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Métropolitain

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Alann dethiol

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Métropolitain


Un dédale de boyaux
Aux murs de lavabos
Voutes collées d'affiches
Dans leurs cadres concaves
Immenses laides violentes
Pesant un souffle doux
S'attaque à mes narines
Atmosphère étouffante
D'électricité de graisse
Et d'hommes
Et dans un grincement
De tôle de ferraille
Il se rue sur l'arrêt
En une dernière secousse
Spasme suprême
Apaisé semble-t-il
Il vomit à plein flanc
Une foule pressée
Qui s’ignore silencieuse
Qui tout à l'heure pourtant
Amorphe désabusée
Se laissait trimbaler
Dans son vieux ventre jaune
Et je suis là seul
Spectateur malgré moi
Comme d'un autre monde
Et je ne comprends pas
Alors sans un regard
Me piétine affolée
Méchante vague triste
Se meurt indifférente
Un grand claquement sec
Et la rame s'ébranle
En poussant un soupir
Je m'éloigne lentement
De ce monde de fous
Là-bas au coin un clodo
Comme ils disent sans âge
Ratatiné exhibe
Á la foule qui passe courante
Les fringues retroussées
Sur deux moignons crasseux
La main bien agrippée
Au goulot d'un cadavre
De liquide rougeâtre
Et qu'il porte à ses lèvres
Les rides souriantes
Je m'arrête un instant
Et fouillant dans ma poche
Tend vers sa main osseuse
De quoi remplir son litre
L'œil clair étonné
Il me regarde inquiet
Ne comprenant pourquoi
Moi je m'arrête là
Métro je t'ai revu
Là-haut anachronique
Sur ce vieux pont rouillé
Sur fond de tours blanches
Grotesques
Comme de grands doigts morts
Qui déchirent le ciel
Tu dévales cahotant
Dans un bruit de ferraille
Secouant avec joie
Ta cargaison de viande
Et je tourne le dos.



Paris n°47 - 1972

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