Manifeste

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Jadis, l’ennui était toujours recommencé,
De jour comme de nuit, rien ne m’en détournait.
Je crois bien que mon siècle a été si lent
Que mon enfance dura plus de cinquante ans.

Il y avait sans fin les vacances d’été,
Mon chien qui jouait, puis le journal de Mickey,
Le soleil qui dilate tout, même le temps,
Cette intense lucidité, c’était rageant.

« As-tu mis de l’eau au pied de chaque rosier ?
Il faudrait faire propre ces quelques graviers. »
De petites choses qui meublent le moment,
Ne peuvent satisfaire l’esprit d’un enfant.

D’un solstice à l’autre, rien n’avait changé,
Et l’année débutait plus lente que jamais.
Toujours impossible de jouir du présent,
Espérer le futur, ou regretter l’avant.

La nuit surprenait ma mère qui reprisait,
Trop près d’une fenêtre, les yeux fatigués.
« N’allume pas. Pas encore, attends. Attends,
Ce que nous faisons est bien trop peu important. »

Les rythmes !
Les rythmes, je n’ai jamais su ni les suivre ni les rompre,
Et les mots et les thèmes n’ont plus aucune saveur.
Car j’écris, comme cloue ou perce un médiocre bricoleur,
Tous ces souvenirs qu’il vaudrait mieux interrompre.

Je veux ma part de festin,
De poils, de glaire et de sang. Enfin,
De la vie ma part du butin.

J’ai vu d’autres gens, je suis allé ailleurs,
J’ai goûté d’autres mets. Pourtant mon cœur reste sombre,
Et si je peux me satisfaire du présent, dans l’ombre
N’importe quel tourment me ramène à la même langueur.
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