Les deux laboureurs

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Dans un petit hameau vivaient deux laboureurs
Qui cultivaient le blé de la communauté.
Le premier retournait son champ avec ardeur.
Le second travaillait le sol sans se hâter.

Si bien que celui-là, quand venait la moisson,
Récoltait céréales et maïs à foison.
Alors que celui-ci, pâle émule du premier,
Ne couvrait qu’à moitié l’aire de son grenier.

Le premier suffisait à nourrir le village,
Quand l’apport du second n’était que grappillage.
Peu de cœur à l’ouvrage et peu de rendement,
En un mot comme en cent, c’était un fainéant.

Si la grêle ou le gel s’en prenait aux épis,
– D’une mauvaise récolte on n’est pas à l’abri –
Le froment engrangé à la bonne saison
Subvenait aux besoins en cas de privation.

Le peuple bien nourri vivait dans l’opulence
Et se souciait peu de faire la différence
Entre l’un, producteur, et l’autre, propre à rien,
Pourvu qu’il ait toujours abondance de biens.

Un jour vint une idée au sage laboureur,
Lui qui de la contrée était le pourvoyeur :
Il était économe et prudent gestionnaire,
Il faisait fructifier les produits de la terre,

Pourtant peu l’estimaient à sa juste valeur.
Il voulut profiter du fruit de son labeur.
Alors il détourna quelques boisseaux de blé
Qu’en une secrète alcôve il enferma sous clé.

Mais la chose se sut et émut le village.
Alors il comparut devant l’aréopage :
« Tu nous as escroqués, tu n’es qu’un mauvais drôle !
Tu finiras tes jours tout au fond d’une geôle ! »

Mais on dut déchanter dès la saison suivante.
Peu de réserves et point de récolte abondante.
Les champs du prisonnier étaient restés en friche.
Adieu belle moisson, fruit d’une terre riche !


On connut maintes fois des années de famine.
Chacun se lamentait au fond de sa chaumine.
L’honnête tire-au-flanc subit des avanies,
Le prix de sa paresse et de son incurie.

Le peuple réfléchit et prit enfin conscience
De sa légèreté et son inconséquence.
Celui qui nourrissait les gens à profusion
Croupissait, oublié, au fond de sa prison.

On se souvint de lui en ces temps de disette.
Alors on le sortit de sa sombre oubliette.
Sait-on si la morale ici trouva son compte ?
Mais quand le peuple à faim, seule la pitance compte.

Entre deux maux souvent il faut choisir le moindre
Et réfléchir un peu avant que de se plaindre.
Que serait votre choix s’il vous fallait opter ?
L’honnêteté stérile ou l’efficacité ?
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