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Massacre sans la tronçonneuse

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Ce fut d'abord le bruit qui l'alerta...
Puis parvinrent jusqu'à lui des ondes de terreur et de souffrance mêlées.
Il réchauffait ses jeunes ramures au pâle soleil de février,
Alors que sous l'écorce la sève balbutiait.
Car on sentait frémir déjà les signes du printemps,
Prêts à jaillir de leurs corsets les bourgeons impatients.
Dans ce trou de verdure où chantait la rivière, conquérant,
Vers les nues il tendait ses membres frêles mais fiers.
En bordure de l'eau vive il avait pris racine,
Confiant sa nouvelle vie au buisson d'aubépine qui l'avait hébergé,
Prévoyant désormais, une fois Mars passé, d'étendre son feuillage par delà le sentier.
Il n'avait pas un an.
La jeunesse est ainsi, ambitieuse, infaillible,
Et convaincue surtout d'être indestructible.
Pourquoi cette panique, cette alerte des sens, palpables ce matin avec intensité ?
Mais pourquoi l'envol bleu effrayé de la mésange en quête de maternité ?
Et pourquoi le grand chêne essaie-t-il tout à coup,
De sortir en tremblant ses grands pieds de son trou ?
Serait-ce vraiment pour fuir ses voisins ennemis
Vieux roseaux rabougris que l'hiver a ternis ?
Les appels au secours saturent l'air à présent car le bruit se rapproche et soudain il comprend !
Le grand chêne se bat mais perd sa belle branche, l'aubépine est broyée malgré sa résistance.
Le choc fut tant brutal que la douleur fut vive.
Déjà sur le chemin s'éloigne la machine, éclatant, déchirant, amputant, massacrant.
Abandonnant ses rêves de gloire et de conquête,
Ecorché, mutilé, l'arbre baisse la tête...
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