Merci frérot

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J’ai entendu mon frère ce matin sur le Net,
qui de sa voix perchée, rocailleuse,
voix de « tambouyé » à la frappe nette,
invoquant dans un chant séculaire
une Afrique d’autrefois, baroque, valeureuse,
à l’origine du Monde, une "Afrique Mère".

Mère de Yémanja, et de tous les saints ,
une Afrique de Bahia, qui repousse le chagrin
et redonne des forces pour tenir debout,
dans ce monde-ci, qui va à l’envers
et chancelle de partout.

J’ai entendu le sabar de mon frère,
ce tambour wolof venu du Sénégal
dont le son porte au loin,
comme un appel tribal
ou une invitation au voyage qui fait son chemin,
et vient se nicher là, en grondant,
au creux de mon oreille.

Oyé ! Oyé ! Chlak ! Takan ! Takan !

D’aucuns l’appellent tam-tam,
mais c’est un terme impropre
pour évoquer l’onde vibratoire de cette peau,
que la main calleuse et la baguette du maître,
tantôt claquent, caressent où sollicite encore, fortissimo.

Voilà des battements ô combien séculaires,
comme l’écho répété d’un cœur qui donne la vie,
à grand renfort de danse, de mystère,
de joie féconde et de clameurs,
car au commencement du monde, il y avait le rythme, aussi.

Pris d’une soudaine secousse
j’ai agité mes pieds et tout le restant,
me suis libéré de moi-même,
tapé dans mes mains avec une ferveur nouvelle
et en une grande envolée, aboli l’espace-temps.

Puis, à plus soif, j’ai dansé la « soukous »,
dansé de bon cœur, jusqu’à ce mon corps
dans cette gigue effrénée soudain me rappelle,
et que mes genoux criant enfin pouce,
me disent, tonton, baisse un peu ta charge émotionnelle.

Pourtant, comme le ferait un homme qui s’était fourvoyé,
subito presto, j’ai changé de décor,
et la trace du chemin parcouru, de nouveau retrouvée,
depuis mon île tropicale, enclose de madrépore,
je me suis senti bien, en harmonie, sans aucun désaccord.

Oyé ! Plakatak ! Plakatak ! Et Boum !!

Ce boum est comme une chute de basse,
un changement de temps, d’humeur,
de rythme modal qui passe
ou une rupture, une transition soudaine,
voire une pause ou encore un leurre ,
avant de repartir de plus belle,
jusqu’au rush final ; vers la transe, le monde du dedans.

Dans ce grand dérangement où tout est à l’envers,
j’ai de nouveau ressenti, où sont mes racines
et d’où vient ce groove qui me prend aux matines,
et me révèle chaque jour à moi-même,
quand le soleil s’invite, en habit de lumière,
et habille d’or pur, la cour, les conifères
ainsi que les murs crépis de la petite maison.

Merci frérot, je t’ai bien entendu,
bien capté le message.
Merci de m’avoir offert cette occasion,
de me ressourcer aux racines du temps,
et de combattre d'une manière vivante, incongrue,
les effets nocifs de ce long confinement.
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