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Licence poétique

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Charlotte Sudube

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pourquoi la rime, "amour-toujours"
serait-elle interdite de séjour
et ne pas laisser croire qu'ainsi toujours
sera l'espoir d'un éternel amour ?
et que celui qui souffre ce douloureux bonheur
devrait sans réserve accepter son malheur
le "jamais" son contraire, et ne plus le rimer
qu'avec "aimer" à l'imparfait ?

avec les mots usés,
les clichés désuets,
les poncifs méprisés
des académiciens,
je flâne et je bats le bitume
sur les sentiers battus et surannés
des troupeaux prétoriens,
de la rime banale, de la prose commune.

Secouant les règles de la prosodie
et bousculant la strophe
poussant l'hémistiche à la ligne
je brise la césure
Je brise l'armature
fais tomber son armure
j'ouvre la cage aux mots
pour qu'ils chantent mes maux

avec les mots usés
dénués d'originalité
avec les lieux comment
je solfie et module un quatrain

Je prends l'alexandrin
jouant à contretemps
la mesure, la cadence
et le nombre,
faisant tomber la rime finale
à l'initiale de l'hémistiche
je crée une dysharmonie
un rythme musical.
je compose alors une douce rythmique
et jette ça et là mes strophes disharmoniques,
mes rimes bancales sur les chemins de la métrique,
de la juste mesure, des vers concordants
et de l'enjambement

qu'importe alors la rime
qui ne rime à rien
le bégaiement des vers,
l'entorse académique,
pourvu qu'on ait
l'ivresse...
des mots !

je veux ma versification
de toute contrainte affranchie
et laisser libre court à son inspiration.
Loin de toute anarchie
je ne veux l'enfermer, la serrer
dans le bastion de la raison académique
l'emprisonner, la murer
de riches rimes scientifiques

Il faudrait qu'elle tienne, coincée, bridée,
dans un carcan, une cage dorée
de palmes poétiques ! Qu'est-ce que la poésie
si je dois la tronquer en lignes limitées,
en mots contingentés coincés, circonscrits
sur un seul feuillet qu'elle ne peut déborder ?

Je préfère m'attarder
sur le rythme enchanteur
des mots alignés sur la page
sans rigueur et sans soin,
même si la rime est pauvre
sans force, sans précision,
à l'envers, à l'endroit...

Je veux écrire plutôt
en croches et noires pointées,
en soupirs et en blanches
en triolets mutins, en point d'orgue infini,
des accords cadencés aux rythmes assonants.

Je joue de l'interligne,
du point de suspension...
j'apprivoise la virgule
à la fin de mes vers
où je veux que toujours

mon amour, du soir
au matin
et du matin
au soir
rime toujours
avec toujours,
jamais
n'a pas droit de cité

Cher inconnu d'un jour
qui m'avez inspiré ces mots apprivoisés
je veux que pour toujours
sur le blanc du papier demeure à tout jamais
cet instant merveilleux
où j'ai dompté la rime, soumis l'alexandrin.
J'ai trouvé délicieux,
et sans plus de manière,
négligeant le rondeau, amadouant le quatrain,
vous dédier en mauvaise écolière, ces vers.
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