Le vallon idyllique

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Je suis un être plutôt instable, un tantinet introverti.Mon gout néanmoins principal va à la poésie, de préférence gaie, limpide, évidente, sans trop de mystère, compréhensible aisément  [+]

Ah ! Connaître ce vallon
A l'azur sans oripeaux,
Aux flancs ondulant
Où nichent de rares maisons,
Chaumières coquettes, aux toits clinquants
Comme de frais coquelicots.

Comme un bijou dans son écrin,
A l'abri du monde vaurien,
Il se camoufle parfaitement bien,
Enchâssé entre de protectrices collines
Couvertes de fleurs champêtres purpurines
Qui picorent et illuminent
L'herbe tendrement verte qui rutile
Sous la caresse d'une brise futile.

Là, toutes les nuits sont chaudes.
Y rôde un unique prédateur,
C'est l'âme sœur
En prétentaine maraude.

Ce vallon,
De saison,
Ne connaît que le printemps et l'été.

Il somnole à l'ombre de ses vergers
Richement plantés
D'arbres aux pommes d'or
Bibliques
Accusées à tort
Par je ne sais quel apôtre pudique
D'être l'emblème du péché originel
Car sa chair croquée est un élixir charnel
Qui vous élève dans les nues du septième ciel.
Oubliez le pictural,
Ici, à craindre, ni crotale,
Ni femme fatale.
Au contraire ,celles-ci sont autant de succulentes Eve
Qui s'extasient sans trêve
Des quenottes ivres d'amour
Des Adam qui les savourent.

Les pépins de ces pommes sont des pépites
Sur lesquelles le passereau des nues se précipite
Pour les semer ailleurs
Dans un terreau encore plus fertile au bonheur,
Dans un inaccessible archipel
Si loin, si haut dans l'empyrée
Pour, à la moindre molécule funeste, échapper.
Iles cosmiques que, seules, connaissent les hirondelles.
Faire bénéficier l'homme de tels pays de cocagne,
D'abord que la sagesse le gagne !

Ah ! Vivre dans ce vallon ensoleillé
Où ne flétrit jamais
La crinoline des roses vermeilles,
Aux calices gavés de rosée
Où s'abreuvent, à s'enivrer,
Les musiciennes abeilles.
Où les femmes d'âge canonique
Ne sont pas ridées,
Ont des épaules dorées ,
Des gorges lubriques
Et des tailles de guêpe
Comme les déesses grecques.

Là, où une cascade primesautière
Sautille, miroite
Et shampouine, de sa spumeuse ouate,
Les roches de sa cristalline rivière,
Roches qui chatoient, polies, arrondies
Exhibant ainsi des galbes de poitrines rebondies.
Son clapotis berce de son chant
Les dociles poissons d'argent
Qui se désossent de leurs arêtes
Quand, à être pêchés sans hameçon, ils se prêtent.

Puis, un peu plus loin,
En une molle rivière,
Au lit profond comme une civière,
Cette cascade endort dans la torpeur
De son sable fin,
Sa précédente passagère vigueur
Et, s'en va, sereine, serpentant,
Luisante et se faufilant
Comme un fautif renard,
Entre les joncs, les fleurs
Et les nonchalants nénuphars
Où une libellule et une reinette
Font une pacifique causette.

Là, encore, stagne une propension
A la vie de Robinson.
L'argent sonnant
Trop fugace et trébuchant
Est interdit .
Les rares gens d'ici
Vivent de bric et de broc,
De palabres conciliants
Et d'équitables trocs.

Oui, ce vallon est un réel paradis
Où l'oukase est proscrit,
Où rien ne s'ourdit.
Ici, pas de parchemins paraphés, signés.
Le notaire serait en exil dans le pré, enchaîné
Avec ses lois, ses codes, ses cachets !

Pays idyllique,
A l'abri des humaines et coercitives pratiques,
Où le tonitruant clairon
Est doux comme un violon.
Où la Marseillaise belliqueuse
Devient une douce berceuse.
Où le fusil n'a pas de percuteur qui projette la mort
Mais son canon est évasé en forme de soliflore.
Où le Chemin de Croix
Ne grimpe pas,
Où chaque station est un repaire
De coquines joies,
En route pour Cythère
Et non pas le Golgotha.

Ici, quand, en vous, la félicité se glisse,
La pendule se fait galante complice.
Elle perd sa coutume austère,
Devient débonnaire
En faisant fi de son caractère maniaque.
Ainsi, elle abandonne son tac,
Alors son tic
Son orpheline moitié,
De la sorte estropiée,
Claudique.
Heureuse infirmité
Qui suspend d'autant le vol
Du temps qui vous cajole.

Comme dans le monde déluré,
La musique, aussi, s'avère, de cette contrée
Etre le fidèle reflet.
Elle est l'apanage des trilles des oiseaux.
Leur chant se répercute en un permanent écho
Mêlé à la symphonie de l'archet sage
D'Eole qui fait vibrer les doux feuillages.

Encore ici,
Dame Nature et ses vassaux sont en bienheureuse symbiose.
Ainsi :
Le soleil, au pire, se couche rose.
Le rhododendron a étouffé l'incongru chrysanthème.
La moindre ardeur dépend de l'assentiment du frêne.
Le bouleau est de séjour interdit à jamais.
Le chêne, ses glands sont ses seuls boulets.
Le charme vous fait choir à son pied,
Dans un piège où il fait si bon tomber.
Le peuplier, ce bienveillant échalas,
Se plie en quatre pour, au bas,
Etendre un parasol tellement utile
Pour protéger la blancheur du lys si fragile

Ce vallon, ces collines, cette contrée, ce paradis
Ne figurent dans aucun manuel de géographie.
Ils camouflent leur existence
En ne figurant dans aucune brochure de vacances.
Sa recherche par ailleurs
Est une réelle gageure.

C'est patent, son nombre infime d'âmes
Ne pourrait s'acclimater de la moindre promiscuité.
Pour y entrer, quelle exception ! Il faut un sésame,
Je ne connais pas l'autorité
Susceptible de le délivrer.

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