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L'ultime valse

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Legolas

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FINALISTE
Sélection Jury

À l'aube de ce soir se dessine la lune.
L'astre brillant des cieux se meut comme la dune
De poussière d'étoiles tout le long du désert
De cette immensité appelée Univers.

Le château est gracieux sous ses lugubres airs,
Ils ne font que parer de tendre volupté
La légende enrayée des chroniques princières
Qui parcourent ces lieux, s'émouvant du passé.

Et le parc autrefois aussi beau qu'accueillant
Ne conserve guère de sa douceur d'antan
Que le maigre remord d'une flambeur pâlie
Jadis merveilleuse mais tombée dans l'oubli.

Au loin chatoie une fluette et pâle lumière,
Qu'on distingue péniblement à la lisière
De la porte entrouverte où convergent les hôtes
Se pressant pour éviter du retard la faute.

Un soleil de métal irradie la soirée
Comme une once d'espoir embellit ma pensée,
Une brise automnale épaissit la tumulte
Engendrée au travers de ces fenêtres occultes.

La salle est si pleine mais mon âme si vide
De ne voir encore ton visage limpide
Illuminer mon cœur, embraser mon esprit,
Tourmenter mon être qui pour toi est épris.

Un soir, t'en souvient-il ? Nous dansions en silence
Sur un air de valse, tu m'apprenais la danse.
Mon cœur s'en souvient, tes pieds sûrement aussi
Je crois les avoir trop durement occis !

Et le soleil soudain descendit de son trône
D'étoiles emperlées et d'astres en cyclone,
Quittant la voie lactée pour le clair horizon
Éprouvant à la fois mon âme et ma raison.

Je crois qu'à ce moment mon cœur s'est arrêté.
Peut-être est-ce car tu me l'as arraché ?
La valse commençait et chacun de mes pas
Résonnait en mon âme en cadence avec toi.

Deux simples gouttes d’eau embrassaient tes paupières,
Brillantes lueurs perchées sous la cape de verre
De tes yeux opalins exprimant leur émoi
Avant de se mouvoir peu à peu en effroi.

Quelle douce inconscience nous portait alors !
Celle de vouloir croire, le temps d’une danse,
Au pouvoir de l’Amour que la vie fait éclore,
Au devoir de la vie de jouer cette romance.

La Tour de Babel même semblait exiguë,
Petite batisse sans grande prétention,
Devant la force déferlante, folle et crue
Qui prenait nos esprits pour s’adjoindre d’affection.

À l’instar de la Tour qui chut sous un déluge,
Rien contre le monde ne sait trouver refuge.
Bercés par les songes que promet notre union,
Sur des rives d’euphorie ensemble voguions.

Ou nous nous endormions. Le réveil, toujours dur,
Brise les illusions et abat les augures.
L’Amour est une léthargie, un long sommeil,
Dans les draps duquel les rêves sont sans pareil.

Puis survient le matin, assassin de la nuit,
Qui surprend l’onirisme et insidieusement
S’introduit. Pourvoyeur de clarté, il éclaircit
La sombre lumière de la nuit qui nous ment.

Mais quel tendre mensonge que celui offert
Par l’Amour à nos âmes qui ont tant souffert
De le méconnaître. Il enfouit en nos coeurs
La fausse croyance d’un possible bonheur.

Hélas ! L’évidence doit un jour ressurgir
Et telle la boîte de Pandore rancir
Le monde si parfait que nous imaginions
Sous l’emprise abérée de la douce passion.

Le faible avorton d’une lignée de canard,
Le gueux sombre au milieu d’une haute noblesse,
Très loin d’être digne d’entrevoir ton altesse,
Qui dans la soirée ne mérite aucun égard,

Se tient là devant toi en cette ultime danse.
Ma chère, quelle ignominie ! Homme mal né,
Je ne serais qu’une terrible mésalliance
Qui n’a pour effet que de te faire renier.

Cueillons alors le jour, le dernier avec toi
Puisqu’il ne t’est permis de vivre sous mon toît.
Qu’il nous soit accordé au moins cette soirée
Quand toute une vie d’Amour ne nous suffirait.

« Madame, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là
Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;
Qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile ;
Qui pour vous donnera son âme, s'il le faut ;
Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut. »

Je ne puis demeurer le triste roturier,
Tout comme Ruy Blas, indigne de ma Moitié,
Qui se lamente vainement de sa naissance
Apostrophant les cieux avec véhémence.

M’accorderas-tu maintenant l’ultime danse ?
Non celle créée par ceux bouffis de bienséance,
Non celle que danse ce monde qui sépare,
Non celle qui de l’Amour est le dur rempart.

M’accorderas-tu maintenant l’ultime danse ?
Les danses de ce monde ne sont que filets
Bien tendus pour la vile plèbe rejeter
Dans ce mouvement de pire condescendance.

Viens, suis-moi. Traversons ; oublions la souffrance.
Quittons vite ce lieu dépourvu d’espérance
Rejoignons les rives oniriques des coeurs
Où s’étale le songe de nos âmes sœurs.

Viens ! Plonge avec moi dans ce saint rêve d’Amour,
Seul lieu où nous pourrons tout deux vivre toujours.
Saute en songe avec moi par cette ultime danse !
Oublions de ce monde les sombres errances.

Le courant du monde nous entraînerait loin.
Le laisserons-nous devenir contre-témoin
De l’Amour qu’il cherche à vainement délaisser
Ou nous battrons-nous jusqu’à le ressusciter ?

Plutôt mourir que de me laisser conformer
À la violence haineuse d’un monde outrancier.
Puisqu’il ne nous est pas permis d’aimer ici,
Partons alors vers les rives du Paradis.

Accorde-moi maintenant cette ultime danse,
Pour quitter ce monde empli et vil de souffrance
Vers celui que l’Amour crée pour l’éternité ;
Le dernier pas sera à la fenêtre chuter.

PRIX

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Miraje · il y a
Un vote confirmé avec plaisir.
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Didier Caille · il y a
Superbe :)
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Murielle Laurent · il y a
quel travail !
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Pascal Depresle · il y a
Un style, des alexandrins, le fond et la forme, que demander de plus ? Mon vote. Peut-être aimerez vous "Il dit toujours oui", "l'héroïne" ou "Tata Marcelle".
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Keith Simmonds · il y a
Bravo pour ce texte bien conçu et bien écrit avec tant d'humour ! Mes votes ! Bonne chance !
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Jean-Baptiste van Dyck · il y a
Bravo Legolas voici mes 5 voix, bonne chance pour la finale ! Je vous invite à soutenir mon texte «  You Hanoï Me Part 2 » en lice pour la finale poésie printemps 2018 ! Bon dimanche. JB
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/you-hanoi-me-part-2

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SakimaRomane · il y a
Je vous retrouve avec plaisir avec un poème fleuve. Bravo Legolas :)
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Sylvie Talant · il y a
Ce poème a tout d'un grand classique. + 5
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Lunarsenic · il y a
Bien vu ! ;)
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Bonne chance pour la finale !
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Legolas · il y a
Merci !
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