Les porcs-épics devenus hérissons

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Boris Vian : "Un homme digne de ce nom ne fuit jamais. Fuir c'est bon pour les robinets."  [+]

A force de s’entretuer, les Porcs-épics
Ne pouvant guère s’approcher les uns des autres
A plus d’un mètre à cause de leurs piques,
Tinrent conseil en bons apôtres.
Un Porc-épic cria qu’il fallait porter chapeau
Pour rendre plus sociable cette infâme peau.
Un autre rétorqua que la distanciation
Entre les êtres suffirait à la nation
Pour guérir du fléau de la proximité.
Un dernier proposa de se raser le crâne ;
Inutile de dire les inimitiés
Dont il fut victime, on le traita d’âne.

Mais aucune solution
N’empêchant la guerre civile naturelle,
On revint vers l’âne et sans chercher querelle
Il rasa les têtes, gratis et sans lotion.

Les Porcs-épics devenus Hérissons
Se sentirent tout nus ;
On les confondit presque avec des paillassons,
Mais on fut parvenu
A soigner le fléau. On se fit des câlins,
On se fit des baisers
Et des shampooings à la pierre d’alun.
C’était une nouvelle vie aisée
Dont chacun profita selon ses pieux désirs;
La vie de porc-épic devint un souvenir,
On oublia même que les cheveux repoussent.
A l’automne
Les têtes à nouveau ressemblaient à la brousse.
Ainsi les habitudes qu’on avait cru bonnes
Firent un beau massacre.

La vie en société n’est qu’un vieux simulacre
Qu’on imagine mal hélas sans lendemain :
Ceux qui décident
Ne sont pas moins coupables d’homicides
Que ceux qui se serrent la main.
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