastingage, tout est de guingois.
Une vague déferlante m'arrive droit dessus,
Me projette sur le pont et je tombe vent debout,
Pris dans le ressac je roule en plein reflux
Je vais périr noyé dans une vague de boue.
Je sens qu'on me soulève, des bras solides me portent
J'entrouve à peine les yeux et cherche mon navire,
Un monstrueux cheval me sert alors d'escorte,
Tout se mélange, ma tête explose et je chavire.

Je revins bien plus tard remis de ma blessure
Remercier mon cheval de m'avoir ramené
Mais une fois nez à nez, dans l'écurie obscure,
Je sentis dans mes yeux une larme coulée.
Dans les miens c'est certain, dans les siens c'est probable,
Ma joie de le revoir devait valoir la sienne!
Sait-on vraiment de quoi un cheval est capable?
J'avais sa destinée mais il a pris la mienne,
Lui aussi, je le sus, ses blessures faisant foi,
Deux genoux écorchés, le ventre ensanglanté,
Arrivé l'avant-veille en pays grenoblois
Par une pluie torrentielle, pour un mur obstrué.
Inutile de faire de bien trop long discours
Je fis claquer ma langue et lui doucement hennit,
Revint à sa mangeoire afin de couper court,
Je soufflai la bougie et fermai l’écurie.
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