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Maladie Passe-partout

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MALADIE PASSE-PARTOUT

Suis-je dans le noir ou ai-je les yeux fermés. Ou suis-je dans les deux ?
Non ! Dit FRISSON à son ami LUPUS. Je ne suis pas dans le noir, pour preuve, je suis activiste des droits humains. Outre, je n’ai pas les yeux fermés, car je suis membre d’un Mouvement Citoyen. Je ne suis pas dans le noir et je n’ai pas les yeux fermés puisque je prie tout en m’évertuant à mettre en pratique la parole de Dieu. Qu’en est-il de toi ?

- Moi, je suis indiffèrent.

- Certes ! Néanmoins, j’affirme, dit FRISSON, que ce sont les autorités politiques de mon pays, dénommé Asepsie, qui vivent plutôt dans le noir.

De ce pays, on dit que son climat est bon et ses terres sont toutes arables.

- Qu’est-ce qui te pousse à incriminer ainsi les autorités politiques, s’enquit LUPUS.

- N’est-ce pas que ces autorités clament depuis plusieurs décennies, dans le cadre de leur programme d’activités, que l’agriculture est la priorité des priorités, mais ce vœu n’a, à ce jour, connu aucun début d’exécution ? La situation socio-politico-économique est telle que si nous étions dans un jeu des cartes, on n’aurait pas tort de dire que ces autorités atypiques se livrent au jeu que d’aucuns qualifient de « Qui perd, gagne, » rétorqua FRISSON.

LUPUS émis un sourire.

- Elles sont toutes pareilles. Personne ne fait mieux, même pas les agents du développement. Lorsqu’ un agent du développement communautaire accède à une haute fonction, il oublie vite la théorie apprise à l’école. Il devient agent du développement individuel, poursuivra FRISSON.

- Ce dernier vocable est excessif ; je préfère, dans ce contexte précis, le vocable développement familial, car le premier concept tend à ôter à l’homme tout sentiment humaniste, dit LUPUS.

FRISSON sourit, à son tour.


- Nous disons tous deux la même chose, fut-il.

- Oui ! Ces autorités ont les yeux fermés, car elles sont indifférentes face à la misère exécrable que vit la population, poursuit FRISSON.

- En as-tu la preuve ? Interrogea LUPUS.

- Tu me donneras raison un jour, rassura FRISSON.

- Pourquoi ? S’enquit LUPUS.

- Retiens-le bien. Maintenant qu’une épidémie, connue sous le nom de Maladie Passe-partout, sévit dramatiquement à travers le monde, je ne crois pas du tout à la capacité de nos dirigeants politiques à contrer de façon efficiente ce fléau au cas où il atteindrait Asepsie. Ils sont des affairistes. Elles ont tous un domicile à l’étranger. A Asepsie, il ne possède qu’une résidence secondaire, affirma FRISSON.

- Est-il mauvais d’acquérir une maison à l’étranger ? Demanda LUPUS.

- Cela dépend de contexte. Nos autorités politiques sont toujours prêtes à s’enfuir tels des mercenaires. Posséder une maison propre à l’étranger, mais être locataire à Asepsie, cette situation doit attirer notre attention, trancha FRISSON.

- Elles ne sont pas locataires. Elles sont logées par l’Etat local, précisa LUPUS.

- Leur mandat n’est pas éternel. Que ne constatons-nous pas ? Dès qu’elles ne sont plus dans les affaires, elles s’envolent sous d’autres cieux, affirma FRISSON.

- La Maladie Passe-partout occupe la une de l’actualité à travers le monde depuis quelques temps. Des mesures drastiques sont en train d’être prises en vue d’enrayer et éradiquer ce mal dans les pays qui sont atteints par elle. Les autres pays n’ont pas croisé les bras ; ils prennent des mesures préventives. A Asepsie, rien de tel, se plaint FRISSON.

Quelques jours plus tard, une rumeur persistante fait état de la présence des personnes atteintes par la maladie à Asepsie.

- LUPUS, fut FRISSON, ce matin, je passai à côté de l’Hôpital Moderne d’Accalmie, en sigle « HMA » et j’ai vécu une scène malheureuse.

HMA est un grand établissement médical comprenant en son sein plusieurs services, une maternité et une morgue. Il est abrité dans un imposant immeuble à cinq étages.

- J’ai vu une ambulance transporter un malade atteint de la Maladie Passe-partout. Aussitôt que ce dernier est arrivé sur place, la nouvelle a circulé comme une traînée de poudre et à l’hôpital et dans ses alentours. La maladie impardonnable est arrivée à l’hôpital, disait-on de bouche à oreille. Comme il fallait s’y attendre, il y a eu débandade et en première position le personnel médical, certainement à cause du fait que son mode de contamination est plus que facile et aussi par manque d’équipement de protection approprié, poursuivit FRISSON.

