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Le vilain petit canard!

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Michal

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Le vilain petit colvert.


Il avait brisé sa coquille dans le nid
D’une famille de cinq autres petits,
Six joyeux canetons encombrants et bruyants
Eduqués par une canette de maman,
Lâchée par son mâle, de canes, affamé
Epargnée des chasseurs maladroits trop grisés.

Il cohabitait au milieu du marécage
Au coin de nulle part, libre, vivant sans cage
Là où la conscience de l’homme n’a de poids,
Celle des animaux errants non plus, je crois.
Il ressemblait à ses frères et à ses sœurs
De corpulence, de taille, aussi de couleur.

Il était pourtant bien différent, insoumis,
Il refusait ce qui ne venait pas de lui,
Se heurtait aux dires d’une soucieuse maman
Aux risques de rudes reproches cohérents.
Mais il obéissait, à contre cœur, pour maman
Tançant le monde entier, maugréant, ronchonnant.


Il ne voulait être résigné comme tant
Qui s’abandonnent sans comprendre pour autant
Esclaves des pensées qu’ils n’ont pas fomentées.
Et puis, il y avait la migration forcée
Ce voyage exigé loin, presqu’au bout du monde
Là où ses semblables après l’hiver abondent.

Il n’envisageait pas même, un jour, ce départ.
Partir loin, il était si bien ici le soir.
Même si trop petit, il en n’avait que faire,
Le caneton avait un très gros caractère.
Cela lui présageait plus tard bien des ennuis
Quand on n’écoute pas sa maman, c’est ainsi.

La cane pleurait la nuit sur son rejeton
Comment va-t-il finir ? C’était une question.
Croqué par un renard ou tué par un chasseur,
Ce n’est de tout repos un petit si rageur.
Mais à force de mal croître, il devint grand,
A force de gémir, il épuisait maman.

Maman, un jour, âgée, ne put plus s’envoler
L’usure du temps et celle de son passé,
Elle devint faible, le regard si éteint,
Elle ne partirait plus pour choisir son destin.
Elle rejoignait la vie de ceux qui n’en ont plus
Une fin de destin n’a pas que des vertus.

Les frères et les sœurs, en canards, s’envolaient
Pour des cieux éloignés bien plus hospitaliers,
Comme le parisien s’exilant au soleil
Pour se cramer la peau jusqu’aux couleurs de miel,
Négligeant un une maison dit de retraite,
Des parents usés qui, là, étaient bien en fête.

Lui, le petit canard, était devenu fort,
Resta près de maman, seul dernier réconfort.
Son petit de mâle veillait très bien sur elle
Ne s’éloignant pas plus qu’à une portée d’aile.
Elle savourait, muette, ces ultimes instants,
L’attention continue est le meilleur calmant.

A toi le bobo qui dit fort avoir réussi !
Qui part te cramer les neurones à Bari
Pour étaler après ta pseudo réussite,
Ne chiale pas si ton frère, n’a pris la fuite
S’il croque une portion de tout votre héritage,
Il est bien le seul à valoir cet avantage.

Mourir dans le lit blanc d’un hôpital oublié
N’est pas le rêve que chacun souhaiterait
Ce sera bien là que tu finiras pourtant
S’il est aisé de tout s’offrir avec l’argent
Tu comprendras que l’amour ne peut s’acheter
Tu finiras seul dans ce lit, abandonné.
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