6 lectures

1

J'habite le Nautilus. Un géant des mers. Une grosse carcasse d'acier hérissée de rivets, comme la Tour Eiffel.

J'ai refermé, il y a fort longtemps, une lourde écoutille qui résiste à toutes les pressions, et j'ai descendu une échelle qui menait à une coursive éclairée de rares appliques grésillantes.

Je me suis installé à la barre.

Dans un cornet de cuivre, j'ai donné l'ordre de mettre en avant lente.
Et j'ai quitté le port, ses hommes méchants et ses femmes cupides.
Un équipage invisible et docile exécute mes directives.
Je m'enfonce dans les ténèbres.

Je pousse un levier et, sous la quille de mon vaisseau, jaillit un halo de lumière.
Nous survolons le fond des océans.
Les cités englouties, les épaves éventrées, les volcans sous-marins.

Devant une immense verrière, un verre de vieux porto à la main, je scrute les abysses.

A la surface, il y a une guerre. Bientôt, je verrai glisser lentement, devant ma fenêtre marine, des navires élégants, des noyés, la mère serrant le fils.
Je me vautrerai dans un sofa, je ferai donner de la musique de Mahler. Et dans les volutes bleues d'un précieux cigare, seul dans mon salon A Rebours, j'attendrai la visite de la Sirène.

En crinoline, avec une voilette. Et sa peau sera d'une rare ivoire, ses dents de nacre.
Elle parlera l'archaïque langage des femmes, celui de Bethsabée.
Dans mon cabinet de curiosités, sous son regard étrange et pénétrant, je m'enhardirai à dormir.
Et je lui demanderai de pointer de son doigt sur la carte le maelstrom, le grand tourbillon qui nous doit nous engloutir.

Quand elle sera partie, je reprendrai la barre.
Seul dans la chaleur veloutée et vrombissante du ventre de la mère, je me réciterai des vers.

Vingt-mille lieues sous les mers,
les noyés aux lèvres amères...
1

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de J.B. Pélissier
J.B. Pélissier · il y a
Bravo et merci de me replonger dans ce chef d’œuvre. Je me souvient l'avoir lu chez ma grand-mère pendant l'été, sur une vieille édition illustré, c'était le plus gros livre que j'avais jamais lu... Le coquillage inversé, les éperonnages, et la légitime misanthropie de du capitaine Némo, m'ont laissé un impérissable souvenir...
·
Image de Cazalis
Cazalis · il y a
Merci cher compagnon en écriture.
·

Vous aimerez aussi !

Du même thème

Du même thème