- Il suffit tout simplement de frôler une victime de cette maladie virale pour être contaminé à son tour, raconte-t-on avec persistance, dit LUPUS.

- A côté de moi, il y avait un badaud qui racontait des scènes qu’il aurait vécues.

Il a vu un médecin prendre son nourrisson et son épouse à la maternité et détaler. Voyant les agissements du médecin, une certaine dame apeurée, est allée extraire son bébé de la couveuse et elle détala, à son tour.
- C’est vrai ça ? Interrogea LUPUS.
- C’est ce que ledit badaud racontait, répondit FRISSON.
- Il n’y a pas eu que cela, s’inquiéta FRISSON. De nombreux malades, en majorité des femmes, qui étaient séquestrés à l’hôpital, qui pendant quelques jours, qui pendant quelques semaines, qui pendant quelques mois, pour insolvabilité eu égard aux frais médicaux, saisirent cette occasion pour s’évader avant que les agents commis au Service de Sécurité ne se ressaisissent.

Au-delà de l’hôpital, branle-bas, les passants fuyaient dans tous les sens dans le but de s’en éloigner pour se protéger. Dans l’entre-temps, un quidam se moquait des fuyards en clamant tout haut : « Calmez-vous, la Maladie Passe-partout n’est qu’une maladie des blancs ! »


- Par ailleurs, les pasteurs disent que la Maladie Passe-partout ne s’attaque qu’aux impies, appuya FRISSON.
- Les clandestins, quant à eux, allèguent que c’est le salaire des xénophobes, lâcha LUPUS.
- Les environnementalistes disent, de leur côté, que c’est la punition propre aux grands pollueurs de la nature, débita FRISSON.
- Le Collectif des Consommateurs attestent que cette maladie frappe plus les véreux et les prédateurs, affirme LUPUS

La maladie est bel et bien arrivée à Asepsie. Il faut des mesures idoines pour la contrer.

- Je loue à juste titre certaines décisions prises par les autorités politiques dans le but de riposter contre la maladie, en l’occurrence, la fermeture des écoles, car les élèves s’illustrent par cet adage : « Jeu des mains, jeu des vilains, » pourtant, il est conseillé d’éviter tout contact avec un humain vif ou mort, révéla FRISSON.

- Un autre aspect positif est le fait qu’Asepsie a amorcé un balbutiement en matière d’enseignement numérique au niveau de l’enseignement primaire et secondaire, en dépit de la torpeur dont font montre les dirigeants politiques.


- Dans le même ordre d’idées, il y a aussi les tapages nocturnes et diurnes perpétrés par les tenanciers de bars et des pasteurs de quelques églises en violation de la loi en la matière. Le confinement à perpète des bars est réclamé à Asepsie dont les habitants aspirent à une vie paisible, tranquille et saine, loua FRISSON.

- L’obligation d’emmener toute dépouille mortelle de la morgue au cimetière est la plus saluée, car nonobstant les raisons d’hygiène, cette mesure réduit les dépenses liées aux funérailles, d’une part, et elle n’offre pas l’occasion aux délinquants de tous ordres à s’adonner à l’exubérance que procure la boisson alcoolisée, la drogue et la folie de grandeur, etc., d’autre part, affirma LUPUS.



- Cependant, je ne trouve pas d’opportunité d’interdire les messes et les cultes tant que les coiffeurs continuent à travailler normalement, en manipulant la tête de leurs clients. Les coiffeurs utilisent dans la plupart des cas les mêmes instruments de travail pour tous les clients, déplora-t-il.

Le fait que l’instauration d’un couvre-feu ne soit pas à l’ordre du jour, a apaisé bien d’opérateurs économiques qui redoutaient le vol et le pillage de leurs unités de production le moment venu, rappela FRISSON.

Ce dernier tient à attirer l’attention de toute personne avisée sur le fait qu’à la prison, les pensionnaires sont inquiets au sujet de la Maladie Passe-partout. Des règles d’hygiène qui y sont prises paraissent insuffisantes pour une meilleure sécurité, pensent-ils.

- Qu’est-ce qui manque ? Demanda LUPUS.
- Chaque matin, un petit groupe d’individus, en l’occurrence, les femmes, viennent vendre quelques articles de première nécessité aux prisonniers, avait répondu FRISSON.
- Ce qu’un marché quotidien se crée à la prison ? S’enquit LUPUS.
- Non ! Pas un marché. Une vingtaine de personnes qui viennent vendre du pain, du sucre, du lait, des boîtes de conserve, vous appelez cela marché, contestant FRISSON.
- N’ayez pas peur de mots ! Pourquoi on a instauré cette pratique ? rassura et interrogea à la fois LUPUS.
- L’Etat d’Asepsie est incapable de nourrir correctement et régulièrement les prisonniers. Pour éviter qu’il y ait plusieurs cas de décès par inanition, un palliatif a été trouvé grâce à l’ingéniosité légendaire de l’Etat d’Asepsie, précise FRISSON.
- C’est donc un marché humanitaire ? demande LUPUS.
- Une décision prise pour des raisons humanitaires, rectifia FRISSON.

