L'église dans les vignes

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L’église dans les vignes




Que cette église est froide, aux derniers jours d’hiver.
Pour l’atteindre, une route enneigée serpente les hauteurs,
Contourne les bouchons de vacanciers nombreux,
Impatients de rejoindre leur station préférée.

A l’arrivée des vignes ; des rangées parallèles de courbes décharnées,
Redessinent la terre de traits noirs hésitants.
Des voitures muettes, arrêtées là jusqu’à l’entrée du cimetière,
Garnissent les talus, comme aux jours des vendanges.

Sans tous les bruits de voix, sans tous les cris de joie.
Le ciel bas fait silence.
L’ami défunt se fait attendre, ralenti par la foule anonyme
Qui paralyse la vallée,
Entre la ville où il est mort et le village où il est né.

Sur les bancs de bois raides,
Des dos courbés aux cheveux gris chuchotent doucement,
Epaules contre épaules.
Les places de devant sont encore vides. Il est l’heure pourtant.

Soudain les officiants, alignés dans le chœur,
Sous les tableaux noircis du vieux chemin de croix,
Se lèvent. L’assemblée se retourne et se lève à son tour.

Par le tambour d’entrée, ouvert à deux battants
Se fige en contre-jour la silhouette noire, immobile un instant,
De quatre croque-morts portant un cercueil blanc.

D’un pas lent ils s’avancent, suivis par la famille qui vient emplir les bancs.

Que cette église est triste, sans même la parole d’un vieux curé
Pour célébrer ici son enfant du pays.
Parti enseigner à la ville, sans jamais quitter sa région, il sera resté vigneron.

Des cierges allumés, des paroles meurtries étouffées de sanglots,
Des trémolos de flûte improbables et simples comme toute une vie,
L’heure est venue, inexorable, des tout derniers partages avec un homme généreux.

Son sourire vacille, sous les reflets des lumignons, sur la photo choisie par ses enfants.
Ses dernières années l’ont éloigné de tout, sentant fuir son cerveau,
Victime de ruptures, vers une fin trop dure, vide de souvenirs,
Envahie de souffrances et rongée par l’oubli.

Adieu mon pauvre ami.
Nous ne trinquerons plus aux vives étincelles de ton vin blanc de pierre à feu.
Les rires ne résonneront plus autour de ton pressoir,
Au dernier soir de tes vendanges.

Que cette église est grise, de ce recueillement et de tout ce chagrin.



Ecrit aux Pinchins, le 6.03.2018, en hommage à Robert, Publié le 11.03.2018
Claude d’Aix
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