Les songes d'Oscar

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En cette nuit de fin Février
Les champs fixés par la gelée
Les habitations plongées dans l'obscurité
Je me retrouve nez à nez avec mon projet
A contempler, ma dernière œuvre imaginée
Ce tableau, inachevé me fixe hébété
Comme le miroir de mon passé.

Caché au fond de ma fumerie
Cette peinture comme seule amie
Unique indice des expressions de ma vieillerie
La représentation d'un homme trônant sur la jetée
Intimidé devant la mer, cet espace infini
Les traits de son visage tirés, épris de liberté
Emprunt à divers questionnements et rêveur
Espérant trouver un expédient salvateur.

Cette aquarelle reflète je ne sais pourquoi et comment
Les moindres sentiments que je ressens
Les plus récents comme ceux qui sont enfuis
Elle fait ressortir mes craintes et mes envies
Elle m'oblige à dresser un bilan de mes actes précédents
Ainsi que mes choix à faire à ce moment
Tout sujet est matière à interrogation
Le professionnel, les amours et le lieu d'habitation.

Toutes ces réflexions bousculent mon esprit
Et me font converser avec mon inconscient
Et ainsi m'approcher vivement de la folie
Ma pensée n'étant soumis à aucun jugement
Mon cheminement n'a aucun sens littéralement
Ma raison ne possède ni fondement ni discernement
La conclusion n'en sera que plus ahurie.

« Regardes-moi, O marin, épicier de profession
Exerçant ce métier par obligation
Ma renommée s'arrêtant aux frontières du village
L'art pictural pour seul divertissement
Aucune culture me transcendant
Ma hantise de décevoir comme seul bagage
Mon manque d'audace me cantonnant au mur de mon atelier
Et ma peur d'assumer mon talent inné.

Que fais – je encore ici
Replié dans mon établi ?
Ne sortant qu'à la nuit tombée
Pour admirer les joies de la voie lactée
Aucun but, aucune ambition
Pour élever quelconque population
Pour améliorer mon quotidien insipide
Pour contrer un destin limpide.

Au niveau affectif, mon cas ne s'arrange pas
N'ayant pas d'ami et étant mon seul ennemi
Ne possédant aucun animal de compagnie
La solitude emplit ma routinière vie
Mon physique disgracieux et commun
Mon excentricité et mon franc parler
N'aide pas au contact humain
Ma clientèle en vient à se raréfier.

Pourquoi ai-je été de cette façon créée
Contraint à rester dans l'ombre, pour ne pas effrayer?
Tant de laideur et de défauts dans un seul homme
Pourquoi n'ai-je pas été conçu dans les normes?
Pourquoi ne fais-je pas d'efforts pour m'intégrer
Au lieu de m'isoler dans ma médiocrité ?
Il faut me faire violence et changer
Au moins peut être pour la créature tant aimée !

Car il y a bien un lien...
Me rattachant à la normalité
Qui me permet d'exister
Une femme...ma muse, mon ivresse
Mon cœur s'élève pour Adèle
Jeune beauté au regard espiègle
Gouvernante chez M. Alesse
Personne cultivée et fréquentant la mondanité
Ne croisera jamais mon chemin.

Pourquoi je continue ainsi
A bloquer sur celle ci ?
Enfin, je ne vois pas
Qu'elle n'est pas faite pour moi ?
Que je n'ai aucune chance
Qu'elle éprouve pour moi que répugnance ?
Je ne vois pas que le jour de ma mort
Personne ne pleurera sur mon sort ?

Je dois arrêter de l'observer, de l'admirer
Caché derrière mon rideau déchiré
J'aimerai pouvoir lui conter fleurette
Être à son bras lors de publiques opérettes
Souper ensemble me fait fantasmer
Orgasmique serait notre baiser
Il faut arrêter de rêver, plus dure est la réalité
Elle ne soupçonnes guère mon existence. »

Après toutes ces agitations et élucubrations mentales
Je pose de nouveau mon regard sur ma croûte
Pour conclure d'une fin pour mon personnage principal
Après m'être assagi et revenu à un état normal
Je comprends la signification de ce que je pensais être abstrait
Ma réalisation est Mon autoportrait
L'homme craintif, stoïque et pensif
Est ma représentation, être inactif.

L'issue salvateur qu'il guette
Représente aussi ma quête
Je ne vois qu'une solution
Quelle source d'eau coule près de la maison ?
Si ma mémoire ne me fait pas défaut
Je dirais... Le grand Morin
Hop, tout sera finaliser pour demain
En attendant buvons...

Buvons...à mes deux « moi » réunis, entrelacés
Buvons... à une fin heureuse, enjouée
Buvons... à une mort salutaire
Buvons... à un avenir où tout saura me plaire
Buvons... tant qu'il est l'heure
Buvons... à mes dernières heures
Buvons... à mon ouvrage prodigieux
Buvons... pour obtenir la rédemption du Bon Dieu
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