Les notes de la Paix - Le clairon de l'armistice

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Surveillant d'externat - conseiller d'éducation au lycée Privé Théophile LEGRAND de Louvroil, ville mitoyenne de Maubeuge, étudiant en théologie à l'Université Catholique de Lille. La  [+]

Image de Hiver 2017
La plaine s'étendait, au loin, au jour livide
Et le vent s'enroulait aux branches des arbres nus
Je songeais, immobile, les pensées lourdes et tristes
Sur mon visage, la pluie frappait droite et drue

La campagne si calme, offerte et sans défense
Résonnait sous le feu nourri et prétentieux
Des « soldats » de l'ennui, les chasseurs, le dimanche
Qui s'en vont à la chasse comme on va prier Dieu

Les clochers des églises des villages voisins
À cette onzième heure du même jour, jadis
Martelaient le rappel du conflit qui prit fin
Comme l'écho du clairon qui sonna l'armistice

Terne et froide journée d'hommages unanimes
Des villages de France qui entretiennent encore
Autour des monuments le souvenir ultime
Les étendards saluent toujours le nom des morts

En ce jour de novembre où Français et Allemands
Pouvaient enfin sans crainte sortir de leurs tranchées
Savourant cet instant, l'immense soulagement
Du silence retrouvé, de la peur envolée

Les clairons et les cloches firent taire le bruit des armes
Dans tous les bataillons, dans toutes les communes
Naissaient sur toutes les joues des hommes incrédules
Les larmes de la Paix, fragiles, chaudes et sales...

Ces notes de musique, qui franchirent les lignes
De Lorraine en Alsace jusqu'aux plaines des Flandres
Levaient dans leur sillage toutes les lignes de mire
Tous les chants, en bataille, se firent alors entendre

De partout les soldats surgissaient de leur trou
Heureux d'être vivants, succombant à la liesse
Sur tous les parapets, les hommes étaient debout !
Criant, chantant, vivants, ivres d'allégresse

Les souffrances furent telles qu'importait l'uniforme
Tout ce sang et la boue sur les visages blêmes
Avaient la même couleur sur la chair des hommes
Qui s'efforçaient de croire à la « Der des Ders... »

Dans le camp des vaincus comme celui des vainqueurs
Une paix inespérée s'est alors installée
Perfide, elle annonçait, déjà de sombres heures
De nouveaux flots de pleurs de familles désolées

Le soldat inconnu, cet enfant du triomphe
Donné à toutes les mères qui ont perdu le leur
De sa flamme éternelle éclaire toujours les ombres
En rappelant au monde, la guerre et ses horreurs

Et pendant ce silence, d'une minute à peine
J'étais seul au dehors, dans mes songes, reclus
Dans un étrange calme, face à cette grande plaine
J'ai loué toutes ces vies qui ont à peine vécues

Et au tout dernier coup, des onze coups de cloche
Au terme de ces instants, suspendu, hors du temps
J'ai remis, sacrilège, mes mains froides dans les poches
Tout avait disparu, au retour du présent...

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