Lucy

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Surveillant d'externat - conseiller d'éducation au lycée Privé Théophile LEGRAND de Louvroil, ville mitoyenne de Maubeuge, étudiant en théologie à l'Université Catholique de Lille. La  [+]

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(Un vieux recueil de textes de français du cours supérieur édité en 1898,
abrite sur sa première page jaunie par le temps, cette inscription encore
lisible, anodine et mystérieuse :
Lucy BASSIEU, 1917.)


Hélas, c'est à ce jour, tout de vous que j'ignore
Et je crains fortement qu'il en demeure ainsi
Ce n'est pas mon audace, ici je le déplore
Qui me laisse espérer entrevoir votre vie

Vous me croirez fou, d'oser cette aventure
N'ais-je si peu de chance de vous trouver enfin ?
Les mots s'égareront, mais nulle incertitude
Lucy, tout nous sépare ou nous rapproche en vain

Je vous ai rencontrée, par un si bel hasard
Dans un livre, mon Dieu, je ne vous attendais pas
En signant ce recueil, c'est un fil d'Ariane
Des méandres du temps, est venu jusqu'à moi

J'ai entrevue cette œuvre sur une vieille étagère
Parmi d'autres ouvrages laissés à l'abandon
Recouvert d'un léger voile de poussière
La première page y porte toujours votre nom

Les pharaons gravaient les murs de leur tombeau
Pour conjurer la mort, renaître dans l'autre vie
Vous êtes parvenue, au delà tous ces mots
Vous affranchir du temps, vous jouer de l'oubli

Ici je vous implore, Ô vous, « mon » inconnue
Entendez mes tourments, écoutez mon émoi
Car depuis cette fois, où vous m'êtes apparue
Mon esprit caracole, et ne m'obéit pas

Vous parcouriez jadis, cette littérature
Je refais comme vous, les mêmes grands voyages
Franchissant chaque étape de vos belles lectures
Au grès de leurs courants, j'écume vos rivages

J'aime lire le soir venu, en vous imaginant
Assise près de moi, nos regards sont complices
Parcourant côte à côte, parfois nonchalamment
Les pages, silencieuses, qui, une à une glissent

Hugo priait pour nous dans « Les Feuilles d'automne »
Montesquieu débattait sur « L'Âge des femmes »
le Comte de Buffon sur « La Nature de l'Homme »
Et nous nous délections de quelques épigrammes

Rimbaud nous fit voguer à bord du « Bateau ivre »
Le siècle des lumières " embrasait tout en nous
« Le Lac » de Lamartine nous faisait rajeunir
Prosateurs et Poètes n'écrivaient que pour nous

Qui pourrait se vanter, ici je vous l'assure
En votre compagnie, d'avoir tant partagé
Éprouvé mille joies au cours de nos lectures
Jamais n'aurais-je été si bien accompagné

Peut être il suffirait, d'être plus attentif
Et d'écouter un peu, ce qui résonne en nous
De toutes mes émotions, ces sentiments furtifs
Il en est, un, au moins, pour m'approcher de vous

Je rêve à chaque fois, étrangement d'ailleurs
L'étonnante rencontre, tous les deux, vous et moi
En ces temps si lointains, d'autres lieux, d'autres mœurs
Peut-être vaudrait-il mieux rester loin de tout ça ?

Aurais-je été, qui sait, je l'espère, un ami ?
Peut être un p'tit peu plus, peut être rien du tout...
Jamais nous ne saurons, quel dommage, Lucy,
Cette idée me chagrine, d'ignorer tout de vous !

Êtes-vous réellement comme je vous invente ?
Et en dépit du temps, vous serai-je fidèle ?
La beauté est un fard, inutile, qui me tente
Permettez-moi, Madame, de vous faire la plus belle

Quand me viendra l'envie, de réouvrir ce livre
Mes pensées les plus nobles vous seront adressées
Ravivant cette flamme, pour les autres invisible
Je relirai tout ce que vous aviez aimé

Je garde cet ouvrage, caché, telle une relique
Et vous promets Lucy d'en prendre le plus grand soin
En tenant dans mes mains cet exemplaire unique
Aurais-je l'impression de tenir votre main ?

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