L'himalayiste ( d'après "Le bateau ivre" d'Arthur Rimbaud )

il y a
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Une vierge folle vous invite à partager sa folie passagère , éphémère , de moisson de rimes s'enchevêtrant dans l'espace ésotérique , érotique , fantasmagorique , éclectique , électrique  [+]

Comme je descendais des pentes impossibles
Je ne me sentis plus guidé que par la peur ;
En haut, des aigles royaux m'avaient pris pour leur cible
Car m'ayant repéré aux vêtements de couleur .

J'étais insoucieux même de mon propre sac à dos
Porteur de provisions et de mon beau piolet,
Quand avec toute ma peur je mouillais jusqu'aux os
Les creux de mon visage et la peau des mollets .

Avec gros tourbillons cotonneux de la neige
Là, moi, en cet hiver, sur ce si grand versant,
Je descendis ! et les crevasses comme des pièges
Ne laissaient pas le droit d'hésiter un instant .

La tempête m'a suivi jusques en bas des cimes
Plus léger qu'un flocon j'ai glissé de là haut,
On appelle bonheur cette chance sublime
A la fin d'avoir fuit, en venant d'aussi haut .

Plus douce qu'aux enfants cette belle poudreuse
La neige pénétra ma coque de nylon,
Et des gouttelettes d'eau à la fraicheur heureuse
Vinrent me réveiller comme après un plongeon .

Et dès lors, je me suis trempé dans le poème
De la montagne au sommet resplendissant,
Étalant sa crête pointue où nuages trainent
Et gravie, par un vieux guide plus qu'adolescent .

Où, arpentant toute sa face si rugueuse
En rythme lent et sous les bourrasques du vent
Plus fortes que le mistral ou la bise fougueuse,
Augmente la pression circulant dans le sang .

Je sais les sommets crevant l'horizon, le ciel,
Et les pentes abruptes recouvertes le soir,
Et les matins fragiles sous couleur arc- en ciel,
Car j'ai vu cette nature sauvage m'émouvoir ! .

J'ai vu le soleil haut perché dans les nuages
Illuminant les glaces, des pics, toutes éternelles,
Pareilles à des miroirs tels brillants éclairages,
Et les brumes irisées des froidures essentielles .

J'ai rêvé la nuit blanche aux neiges éblouies
Semées de ci de là de tâches de rousseurs,
Comme pérégrination des chamois alanguis
Du bas de la vallée jusque sur les hauteurs .

J'ai suivi les chemins tout comme un randonneur
Impatient, de conquérir ce beau toit du monde,
Sans penser qu'au sommet s'épuise doucement le cœur,
Et que pur oxygène est denrée moribonde .

J'ai atteint, savez vous, d'incroyables altitudes
Mêlant à mes cheveux des neiges encore vierges
Pour me sentir un homme avec sa plénitude
Me comparant à Dieu à qui l'on offre un cierge .

J'ai vu des acharnés abandonner en route
Les chevilles en sang et les poumons crevés,
Partant du camp de base comme des enfants de troupe
Puis leurs cris de mourants comme des désespérés .

Glaciers, soleils d'argent, mers glacées et crevasses,
Cadavres si givrés après grande avalanche
Où même les sherpas sont pris dans cette nasse
Où le cœur plein d'effroi des survivants s'épanche .

J'aurais voulu montrer aux enfants tous ces drames,
Les ensevelissements, les gelures et les chutes
Pour que, tout à la fin, ils comprennent nos larmes
Et que, au bout du compte, ils réalisent le but

Que, parfois, ces martyrs voulaient vraiment atteindre,
Sommets, dont le plus haut, pour être les plus forts,
Sachant qu'il faut toujours à la loi se contraindre,
Celle de la montagne qui décide de leur sort .
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Un petit mot pour l'auteur ? 6 commentaires

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Joëlle Diehl-Lagae · il y a
La mer ou la montagne, mais électrique à vous en rendre électrique . Une faculté que vous avez cher Rellum
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Rellum59 Müller · il y a
Merci ! j'étais pas au courant !
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Fleur A. · il y a
Une joli poème
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Philippe Barbier · il y a
joli
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Lau Ra · il y a
Superbe!
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Rellum59 Müller · il y a
Merci ma biche !

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