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L'homme face aux océans

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Antoine Selles

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A travers l'écume épaisse de l'âge; souffrant,
Le vieil homme grisonnant un bal mielleux
Dans le creux de ses cheveux, se voit, ahanant
D'efforts graves, frémir les tumultes cadavéreux
De ses jambes fluctuantes et de sa charpente passée.
Sa peau claire, de sombres journées, feignait la lumière
Douce et câline d'une vie bientôt expiée.
Fort de coeur, gravant la lisière
D'une marche folle -lui, que tant d'hommes voulurent briser
Mais qui eut pour lui la gloire épargnée du glaive-
Baissa l'échine, haletant, le menton piquant ces gouffres drainés.
Il apostropha quelques de ces paroles que voici en brèves:

Le vieillard
O Dieux, seuls et uniques Dieux qui avalèrent
De ce flot amer, l'enfant s'égayant dans un coin ravissant
De mon coeur: tantôt jardin adorable où poussait la lumière.
Vous, qui tourmentèrent mon âme d'un ressac saignant
Vous ! Emportez moi dans votre écume victorieuse
Pour que le matin, sur ma peau craquelée et fragile,
Ne paraisse que pour un souvenir lointain. Tiré d'une gueuse
Dans vos bouches, ou ne raisonnent guère plus que les poèmes de Virgile.

L'Océan Atlantique
Que vois-je ? un être sorti des nues
Tendrement refusées par sa défunte femme.
Déchet humain, gracié par le temps et les verrues
Je t'accepte. Grimpe sur ma lame
Cristalline et partons pour des séjours
Lointains où, toi mon féal, verras mouiller
Ta vieillesse dans les perles bombées, cachées par le jour,
Et porter sur ton dos, le poids des émeraudes éparpillés.

L'homme vieux gravé de fatigue,
Agenouillé de larmes lyriques
Pleura au seuil de la digue;
Renversant ses larmes de sel, sur la toison Atlantique.

Puis, sortant d'un souffleur inattendu:
Son homologue oriental, prenant l'ampleur d'une nuée
D'acide, pleura son corps sur l'autre étendue.
Il employa, ce me semble, un langage a celui ci non différé:

L'Océan Indien
Cesse donc, ô mon frère, d'abattre en son esprit
L'asservissement de l'âme. Viens homme éreinté
Le repos dans mon coeur t'attend; à l'abri
Des torrents Bibliques et tonnerres aux sons du cor damné.
O vieil homme, harassé du même sang,
Haletant aux grappes fluettes de la vigne,
Transportant fatigue, blessures et usure d'antan,
Viens donc te reposer à tout jamais sur ma ligne !

Le vieillard
Pourquoi dois-je retrouver mon aimée aujourd'hui ?
Les étoiles pures du sacre de novembre
La claire fumée s'émanant de mon huis
Autant que la chair de mes membres
-Que tant vous aspirez à avaler- me manqueront...
Seigneurs des flots, je ne sais plus. Mon coeur se meurt
En un oripeau usé, que le battement de vos chansons,
Acres et amers, déchirent. O Prince je faiblis, je prends peur !

Le coeur du pauvre aïeul
Suivit la marche du vent:
Trouvant son repos dans le creux des glaïeuls,
A l'abri de l'apre écume du sang...

La stature passée du vieil enfant
Trouvait enfin son repos: allongée et lasse,
Sur son lit de pierres, au seuil des Océans.
L'homme portait sur sa tête, un trou vermeil... Hélas!

D'un fraca géniteur, sortait des eaux
Corrompues: une nymphe claire et pure.
Les huées de la houle l'entrainaient, et par le haut
De son corps, l'emmena dans un nuage sur.

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