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Miroir miroir à quand la fin

Image de Abdon

Abdon

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Progressivement je fis arrêter le palanquin, car les formes de cette falaise m’intriguaient énormément. Bouche bée, je pouvais admirer cette splendide image, qui ne m’était guère étrangère. Plutôt familière dirais-je, évoquant ce pour quoi un homme vient sur terre. Cette pellicule fit d’une froideur et à la fois magnifique sur mon trajet, que tout me parut enfin si clair. Soudain, les grains de pluies commencèrent à ruisseler sur ses côtés les plus abrupts. Sur ces reliefs érodés par le temps, les jeunes pousses léguèrent une surface aride et sans sentiment. Finalement je ne m’en rendis compte qu’aujourd’hui, après avoir traversé ces lieux main de fois. En fixant les parois escarpées, je constatais que l’ensemble s’affaissait précipitamment. On aurait cru voir sur sa face une multitude de plis d’amertume. En tentant de contourner son profil, je remarquais par sa silhouette un côté caché et intrépide de mon existence. Le tout certainement rendu possible par des successions de vicissitudes. Elles lui donnaient une sorte de beauté intemporelle qui m’avait rendu insensible aux épreuves du temps.
Devant toutes ces intempéries, aux caprices de la météo, la couleur des tichodromes des murailles attestait de la dureté de l’hiver. Et derrière ses lignes de caractères les plus distincts, j’y voyais les traits éloquents d’un cœur de roc, ayant traversé tant de périples et d’ascensions. Nul ne savait même pas moi, ce pourquoi en ces lieux les éléments l’avaient érigé. Non seulement, cette image était marquée par tant de cicatrices, mais reflétait aussi une éternelle jeunesse, mon souffle de vie.
Alors je fis une pause, combien de temps à endurer me restait-il ? Porterais-je sur mes épaules éternellement le poids des éléments sans sourciller ? Un détail pas si anodin car bientôt arrivé au sommet de mon existence, je me fis finalement la réflexion. Arrêt sur image d’un cliché de cette falaise où le temps n’eut réussi qu’à détériorer l’extérieur, et non le cœur du versant. La géomorphologie d’un visage qui semblait incontestablement, plus ridé que je ne l’avais jusque-là imaginé. Même les chutes des cheveux et gravats n’avaient pas réussi à ensevelir cette route toute tracée, sur laquelle le temps abrégeait mon destin. Ainsi comme le reste, les séquelles apparaissaient vraiment manifestes et s’enfonçaient dans le sillon. Témoin du passage des saisons et des tempêtes sur mon visage. Assit devant ce beau miroir je l’implorai : « miroir miroir, mon beau miroir, dis-moi à quand la fin ?».

Abdon
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