Le sens du vent

il y a
2 min
22
lectures
2
Cette nuit je me réveille dans le rêve d’un enfant.
Ce matin, il ouvre les yeux, je me cache pour un temps.
Il avance pas à pas dans ce monde délétère.
Il se cogne et se blesse mais avance tant qu’il peut.
J’ai les yeux fatigués par le manque de sommeil,
Les oreilles épuisées par les pleurs par la haine.
Je ressens qu’il est fatigué par sa course aux merveilles.

Le sommeil me prend à mon tour, je rêve d’un espace tout vert.
J’y entends une musique dans l’air, un murmure du passé, une idée éphémère.
J’aimerais y croire pour toujours sur cette terre.

L’herbe se flétrit, la musique se tait.
La terre tremble, je crie dans mon sommeil.
J’imagine que je tombe et péris sous des pierres.
Je me réveille en sursaut sous les yeux de cet enfant qui pleure de me revoir.
Il me cherchait, j’étais caché dans ses rêves.
Il ne nourrissait plus aucun espoir, aujourd’hui de me voir.
Je me cachais quelque part sous ses yeux, car j’espérais qu’un jour, l’ennui se dissiperait un peu.

Je le prends par la main, le dissimule à ma présence.
Aujourd’hui, je dois le camoufler au fond de ma tête.
Je dois fermer la porte de mon enfance.
Il me faut trouver au fond de mon cœur, assez de force pour affronter la tempête.
Il s’endort doucement, je dois fermer la porte de mon innocence.

Emmené par la vie, j’ai perdu le fil du temps.
J’ai suivi le sens du vent, essayé d’utiliser tous mes talents.

Cette nuit, je me réveille dans les rêves d’un adulte.
Ce matin, il ouvre les yeux, je me cache pour un temps.
Il se prépare pas à pas pour sa journée à venir.
Il a l’air fatigué par le manque de sommeil, éreinté par son rôle à tenir.
Il est parti dans la nuit sur la route de son souvenir.

Le béton, le froid, la poussière il l’a fait.
Un éveil, un réveil dans une autre peau.
Le bruit, les mots, loin de ceux d’avant, loin du moi d’avant.
Peut-être suis-je parti trop longtemps.

Emmené par sa vie, il a perdu le fil du temps.
Emmené par la vie il frôle les 40 ans
Il a perdu le sens du vent.
L’idée qu’il se faisait de ses talents.

Je suis là, las et fatigué, le béton, le froid me brouillent les idées.
Le bruit, son manque d’envie me rendent triste à pleurer.
Des acidités lui brûlent les entrailles,
Son cœur se gèle à force d’attendre la fin de son travail.

Ce soir, je l’endors comme un enfant dans mes rêves.
On y entend une musique dans l’air,
Un murmure du passé, une idée éphémère.
Il n’y croit plus malheureusement sur cette terre.
Entends la mer*, entends la merde,
Qui te remonte dans la gueule.
Entends la mer, regarde ce qui t’attend.
Rappelles-toi de moi de temps en temps.
Rappelles-toi de l’enfant, de sa course aux merveilles.
Aujourd’hui sors de ton sommeil.

Je suis là, las et fatigué, mais pourtant je suis là.
Le béton, le froid, je l’ai fait.
Le réveil, un éveil dans une autre peau.
Les bruits, les mots, loin de ceux d’avant,
Loin du moi d’avant.
Merde 40 ans, moi qui ne pensais pas survivre à mes 25 ans,
pas survivre à mes grands-parents.
J’entends, mes enfants, mes filles, ma femme si jolies.
Je vis dans le bruit, le jour et la nuit.
Accompagné par des fées toute la vie,
J’ai retrouvé le sens de mes envies, le sens de mes écrits.

Emmené par la vie, j’ai perdu le fil du temps,
Mais j’ai retrouvé le sens du vent, l’idée que je me faisais de mes talents,
perdu l’ennui qui me tuait doucement.



*Leo Férré.

2
2

Un petit mot pour l'auteur ? 1 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Une belle évocation onirique du passage inéluctable et dramatique du temps! Bravo ! Mon vote!
Je vous invite à venir voir et apprécier mon “Été en flammes” si le cœur
vous en dit, merci d’avance!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ete-en-flammes