Les instants fragiles

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Image de Automne 2020
Je me souviens de la lumière
Aux berges d’herbe et de buissons
Du reflet d’argent des poissons
Qui scintillait dans la rivière
Je me souviens des peupliers
Qui agitaient dans la bourrasque
Essoufflée le grelot fantasque
Et clair des feuilles argentées
Je me souviens du grondement
Sur les rochers de l’eau limpide
Éclaboussant vers le rapide
Espiègle nos vêtements
Des boîtes d’appâts renversées
De tous nos gestes malhabiles
Des prises qu’on laissait filer
Comme de ces instants fragiles
Qu’un simple battement de cil
Impromptu pouvait disperser

Je me souviens de la soie grise
Où vert et bleu vont se mêlant
Chiffonnée par les ourlets blancs
De l’écume lorsque se brise
À son sommet dans son élan
Chaque vague et que l’eau étale
En aplats ses camaïeux pâles
Sous l’orageux ciel catalan
Je me souviens de ce silence
Qu’un roulement vient déchirer :
Le bâton de pluie retourné
Du ressac avec nonchalance
Et du rideau qu’à la croisée
Anime et gonfle un vent futile
Au-dessus du lit dévasté
Comme de ces instants fragiles
Qu’un simple battement de cil
Superflu a pu disperser

Je me souviens des boulevards
Désertés des places des rues
Abandonnées des avenues
Vides qu’on traverse au hasard
Je me souviens du clignotant
Gratuit des feux aux carrefours
Muets dans la lueur du jour
Qui se lève encore hésitant
Je me souviens comme un mirage
Éphémère des chats errants
Qui traversent indifférents
D’un pas léger ce paysage
Des matins à déambuler
Ce royaume nu cette ville
Qu’on se croit seul à posséder
Comme de ces instants fragiles
Qu’un simple battement de cil
Inattendu vient disperser

Je me souviens cette brûlure
À l’aurore un premier café
Dans le tintamarre étouffé
Du bistrot à son ouverture
Je me souviens de ces paroles
Muettes qu’on peut échanger
Dans un sourire partagé
Comme on partage un vieil alcool
Je me souviens c’était l’hiver
Le printemps l’automne ou l’été
Qu’importe quand on a été
Heureux que la saison diffère
Je me souviens c’est aujourd’hui
Du temps pressé qui se défile
De la vie frêle qui s’enfuit
Des nuages d’instants fragiles
Qu’un simple battement de cil
Finira bien par disperser
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Nelson Monge · il y a
Une vie quelques mots superbement agencés.
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Daniel Nallade · il y a
Le rythme du souvenir, avant la nuit.
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Béhem · il y a
C'est pèle-mêle et sans ponctuation, long et difficile à suivre.
Mais que de souvenirs...

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Sophie Copinne · il y a
Très beau
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Tnomreg Germont · il y a
Que de beaaux souvenirs...
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Sylvie Talant · il y a
Un peu long pour une E-lecture. Chacun des quatre poèmes avait suffisamment d'atouts pour être qualifié : quatre envois séparés n'auraient pas été de trop.
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Sophie Copinne · il y a
J'ai ressenti la même chose. Prendre le temps de mettre en pause pour goûter plus encore à ces instants.
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Vrac · il y a
J'aime la pulsation de ce poème, et son intime communion
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MB, petit pouet · il y a
On ne les oublie pas, ces instants fragiles.
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Les Histoires de RAC · il y a
Agréable.

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