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L'enfant du départ

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Mathou

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Un matin sans présage, tout est pris d'assaut.
Il n'avait pas l'âge, de comprendre ces mots :
"Toi tu dégages, et on garde ta moto,
On prend ton village, ta sœur et tes veaux."

Il ne comprend pas, ne croit pas ce qu'il entend,
Mais il s'en va, sans rien dire, y a pas le temps.
Il ne le sait pas, mais rien ne sera plus comme avant.
Plus jamais de papa, plus jamais de maman.

Le début d'une transhumance, traités comme des animaux,
Il se dit que c'est une chance, de monter dans ce bateau.
On lui dit "la France, tu verra comme c'est beau !"
Mais ce ne sont pas des vacances, ces balades sur l'eau.

Et dans ce froid, il repense à la maison,
Mais il garde la foi, maintient ses ambitions.
Dans ce pays loin il y croit, le futur sera bon.
Mais ici la loi, l'enverra direct en prison.

Il va beaucoup marcher, toujours avec espoir,
Il a très mal aux pieds, quand il arrive dans cette gare.
Il croit que c'est du passé, son parcours migratoire,
Sauf qu'ici quand on est étranger, il ne faut pas trop y croire.

Au début il a peur, quand il ère dans les rues,
Toutes ces nouvelles odeurs, c'est bizarre comme ça pue.
Et puis un peu de chaleur, ça lui aurait bien plu.
Il repense à sa sœur, marchant dans ce froid, presque nu.

Sa sœur restée au Mali, tandis qu'il est là sans chaussures,
Quand il marche dans Paris, il frôle les murs,
On ne lui avait pas dit, qu'il rencontrerait des enflures.
Maintenant il l'a compris : la suite va être dure.

Il est mineur alors normalement ça ira,
Mais c'est moins le bonheur, quand on l'envoie en CRA*.
De nouveau la faim le froid la peur, dans son ventre sont là.
Il a entendu tout à l'heure, qu'il est un MNA*.

Il dort maintenant dans le métro, il est seul et fatigué.
Il y a ces gens qui vont au boulot, sans jamais le regarder,
Lui aimerait bien faire dodo, mais il est tout le temps dérangé.
Les mots durs de ces gens beaux, lui donnent envie de pleurer.

Il doit aller à un rendez-vous, encore à l'administration,
Ça le rend fou qu'on lui pose toutes ces questions,
"Aller raconte-nous, quelles sont tes motivations ?
Et puis avoue : t'étais mieux à la maison."

Il repense à son champs, sa maman et ses amis.
Il était content, c'était une autre vie.
Ici loin de ses parents, plus personne avec lui.
Car tout ça c'était avant, maintenant c'est aujourd'hui,
Et aujourd'hui à 14 ans, d'un coup il a mûrit.

Il n'est plus vu comme un enfant, mais comme un réfugié,
S'il-vous-plait de temps en temps, pensez à le regarder,
Juste un instant, le considérer.
Cet être courageux est grand, et il veut avancer.

Il a son caractère, ses ambitions,
Même en dormant par terre, il garde ses passions,
Ne le faites pas se taire, si vous saviez ce qu'il y a au fond.
Il a besoin d'air, d'une association.

Et je peux vous le dire : rien n'est plus beau,
Que de le voir sourire et rire, malgré tous ses bobos.

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*CRA : Centre de Rétention Administratif
*MNA : Mineur Non Accompagné
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