Loin de moi

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Ténèbres et Lumière ont mis au monde une âme,
Qui de son premier souffle de glace et de flamme,
En une inspiration, a humé les odeurs
De la poudre d'obus et du parfum des fleurs.

Je suis là désormais, titubant sur la terre,
Scrutant les éléments faits de chair et de pierre.
Je suis encore ignare et pris d'une stupeur
Quand soudain tous mes sens s'éveillent dans mon cœur.

Je n'ai pas attendu que défilent les heures
Pour jeter mon regard où les êtres demeurent,
Ainsi que sur les champs et les grandes forêts
Où vit dans le secret tout un monde animé.

J'ai perçu, tout le jour, le mouvement du nombre,
J'ai contemplé le bonheur s'envelopper d'une ombre,
J'ai saisi le malheur s'habiller en plaisir
Et vu s'entrelacer le vice et le désir.

Avant de s'ébahir sous un tableau d'étoiles,
J'ai déjà compris l'une des plus belles toiles ;
Ai absorbé les pages de tous les savoirs
Qu'elles soient enrichies de blanc ou bien de noir.

Et j'endure les coups des heures qui s'enfuient
Alors qu'au même instant je vénère la vie.
J'ai surtout appris qu'en notre monde présent,
Ma vie se consume comme un bâton d'encens.

Je m'aventure donc où l'horizon me mène,
J'apprends à déceler de nouveaux phénomènes.
Il est temps, compagnon, d'inventer dans les flots,
De nouvelles marées émergeant de vieux mots.

Je détiens comme loge une insondable mer,
Mon rôle est de pêcher des paroles savantes.
Mais souvent le temps gronde et lorsqu'il pleut et vente,
Une idée fait surface ; une autre idée se perd.

J'ai la très lourde charge d'user de mots clairs
Et d'imbriquer entre elles des strophes prégnantes
Afin de les stiller sur ton âme plaignante,
Mais je m'affaiblis et souvent je noie mes vers.

Qu'allons-nous faire alors, ô mon très cher amour ?
Je t'en supplie, sors donc des profondeurs de l'onde
Afin de soulager et de remplir ton cœur,
De quelques fragments de sens et de pensées fécondes.

Je m'éveille petite parmi ces géants.
Je suis comme une plaine entourée de montagnes,
Un léger caillou blanc dans le noir du néant,
Une encre sans éclat comme simple compagne.

Il serait évident de devoir les citer
Et de les acclamer, les couvrir de louanges.
Mais il me manquerait de feuilles de papier
Et je n'ai pas les mots pour émouvoir les anges.

Il est une rumeur propagée par certains
Qu'un être silencieux, à l'allure d'un sage,
Aurait conçu un livre dont certains passages
Auraient la faculté de changer le destin.

Nous aurions à jamais tous nos plaisirs divins,
En lisant simplement les mots des quelques pages
Émanés de l'esprit d'un curieux personnage,
Dont l'encre, comme un sort, jaillirait de nos mains.

Je m'engage, de mon humble plume,
À léguer mes plaisirs par petits vers précieux
À chaque fois que tu liras mon volume.

Faut-il que je meure pour te revoir ?
S'il le faut, dis-le-moi ! Fais-moi un signe !
Chuchote à mon oreille un souffle insigne
Et je te suivrai, loin du désespoir...
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