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L'homme au regard de maison

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Le onzième homme portait un visage enfoui dans l’obscurité, dont les racines s’accrochent dans le sol de sa naissance : de son corps émanait une odeur de terre riche de bords de rivière, de fleurs ouvertes enivrantes et d’une douleur amère. Du pays de sa naissance vient le poison et le remède : il en ignorait le dosage et comment aller le chercher.
Il avait les mains en attente et le regard double : derrière lequel on devinait une force violente et douce, la persuasion armée de séduction et la colère trouble d’un matin d’enterrement , coupable de la perte de l’enfance.

J’ai vécu avec Lui sans le toucher, j’ai respiré son odeur de loin et elle m’a rendu folle ; après bien des mois j’ai compris que nous nous ne faisions que nous ressembler, malgré qu’aucun de nous n’ait compris l’autre .
Je l’ai haï autant que j’aurais pu l’aimer, mais ce n’était pas de sa faute . En tendant la main, il avait enfoncé la main dans la blessure du deuil. Je n’ai pas entendu sa gentillesse , il n’a pas entendu ma peine.

Il y a eu les eaux profondes du désir, l’écorce lourde du souffle : et les promesses jamais tenues de la douceur des possibles.
J’ai ré-ouvert mes mains après des années de poings fermés et une grande cicatrice est apparue presque immédiatement sur mes paumes ouvertes. J’ai refait confiance, mais la peau était trop fragile et les mois de silence ont glissé dessus comme une feuille tranchante. Ma chance a disparu, exactement de la même façon, précisément, et la répétition a été de trop .

Après la haine, l’amour et la tendresse sont restés, mais comme des traces de pas sur un chemin que je n’emprunterai jamais : ce chemin me hante à certains moment d’abandon, avec la fragrance entêtante de son odeur.
Anciens échos de vies du passé, l’ancien lien de vie et de mort,la même perte que dans mon souvenir d’avant notre incarnation : tout s’est vérifié, mais nul ne s’est parlé avec des mots.

Grand homme ou petit homme,
Son Ombre, ou son aveuglante lumière ? Mauvaise aux nuances, je n’ai pas su saisir le fil du temps.
Inconnu ou Celui le plus intime : je n’ai jamais pu le vérifier.

Et derrière la glace des mots, la force de la chaleur qui brise les barrière et le cœur ouvert comme un torrent : mais je n’ai respiré l’odeur de cette eau que de loin.
Des milles nuances dont je me souviens, je ne retiens que le fantôme des après-midi, voiles d’émotions prenant au ventre : et le grand, très grand attachement jamais réalisé. Fils, amant et père : nous avions tout pour cheminer l’un-e avec l’autre.

J’abandonne le onzième homme juste avant mon Départ : et j’espère le retrouver plus tard, sur une terre plus apaisée. Les rencontres, dit-on, n’amènent jamais nulle part. Je pourrai le voir tel qu’il a été vraiment : un étranger pour moi dans cette vie, un homme pour qui l’attachement amoureux n’avait pas existé et ne pouvait pas naître.
Combien les travaux pour faire le virage, trouver le lieu de repos , arracher l’effort pour effacer l’intensité de son visage dans ma mémoire , ont étés longs et difficiles à traverser.

Pour ce que ça valait, moi, je t’avais reconnu.
Pour ce que ça valait : il semble que tu m’avais entendu t’appeler, mais en parler n’était plus possible
Pour ce que ça vaut : Les émotions jamais partagées se transforment en une douceur poignante.
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