Les charlatans ne sont pas restés à l’écart.

Dans ces entrefaites, enchaîna FRISSON, un certain monsieur s’est mis à crier haut et fort : « J’ai été guéri de la Maladie Passe-partout grâce à un produit qui est à la portée de tout le monde. » Ce monsieur a réussi à attirer autour de lui quelques curieux en quête d’une potion miracle. Ceux-ci ont rétorqué : « Quel est ce produit ? »

Ledit monsieur portait un masque, un képi et une paire de lunettes.

Ce dernier, poursuivra FRISSON, a commencé à raconter succinctement ses péripéties, à savoir, qu’il était tombé malade, ainsi avait-il tenté vainement plusieurs remèdes qui relèvent tant de la médecine moderne que de la médecine traditionnelle. Curieusement, il fut un beau jour inspiré et en s’exécutant promptement, il était guéri. Je vous parle sincèrement, avait-il conclu.

Produit, produit, produit ! Scandait-on dans la foule.

- Oui, ce produit, poursuivra le fameux monsieur, n’est rien d’autre que l’urine, mais de l’urine personnelle qu’il est conseillé de recueillir dès le réveil matinal.
Oh, oh, oh ! Il y a eu désapprobation dans le groupe.

C’est ainsi que quelqu’un dans la foule a pris la parole pour dire : « Je veux paraphraser un certain analyste médical qui vous demande de pousser votre logique jusqu’au bout en ayant le courage de mélanger votre urine matinale avec vos excréments, osé-je croire, matinaux, ainsi auriez-vous une potion complète ».

L’homme inspiré a fait un geste répulsif. C’est sur cette note que la foule s’est dispersée, déçue à tel point que personne ne fut attention à la volonté de quelqu’un qui avait émis le vœu de voir le charlatan être ôté de ses lunettes, masque et képi, afin de bien voir son visage, le visage de l’homme éhonté.

Pour ma part, dit LUPUS, j’ai vu des personnes portant des masques, mais elles ne les portaient pas convenablement à telle enseigne que je me demande si c’était un cache-cou ou un cache-gorge ? Elles les portent plus par formalité que par amour, pour preuve, la nuit rare sont ces personnes qui portent les masques. Les policiers, eux, hormis quelques cas exceptionnels, ne portent pas toujours de masques. Ils allèguent que cette maladie ne s’attaque qu’aux civils.

LUPUS, n’est-ce pas que j’ai toujours dit que de dirigeants mercenaires et une population inconsciente, il n’est pas évident de venir à bout de la maladie, à moins que la nature sinon Dieu ne régule les choses.
Que dire des scientifiques de la capitale d’Asepsie qui mènent des recherches sur la Maladie Passe-partout qui se plaignent au sujet des allégations selon lesquelles rien de bon ne peut provenir d’un pays du tiers-monde, oubliant ainsi la frustration dont sont victimes les chercheurs de l’arrière-pays. Ne dit-on pas dans notre pays que rien de bon ne peut venir des provinces ?

FRISSON est rassurant et affirme ce qui suit : « Je ne suis pas dans le noir. C’est la raison pour laquelle je constate que dans mon pays, les gens se délectent en disant :
Ramasser, ce n’est pas voler.
Pas un, mais quatre- quatre. (1)
Article 15. (2)
Le mensonge est un laissez-passer. »

Non ! Je n’ai pas les yeux fermés. Je suis au courant de ce qui se dit et ce qui se fait dans mon milieu de vie, en l’occurrence :

Le port de masque accompagné d’un chapeau et d’une paire de lunettes offre-là une occasion à un débiteur de ne pas être reconnu par ses créanciers qu’il croisse en route.
Etudier ou pas, tout le monde vivote.
Lorsqu’une personne sort de la prison, sa famille et ses amis fêtent l’événement.
Quelques intellectuels incitent la population a boycotté le test du vaccin contre la Maladie Passe-partout pour se préserver contre un éventuel empoisonnement de ce dernier, oubliant ainsi que cette même population a déjà reçu avec satisfaction de dizaines des vaccins dont aucun d’eux n’a été fabriqué à Asepsie.

Médard MABAYA DIAMBOMBA

(1) Avoir au moins quatre amants pour obtenir assez d’argent pour la survie. Cette exhortation fait référence aux boniments des receveurs de taxis-bus qui demandent aux clients de se mettre à quatre et non pas seul sur un banc
(2) Se débrouiller par tous les moyens pour survivre.
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