L'étoile verte

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En mille neuf cent soixante et quelques
Je revins croiser dans le coin
Un bandeau blanc dans mes longs cheveux blonds,
De vieux mousquetons se balançant
En cliquetant
À la ceinture de mon cuissard
Qui ne brillaient pas, non,
Je n’étais riche que de toi.
Marteau, pitons, coinceurs, débardeur, sac à dos,
Une longue corde rouge lovée sur mon épaule
Et puis toi, Linda,
Tes jumelles à la main
Assise en tailleur sur ce roc arrondi
Qui dominait la Bourne endormie
Sous le chaud soleil de juillet.


En mille neuf cent soixante et quelques
Au pied des hautes falaises de Presles
Couleur gris vertige,
J’ai vu pour la première fois l’étoile verte,
L’étoile verte qui brillait en plein jour
Tout au fond de tes yeux.
Jerry et toi arriviez juste de Peak District, England,
Linda, il m’avait dit :
« J’en ai assez d’user la peau de mes doigts
Sur le gritstone, la roche de gravier et de sable,
Je viens me mesurer aux calcaires de France
Avec toi et le Vercors pour décor.
Nous ouvrirons une sacrée belle voie, tu verras,
Si tu peux nous loger, j’emmènerai ma sœur. »
 

En mille neuf cent soixante et quelques,
C’est tout mon vague à l’âme
Qui détale dans le dédale
De ce que tu crois que je suis, Linda,
C’est une lame qui soulève, emporte pour toujours
La dernière de mes larmes,
En mille neuf cent soixante et quelques,
Qu’est-ce que tu crois,
Qu’est-ce que tu crois...
Mes orages intérieurs voulaient tous traverser ton ciel
Déverser une pluie de regrets sur un monde inconnu…
J’ai voulu tout changer et ne rien reconnaître
Du pays dévasté qui un jour m’a vu naître,
Un jour du mois de mars,
Dans un creux du hasard.
J’ai voulu tout changer pour ne rien reconnaître
Faire d’horizontal l’horizon vertical,
Quitter mes souvenirs, écrire l’avenir
Sur un roc inconnu de moi et du destin.


En mille neuf cent soixante et quelques
Jerry et moi nous sommes relayés
Tout le jour
Longueur après longueur,
Neuf en tout,
Fissure après fissure,
Surplomb après surplomb,
Ton regard me portait comme une main d’acier
Et mes doigts se serraient sur le gris du rocher
Et le gris du passé
Surpassé
Pour réécrire ma vie,
Sous le soleil de Presles.


Au vert de ton regard
J’ai su que j’existais,
J’ai tracé à mains nues un chemin inconnu,
L’Isère de misère
Des temps de ma jeunesse,
Endeuillée,
Toute peuplée de nuit, de malheurs et de drames
Était maintenant bien droite et dressée vers le ciel
Tel un cierge allumé
Sans hasard
Dans une cathédrale
Un pâle soir de Pâques.
 

Et, en mille neuf cent soixante et quelques,
Au pied de la Paroi Rouge,
J’ai écrit au pinceau le nom de notre voie
« L’étoile verte »,
L’étoile verte qui brillait en plein jour
Sous le chaud soleil de juillet
Tout au fond de tes yeux.

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