Me manque

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Ses lèvres. J'en étais devenu fou. Sa bouche, sur mon visage, ses lèvres parlant, riant, fumant. Son goût un peu amer, généreux, unique.

Ses mains voletant et papillonnant d'un livre à l'autre. Je ne me lassais pas de les regarder, délicates et nervurées, marbrées de veines bleues sur le poignet.

Ses cheveux qui sentaient bon l'amande, odeur gourmande qui parcourait ces longues fibres en éventail, ses cheveux dans lesquels mes mains aimaient à glisser inlassablement juste après l'amour.

Son dos qui chutait jusqu'à ses reins en une gracieuse nonchalance, qui se tournait souplement vers moi, immense plaine à parcourir, planète sans cratère, mappemonde lisse et parfaite sous mes caresses amoureuses.

A force d'aimer son corps, j'ai oublié d'aimer son coeur. Et voilà que se dévoile son coeur, noir et pourri jusqu'à l'os, et que je ne me suis pas encore lassé de son corps. Voilà que, sans y prendre garde, j'ai goûté à son âme, et qu'elle avait un goût exécrable, une langueur douceâtre et égoïste, un goût âcre de sang séché.

Et maintenant, comment rester avec elle ? Maintenant qu'elle m'a déçu, que je sais ne plus pouvoir croire en l'apparence, que derrière l'ange se cachait le reptile, que j'ai enfin sondé dans ses yeux la lueur mauvaise ? Que faire, alors, alors qu'elle me garde avec elle en souvenir ? Pourrai-je un jour me passer de ses lèvres ? De ses mains ? De ses cheveux ? De son dos ? La mémoire de toute sa personne et le manque de son corps me creuse un sillon à même le cœur.

Je sombre.

Je deviens fou.

Je ne chanterai jamais plus.
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